Note PAC des Parcs naturels régionaux de France : Réforme de la Politique agricole commune (PAC) 2014-2020 – L’approche territoriale, vecteur d’un développement agricole durable

http://www.cdurable.info/L-approche-territoriale-vecteur-d-un-developpement-agricole-durable,3230.html

Note PAC des Parcs naturels régionaux de France : Réforme de la Politique agricole commune (PAC) 2014-2020 – L’approche territoriale, vecteur d’un développement agricole durable

Cdurable.info, Cyrille Souche, le 3 février 2011

Européen à l’agriculture des propositions relatives à la réforme de la Politique agricole commune dans un document intitulé : « L’approche territoriale, vecteur d’un développement agricole durable ». Dans ce document, la Fédération, qui rassemble un réseau de 46 Parcs naturels en France, part d’un constat qu’elle connaît bien : la diversité de l’agriculture et de ses enjeux sur des territoires marqués par la diminution du nombre d’agriculteurs ; ses nouvelles chartes de Parcs répondant déjà aux grands objectifs de la réforme dans des domaines aussi essentiels que la sécurité alimentaire, la protection des ressources naturelles, la lutte contre le changement climatique, le développement rural et l’emploi. Elle propose donc d’accompagner une agriculture fondée sur la diversité des territoires et des ressources naturelles.

1. Introduction : la réforme de la dernière chance pour une agriculture durable ?

2. L’approche territoriale, gage d’une agriculture plus durable

3. Les Parcs naturels régionaux : une approche territoriale de l’agriculture qui va dans le sens des défis de la réforme de la PAC

4. Un Ier pilier à rapprocher de la dimension territoriale et à rééquilibrer en faveur du second pilier

5. Un second pilier outil d’une approche territoriale combinant les enjeux environnementaux, climatiques et de compétitivité

6. Les 3 options proposées par la Commission ; proposition d’une quatrième voie

7. Conclusion : un retour au bon sens agronomique, enrichi par l’innovation agro-écologique et une approche territoriale

L’agriculture doit en effet être soutenue pour répondre à une demande croissante de qualité des productions et pour développer les pratiques respectueuses de l’environnement. Il en va de même pour la protection et la valorisation des paysages qui vont bien au-delà d’un intérêt touristique évident.

Même si elle évolue dans le bon sens, la Politique agricole commune n’a pas toujours favorisé ces approches. En concentrant les aides sur certaines productions intensives, la PAC a entraîné la spécialisation des productions qui ont eu un impact désastreux sur l’environnement. Pour réussir le tournant environnemental de l’agriculture européenne, la PAC doit s’appuyer sur les ressources des territoires et les projets collectifs qui s’y développent en respectant les spécificités locales, comme le font depuis toujours les Parcs naturels régionaux.

La PAC doit être incitative sur le volet environnemental du premier pilier pour enclencher une évolution vers des pratiques durables qui Lire la suite

Séminaire sur « Villes et villages en transition, Démocratie directe » les 5 & 6 mars 2011 à Saint-Jean du Gard (30)

http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=1088  

Les Objecteurs de Croissance,  Attac-Alès/Cévennes, l’Association Abraham Mazel, communiqué, le 1er décembre 2010

Séminaire sur « Villes et villages en transition, Démocratie directe » les 5 & 6 mars 2011 à Saint-Jean du Gard (30)

Les Objecteurs de Croissance,  Attac-Alès/Cévennes, l’Association Abraham Mazel organisent un Séminaire francophone sur « Villes et villages en transition, Démocratie directe », avec le soutien du journal régional de la relocalisation, proXimités.

Ce Séminaire s’organisera sur deux grands axes :

Territoires en transition, comment nos quartiers, villes et villages peuvent parvenir à réduire leur consommation énergétique et ainsi parvenir à l’autonomie énergétique, à l’autosuffisance alimentaire, en préservant les ressources naturelles. En bref, passer de la dépendance au pétrole à la résilience locale.

La démocratie directe territoriale, comment de nouvelles formes d’organisation sociale basées sur l’autonomie, la solidarité et la coopération, peuvent nous permettre de retrouver la maîtrise de nos usages, dans une économie sobre et responsable vis à vis des générations futures. Y seront abordé à partir d’expériences concrètes le municipalisme libertaire, les coopératives municipales, les monnaies locales.

Ce Séminaire sera précédé, du 14 au 19 février, d’une semaine d’intervention du Pavé en Cévennes : série de stages, d’ateliers et de conférences gesticulées, sur les mêmes thèmes, organisée avec  la Scop « le Pavé ».

