Les « fémivores » : américaines, féministes ET écolos

rue89.com, Hélène Crié-Wiesner, le 18 mars 2010

Les « fémivores » : américaines, féministes ET écolos

Pour ces « féministes qui font des conserves », écologie et féminisme vont de pair. Elisabeth Badinter n’a qu’à bien se tenir.

Une nouvelle espèce de féministes américaines est-elle en train de naître ? Le New York Times les a baptisées dimanche les « fémivores », et le nom galope désormais de forums en blogs, de radios en télés. La problématique est proche de celle soulevée par Elisabeth Badinter : l’écologie fait-elle régresser les femmes ?

Fémivores, locavores et autres…

Pourquoi « fémivore » ? A cause d’« omnivore » : ce vocable est en vogue depuis le livre essentiel de Michael Pollan, « The Omnivore’s dilemna » (« le dilemme de l’omnivore »), qui a généré aux Etats-Unis une réflexion intense et très populaire sur l’alimentation, l’agriculture, l’agro-alimentaire. Depuis, on qualifie aussi de « locavores » ceux qui mangent des aliments produits localement.

En toute logique, « fémivore » devrait signifier : qui mange des femmes. Mais la journaliste du New York Times, Peggy Orenstein, auteure prolixe de livres faciles à lire sur la vie de ses jeunes concitoyennes, définit ainsi son néologisme :

« Le fémivorisme s’appuie sur les mêmes principes d’auto-suffisance, d’autonomie et d’investissement personnel qui poussent les femmes vers le monde du travail. Il se base aussi sur la prise de conscience aiguë (pour ne pas dire obsessionnelle) de l’origine et la qualité de notre nourriture.

Au lieu de s’enfermer dans les limites d’un de ces deux mouvements, les fémivores les imbriquent : nourrir leur famille avec des aliments sains et goûteux ; diminuer leur empreinte carbone ; produire de manière durable au lieu de consommer frénétiquement.

Qu’est-ce qui pourrait être plus vital, plus gratifiant, plus défendable moralement ? »

Des femmes très diplômées qui désertent le monde du travail

Je les observe depuis longtemps, ces femmes jeunes, appartenant à la classe moyenne ou supérieure, habillées dans ce style très américain ni négligé ni hippie, mais surtout pas à la mode, jamais maquillées, qui font leurs courses dans les supermarchés bios et fréquentent le « farmer’s market » (marché de produits frais) du week-end s’il en existe un dans leur ville.

Elles ont plusieurs enfants qu’elles trimballent partout et tout le temps, parce qu’elles ont souvent choisi le « home schooling » (école à la maison), et que chaque circonstance de la vie est une occasion de les instruire.

Avant, elles travaillaient, souvent comme avocates, architectes, professeures, médecins, cadres d’entreprise, et elles avaient des horaires de dingues. Elles se sont arrêtées pour Lire la suite

Peut-on être féministe et écolo ?

ecologie.blog.lemonde.fr, Audrey Garric, le 16 février 2010

Peut-on être féministe et écolo ?

Elisabeth Badinter a provoqué un grand raout médiatique avec la sortie de son dernier livre, Le Conflit. La Femme et la Mère (Flammarion, 270 p.). Allaitement, couches lavables, retour de l’accouchement à la maison ou encore pilule en retrait car considérée comme “artificielle” : la philosophe et essayiste dénonce l’influence du naturalisme, un courant d’écologie pure et dure qui, au nom de Mère Nature, irait à l’encontre de l’émancipation féminine. Une fausse opposition pour la chercheur Virginie Maris, spécialisée dans la philosophie de l’environnement au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (Cefe), qui a publié un article en octobre 2009 sur l’écoféminisme. Selon elle, écologie et féminisme sont deux combats qui doivent être menés de front.

 L’écologie a-t-elle sa part de responsabilité dans la régression de la situation des femmes que dénonce Elisabeth Badinter ?

Il y a une confusion entre les différents mouvements de pensée autour de l’écologie. Elisabeth Badinter parle d’écologie radicale lorsqu’elle cite Nathalie Kosciusko-Morizet, ancienne secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, qui envisageait une taxe sur les couches jetables, et Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, qui faisait la promotion des couches lavables. Or, ces deux personnalités ne sont absolument pas représentatives de l’écologie radicale. La “deep ecology”, comme le disent les Anglais, prône une séparation presque totale avec la société de consommation. Ce mouvement, fondé par le philosophe norvégien Arne Næss, induit effectivement une régression par rapport à certains acquis, des hommes et surtout des femmes. Mais ces approches restent marginales et non représentatives du paysage écologique français.

Par ailleurs, Elisabeth Badinter s’est essentiellement prononcée sur trois gros enjeux de consommation liés à la maternité : le lait en poudre (alternative à l’allaitement), les couches jetables (alternatives aux couches lavables) et les petits pots (alternatives à une nourriture maison voire bio). Sa bataille pour le combat féministe s’apparente ici à une bataille contre la décroissance. En tant qu’actionnaire de l’agence de communication Publicis, elle devrait être plus prudente quand elle prend parti, indirectement, pour ces trois noeuds de la consommation de masse. D’autant que la sobriété en matière de consommation ne va pas forcément à l’encontre des droits des femmes. Par exemple, en réduisant leur dépendance à ces produits, les ménages réduisent aussi les importants budgets alloués au bébé, qui pèsent lourd sur les femmes ayant des bas salaires.

Mais certains discours écolos ne sont-ils pas culpabilisants pour les femmes ?

Pas plus que pour les hommes. Il est clair qu’il faut s’attaquer à une meilleure répartition des tâches domestiques au sein du couple mais la sobriété écologique n’est pas davantage un problème pour les femmes que pour les hommes. Par ailleurs, il y a d’autres critères de justice que ceux de l’égalité hommes/femmes tels que la nécessité de développer un rapport plus sain avec la nature. Prôner Lire la suite