Le maire, acteur clé des enjeux énergétiques

localtis.info, Anne Lenormand, le 22 juin 2010

http://www.localtis.info/cs/ContentServer?c=artJour&pagename=Localtis%2FartJour%2FartJour&cid=1250260023793

Le maire, acteur clé des enjeux énergétiques

Rénovation thermique des bâtiments, transports, urbanisme, chauffage urbain, déchets… : les politiques locales sont au coeur des enjeux de la sobriété énergétique et de la lutte contre le changement climatique. Un colloque organisé par l’Association des maires de France le 16 juin a fait le tour de ces questions en mettant en avant des expériences locales innovantes.

« On ne peut aménager une ville sans avoir en tête les questions de consommations d’énergie de nos bâtiments et de nos transports« , a lancé Jacques Pélissard, président de l’Association des maires de France (AMF), en introduisant le 16 juin à Paris un colloque sur le thème « Le maire et l’énergie : de la sobriété énergétique à la lutte contre les changements climatiques« . A l’occasion de cette rencontre, organisée par l’AMF avec le soutien de la Caisse des Dépôts, les élus ont pu présenter leurs actions en la matière et leurs attentes à l’égard de l’Etat au moment où le Grenelle de l’environnement entre dans sa phase de mise en œuvre.

Deux chiffres suffisent à résumer les enjeux et la puissance d’action des collectivités territoriales : elles gèrent près de 240 millions de mètres carrés de bâtiments et sont en lien direct avec 36 millions d’usagers potentiels des transports publics. Les émissions résultant directement de la gestion de leur patrimoine (flottes de véhicules, bâtiments publics, etc.) et de l’exercice de leurs compétences (transports, déchets, chauffage urbain, etc.) représenteraient plus de 12% du total des émissions de gaz à effet de serre en France. Autant dire qu’elles détiennent en grande partie les clés de la réussite des objectifs du Grenelle.

Rénovation thermique des bâtiments : le double défi technique et financier

Le projet de loi portant engagement national pour l’environnement (Grenelle 2) prévoit d’abord l’obligation de réaliser des travaux d’amélioration énergétique dans tous les bâtiments tertiaires entre 2012 et 2020. Un chantier colossal pour les communes qui disposent d’un patrimoine bâti important. Comme l’a souligné Pierre Jarlier, sénateur-maire de Saint-Flour et vice-président de l’AMF, en charge du groupe de travail collectivités du Plan Bâtiment Grenelle, le défi n’est pas seulement financier. Il passe aussi par des diagnostics solides. « Sans ingénierie territoriale, on ne pourra mettre en œuvre une politique efficace d’amélioration de la performance énergétique car on manque aujourd’hui de connaissances sur l’état du patrimoine et de professionnels qualifiés pour répondre aux questions des élus et des habitants dans ce domaine. »

Comme les investissements en matière d’économies d’énergie s’amortissent sur des périodes longues, il faut aussi réfléchir à de nouveaux modes de calcul. « Le Code des marchés publics va devoir évoluer car on ne peut pas continuer à faire des appels d’offres en prenant uniquement en compte les coûts d’investissement », a souligné Pierre Jarlier. Et de suggérer : « La notion de coût global devrait s’imposer de façon à Lire la suite

Jean-Marc Jancovici, Climat et pétrole : Alerte maximale !

hebdo.nouvelobs.com, Guillaume Malaurie, Sophie Fay, le 12 février 2009

Alerte maximale !

Par Jean-Marc Jancovici. Le polytechnicien écologiste s’alarme du changement climatique et de l’épuisement du pétrole. Pour sauver la planète, le compte à rebours a déjà commencé par Jean-Marc Jancovici

Le Nouvel Observateur. – Dans votre nouvel essai, vous en appelez à un volontarisme churchillien pour faire face au «big bang» que provoquera l’épuisement des énergies fossiles et au changement climatique. Vous dénoncez avec virulence les journalistes et les politiques incompétents !

Jean-Marc Jancovici. – Si nous y allons au canon, c’est parce qu’il faut se faire entendre. Nous n’avons plus le temps d’attendre ! L’échéance de la mutation énergétique n’est pas à l’horizon du demi-siècle ! Dans les trois à cinq ans à venir, il faut que nous soyons en ordre de bataille. Sortant de soixante ans de paix et de croissance économique (sauf rares accidents), nous ne réalisons pas à quel point notre système socio-économique est menacé par l’inaction. Sans dessein et sans un minimum de volontarisme partagé, nos institutions ne résisteront pas aux menaces à venir.

N.O.-Vous laissez entendre, sans le prouver, que la dépression économique trouverait son origine dans la raréfaction des énergies fossiles…

J.-M. Jancovici. – Depuis 1970, la chronologie est troublante : chaque forte hausse du prix du pétrole a été suivie d’une récession. La crise récente a été précédée par six ans de hausse quasi ininterrompue, ce qui a progressivement freiné toute l’économie. C’est normal, l’énergie est par définition l’unité de transformation du monde : sa hausse rapide freine les transformations physiques, et donc l’économie. Les entreprises et les ménages ont alors de plus en plus de mal à rembourser leurs crédits. De surcroît, les banquiers ont amplifié le problème en titrisant les encours de prêts, ce qui a permis de repousser la crise en prêtant plus longtemps, mais au prix d’une explosion plus violente à terme. Sans modifications structurelles, notamment sur l’énergie, à coup sûr tout se reproduira, en pire. Que ceux qui se réjouissent aujourd’hui de la baisse du prix de l’or noir se souviennent qu’elle survient le plus souvent en période de récession…

N. O. – Si cette crise est une crise de ressources, le plan de relance défini par le gouvernement est-il adapté ?

J.-M. Jancovici. – Cet assemblage de demi-mesures n’est pas à la hauteur du mur qui va se dresser devant nous. En lieu et place d’un plan fourre-tout avec un peu d’aides à la voiture, quelques autoroutes supplémentaires et un accès à la propriété plus aisé dans des banlieues éloignées, il nous faudrait une relance massive pour financer la transition vers une économie «décarbonée». Ce ne sont pas 2%, mais 50% du PIB actuel qui devraient être réorientés dans ce but ! La Banque centrale européenne pourrait très bien fournir les milliards d’euros qui font défaut en faisant marcher un peu la planche à billets : l’inflation éventuelle sera moins douloureuse que le chaos. Cela dit, la législation qui incite à la rénovation thermique des bâtiments, que l’on souhaiterait obligatoire et non pas seulement optionnelle, va dans le bon sens. Tout comme la réaffirmation des objectifs européens du «paquet énergie-climat» sous la présidence française.

N. O. – «Trois ans pour sauver le monde» écrivez-vous. Le compte à rebours a-t-il commencé ?

J.-M. Jancovici. – Ce que nous allons faire pendant les trois ans qui viennent sera crucial pour le maintien d’un monde en paix. Les experts pétroliers affirment aujourd’hui que l’offre a atteint un maximum (ou le sera prochainement) et les compagnies pétrolières sont les seules à savoir combien le sous-sol renferme de pétrole : nous ferions bien de les écouter. Lire la suite