Nous proposons de travailler en deux axes, Territoires en transition et démocratie directe territoriale. Chacun d’eux abordera les thématiques qui lui sont propres et devra aboutir à des propositions de transition et d’alternatives concrètes immédiates.

Les travaux se feront en ateliers qui aborderont Lire la suite

Echange sur La permaculture et l’Agriculture Paysanne à l’ENITA de Gradignan le mardi 30 novembre à 20h00

Association Girondine pour l’Agriculture Paysanne (AGAP), communiqué, novembre 2010

La permaculture et l’Agriculture Paysanne – Echange à partir des expériences menées à Cuba et en Aquitaine

Le mardi 30 novembre à 20h à l’ENITA (Gradignan –1 Cours Général de Gaulle – salle de l’Amphithéâtre)

Avec la participation de Maria Caridad CRUZ, responsable du Programme Développement Local de la Fondation Antonio Nuñez Jiménez la Nature et l’Homme (FANJ), ingénieur au département d’Urbanisme de la Havane, et de Bernard RICHARD, agriculteur et Président de l’AGAP

L’Association Girondine pour l’Agriculture Paysanne (AGAP) vous invite à une rencontre débat sur la permaculture et les pratiques dans les fermes en partenariat avec la fondation cubaine FNAJ et l’association France Amérique Latine 33. L’objectif est d’apprendre et d’échanger sur cette conception des systèmes agricoles et humains qui privilégie l’écologie et les savoir-faire traditionnels pour reproduire la diversité, la stabilité et la résilience des écosystèmes naturels, à partir des expériences menées dans les fermes cubaines et des pratiques d’Agriculture Paysanne.

La Fondation Antonio Núñez Jiménez (FANJ), institution civile cubaine non-gouvernementale a développé la permaculture à Cuba, et se consacre à la recherche scientifique et à la promotion de programmes et de projets pour la protection de l’environnement dans sa relation avec la culture et la société. Elle propose d’élargir la formation à la permaculture à de nouveaux territoires, et promouvoir l’échange et la mutualisation des savoirs et des expériences pratiques dans ce domaine. Le travail mené par FNAJ contribue à la  souveraineté alimentaire de Cuba tout en développant une agriculture durable, et s’appuie sur des projets dans 5 provinces du pays.

Programme

– Projection du film documentaire « Permaculture, pour un avenir durable à Cuba »

– Présentation de la permaculture – Maria Caridad CRUZ, responsable du programme de Développement Local Durable de la Fondation FANJ

– Rapprochement des pratiques de permaculture avec l’Agriculture Paysanne

– Echange Lire la suite

Chartier et Deléage – Ecologies politiques : crise, blocages et raisons d’agir

Écologie & Politique, n° 40, juin, 2010, Denis Chartier et Jean-Paul Deléage

http://www.ecologie-et-politique.info/?Introduction,577

Mise à jour des écologies politiques pour une politique de l’anthropocène

Crise, blocages et raisons d’agir

La crise est là, systémique. On la croit parfois seulement financière, économique, sociale ou écologique, mais elle est totale et globale. L’Université, le monde de l’éducation et de la santé, les hôpitaux sont touchés. Les mondes agricoles, les villes, nos lieux d’habitation le sont aussi. Les causes de cette crise ? Un modèle économique et social en faillite et des bouleversements majeurs de notre condition d’être humain, d’être au monde. En doublant au cours du siècle dernier, notre espérance de vie a changé notre rapport au corps et à la nature. Sous l’impulsion d’une croissance démographique accélérée et en déployant une puissance des techniques sans précédent historique, l’humanité s’est donné les outils pour muter en phénomène géobiologi­que. Est-il vraiment nécessaire de poursuivre ? Faut-il en rajouter tant les bouleversements qui nous touchent ont été abondamment décrits, analysés, voire théoriquement résolus ? Faut-il continuer à répéter ce que tout le monde sait désormais alors que rien ne bouge, le cap politique restant le même, droit sur les récifs ?

Ni les conférences internationales, ni les manifestations altermon­dialistes, ni les sempiternels discours du « sommet de la dernière chance pour la Terre et l’humanité » ne réussissent à modifier le cap. Pour­quoi ? Que peut-on y faire ? Existe-t-il un moyen d’adapter nos institutions, nos modèles politiques et économiques aux mutations en cours ? Peut-on inventer et construire une nouvelle vie politique, économique ou sociale ? Peut-on inventer de nouvelles relations au monde vivant et entre nous, un après-capitalisme ? Finalement, peut-on trancher le nœud gordien ? Peut-on sortir de cet état d’immobilisme, d’incapacité à prendre la mesure et les mesures, collectivement et individuellement, pour faire face aux dangers présents ?

C’est à ces questions que ce dossier s’efforce de répondre. Les penseurs de l’écologie politique ayant été parmi les premiers à dénoncer, comprendre et chercher des alternatives à la crise écologique et systé­mique qui touche le monde, nous avons la conviction que de cette pensée hétérogène et diverse émergent les solutions, trop souvent moquées. C’est pourquoi ce numéro initie une série consacrée à un panorama contemporain des différents domaines de ce qu’on peut appeler les écologies politiques, en portant une attention particulière aux spécificités locales, nationales, régionales ou continentales. Notre projet consiste à contribuer au rapprochement et au dialogue de ces différentes écologies politiques dans le but de déchiffrer, à travers ces échanges, les lignes de force et les perspectives futures d’une véritable politique de l’anthropo­cène. Ce projet éditorial qui se déroulera sur deux ans s’ouvre, avec ce numéro, par des contributions françaises.

Écologies politiques et communautés linguistiques

Nous pouvons nous interroger sur la pertinence d’un regroupement des auteurs par continent, par origine culturelle ou communauté linguistique. Pourquoi s’intéresser par exemple et spécifiquement aux contributions d’origine française ? Pas par chauvinisme, mais parce qu’il existe bel et bien une altérité des écologies politiques made in France, comme il peut en exister pour celles provenant du monde anglo-saxon. Comme l’exprime Kerry Whiteside dans son ouvrage Divided natures [1], les théoriciens de l’écologie politique de langue anglaise se lisent, se critiquent, se rencontrent dans des conférences et échanges leurs positions académiques. Il suffit d’analyser les bibliographies de ces différents auteurs pour constater à quel point les travaux des Anglais, des Américains du nord ou des Australiens se croisent et dialoguent les uns avec les autres. L’observation de cette bibliographie permet aussi de constater qu’à l’exception de quelques-uns d’entre eux, les théoriciens français sont rarement référencés, sont absents des débats [2]. Dans l’autre sens, cette constatation vaut aussi pour les travaux en langue française. À l’exception de quelques livres traitant abondamment de cette littérature anglo-saxonne, comme celui de Raphaël et Catherine Larrère, Du bon usage de la nature [3], et de quelques traductions qui ont pu donner lieu à des discussions, en particulier au sein de la revue Écologie & Politique [4], ces travaux n’ont eu en général qu’une faible résonance sur les écrits des théoriciens français. Ce quasi désert d’échange, qui se peuple tout de même depuis quelques années, a induit ce que Kerry Whiteside appelle un champ rhétorique spécifique. La facilité avec laquelle certains penseurs dialoguent les uns avec les autres implique en effet certains types d’argumentaires, une terminologie spécifique, un choix particulier des problèmes exemplaires et des partialités inintentionnées. Ainsi, les théoriciens français prennent pour acquis le rôle que doit jouer (ou pas) l’État-nation alors que cette question peut ailleurs être controversée. Dans un même ordre d’idées, ces théoriciens ont une conception très spécifique de la wilderness (la nature sauvage) ou de la pollution [5]. Par conséquent, dans le pays de Descartes, la question essentielle pour les Anglo-Saxons de l’anthropo­centrisme ou de l’écocentrisme est moins présente dans les débats. Elle n’est en tout cas pas centrale pour comprendre la variété des écologies politiques françaises [6]. Selon Whiteside, l’absence de cette question aurait même permis d’ouvrir un champ discursif permettant de développer ce qui fait une spécificité française, un attachement plus fort à une problématisation réciproque de la nature et de l’humanité qu’à l’affinage de leur distinction. En d’autres termes, un des objectifs communs aux théoriciens français serait de savoir comment les conceptions de la nature et de l’identité humaine s’entrelacent, ce qui les conduirait, au-delà de leurs différences, à concevoir l’écologie politique comme une forme d’humanisme renouvelé, un humanisme écologique [7]. C’est cette existence d’une communauté linguistique et culturelle en matière d’écologie politique qui a justifié de réaliser un diaporama actualisé et de mettre en dialogue ces différentes écologies politiques [8].

Diversité des écologies politiques, diversité des alternatives…

Si nous n’avons bien entendu pas réuni l’ensemble des auteurs qui comptent, tant la production scientifique en matière d’écologie politique est abondante en France depuis une cinquantaine d’années, ce dossier fait la part belle à la plupart des auteurs et des courants de pensées importants en présentant quelques-uns des axes forts de ces théories.

Au-delà des réflexions essentielles ayant trait à ce qu’est l’écologie politique et du constat généralisé de l’ampleur de la crise, la plupart des auteurs appellent et réfléchissent aux moyens nécessaires pour sortir de l’immobilisme et contre les stratégies actives de pérennisation de systèmes qui ont montré leurs limites. Aucun des auteurs n’élude la question : comment l’écologie politique peut-elle répondre aux défis posés par la synergie, inédite dans l’histoire, de la remise en cause des fondamentaux du vivant et de la crise systémique, économique et sociale, de la société productiviste industrielle ? Si le premier constat est celui de l’entrée dans une nouvelle ère géohistorique, l’anthropocène, c’est à la hauteur des enjeux qu’implique la reconnaissance de ce changement d’ère que doit désormais se situer toute pensée de l’écologie politique, ainsi que le précise Jean-Paul Deléage dans ce dossier. Cette société que Mathias Lefèvre persiste à qualifier d’industrielle est instituée à partir de l’improbable imaginaire d’une « expansion illimitée de la maîtrise rationnelle de la nature et des êtres humains », d’où l’importance de la visée d’autonomie afin d’en briser la clôture pour se libérer de solutions ne visant qu’à pérenniser des institutions et un système d’interprétation qui entravent la construction de véritables alternatives. D’où aussi la diversité des écologies analysée par Jean Zin qui insiste pour sa part sur la nécessité d’une écologie politique responsable et tournée vers l’avenir, « afin de continuer l’aventure humaine et l’his­toire de l’émancipation ».

La question posée par les « décroissants » est une question centrale et il doit bien s’agir d’une décroissance choisie plutôt que d’une décroissance subie imposée à des dizaines de millions d’êtres humains par la crise en cours du capitalisme mondialisé, comme le souligne le vigoureux plaidoyer de Serge Latouche. Ce théoricien de l’objection de croissance rappelle la formalisation de la rupture par un cercle vertueux de la sobriété choisie en huit « R » : « Réévaluer, Reconceptualiser, Res­tructurer, Réduire, Relocaliser, Redistribuer, Réutiliser, Recycler ». Avec ces objectifs interdépendants, « construction intellectuelle d’un fonctionnement idéal » retenue parce qu’elle paraît susceptible « d’enclencher une dynamique de décroissance sereine, conviviale et soutenable », l’auteur expose un plan massif de reconversions pour « tenter de construire un autre monde, une nouvelle civilisation ».

Avec son apologue des mille personnes, Denis Duclos analyse quant à lui le chaînage de propositions suivant : toute augmentation de productivité déséquilibre une société stable ; une augmentation forte de la productivité rend contestable la valeur de l’activité humaine ; les producteurs voient alors se dévaloriser leur statut social au profit de celui des improductifs ; plus l’activité des improductifs l’emporte, plus grandit la contestation réciproque des activités ; la promotion de l’État, du Marché et de la Technogestion est le résultat automatique de l’hégémonie des actifs improductifs. Cette suite conduit Denis Duclos à l’hypothèse d’une certaine partition des gigantesques populations du temps présent « dont on peut d’ailleurs se demander si le concept de “société” s’applique encore à elles ? »

Pour Bruno Latour, si l’écologie doit procéder à une redistribution du discutable et de l’indiscutable, le problème est de savoir « comment basculer de la question philosophique des politiques de la nature à l’instrumentation permettant d’équiper les citoyens dans les situations

Les écologies politiques aujourd’hui (1) de débat concernant les objets ci-devant naturels ? » Il faut selon lui inventer une rhétorique et des outils ajustés à un monde où il n’y aurait plus de séparations entre scientifiques et politiques. Sans cela, la politique est condamnée à échouer dans ses tentatives d’extériorisation des questions réputées naturelles, et la science dans sa volonté d’expulsion des questions de la politique.

Finalement, selon Bruno Villalba, l’écologie politique est sommée de réévaluer son projet, car ni l’urgence écologique ni l’urgence sociale ne sont plus à démontrer. L’écologie doit produire une proposition adaptée à cette difficulté de concilier temporalités politiques et écologiques et le cumul des urgences nous met face à la réalité d’une contraction du délai démocratique. La notion de délai, loin de constituer un renoncement, « propose au contraire une méthode pour débrider l’imagination politique », en réconciliant la nécessité de prendre sur le court terme des décisions majeures pour le long terme. C’est bien en cela que « l’écologie politique doit avant tout demeurer une pensée politique des conséquences ».

… mais pour quel engagement des intellectuels ?

Reste à savoir qui voudra bien ou pourra se charger de l’expérimentation ou de la mise en application des solutions évoquées. On peut tourner son regard du côté des mouvements résilients, on peut aussi l’orienter vers les tentatives originales de renouveau du politique qui semblent émerger de mouvements tels qu’Europe Écologie. Mais, sans présager du futur, une chose est certaine, les intellectuels au sens large (nous entendons par là les artistes, les écrivains, les savants qui s’engagent dans une action politique) doivent agir et « opposer les productions de réseaux critiques, rassemblant des “intellectuels spécifiques” (au sens de Foucault) dans un véritable intellectuel collectif capable de définir lui-même les objets et les fins de sa réflexion et de son action, bref, autonome [9] ». Pierre Bourdieu pensait ces réseaux critiques en miroir du rôle joué par les think tanks dans la production et l’imposition de l’idéologie néolibérale aujourd’hui dominante. L’intellectuel devait et doit pour lui « remplir […] des fonctions négatives, critiques, en travaillant à produire et à disséminer des instruments de défense contre la domination symbolique qui s’arme aujourd’hui, le plus souvent, de l’autorité de la science ; fort de la compétence et de l’autorité du collectif réuni, il peut soumettre le discours dominant à une critique logique qui s’en prend notamment au lexique (“mon­dialisation”, “flexibilité”, etc.), mais aussi à l’argumentation, et en particulier à l’usage des métaphores ; il peut aussi le soumettre à une critique sociologique, qui prolonge la première, en mettant au jour les déterminants qui pèsent sur les producteurs du discours dominant (à commencer par les journalistes, économiques notamment) et sur leurs produits ; il peut enfin opposer une critique proprement scientifique à l’autorité à prétention scientifique des experts, surtout économiques [10] ». Plus largement, et toujours selon les mots de Bourdieu, « il peut organiser ou orchestrer la recherche collective de nouvelles formes d’action politique, de nouvelles façons de mobiliser et de faire travailler ensemble les gens mobilisés, de nouvelles façons d’élaborer des projets et de les réaliser en commun [11] ». Il peut finalement contribuer à créer les conditions sociales d’une production collective d’utopies réalistes. Telle est notre ambition avec ce premier dossier en contribuant à ce que nous voulons être, au-delà du travail scientifique, un travail collectif d’invention politique de l’anthropocène.

 [1] K. H. Whiteside, Divided natures. French contributions to political ecology, The MIT Press, Cambridge, 2002.

[2] Mais cela est aussi valable pour les théoriciens italiens, allemands, espagnols, etc.

[3] C. et R. Larrère, Du bon usage de la nature. Pour une philosophie de l’environnement, Aubier, Paris, 1997.

[4] La revue a en effet réalisé depuis 1992 un gros travail de traduction et de discussion d’auteurs étrangers. Parmi eux, citons Barry Commoner, John Baird Callicott, Donald Worster, Richard Grove, Günther Anders, George P. Marsh, William Cronon, Paul J. Crutzen, Anil Agarwal, Isabel Do Carmo, Eduardo Galeano, Joan Martinez Alier, Frieder Otto Wolf, etc.

[5] K. Whiteside, op. cit., p. 5.

[6] Sauf peut-être pour Luc Ferry qui a tenté d’analyser les écologistes français à la lumière de l’écologisme anglo-saxon, tentative pour le moins maladroite et discutable que la revue Écologie & Politique a abondamment traité (B. Latour, « Arrachement ou attachement à la nature », Écologie Politique, n° 5, 1993, p. 15-26, J.-P. Deléage, « L’écologie, humanisme de notre temps, Écologie Politique, n° 5, 1993, p. 1-14, M. Saint-Upery, « L’anti-écologisme stérile de Luc Ferry ?, Écologie Politique, n° 2, 1992, p. 141-147).

[7] K. Whiteside, op. cit., p. 5.

[8] Ce panorama et cette mise en dialogue sont d’autant plus nécessaires que, si certaines traditions, anglo-saxonnes, allemandes ou françaises, sont relativement bien définies, d’autres ne le sont pas encore et méritent de l’être.

 [9] P. Bourdieu, Contre-feux 2, Raisons d’agir, Paris, 2001, p. 35-36.

[10] Ibid., p. 36.

[11] Ibid.

Europe écologie : Manifeste pour un nouveau cours écologique et social

europe-ecologie.fr, octobre 2010

http://www.europe-ecologie.fr/2010/09/20/manifeste-pour-un-nouveau-cours-ecologique-et-social/comment-page-6/#comments

Manifeste pour un nouveau cours écologique et social

L’humanité est aujourd’hui devant un choix qui détermine son avenir. Un choix à assumer collectivement et qui requiert, en outre, l’implication de chacune et de chacun. Sous l’impact d’un système aveuglément productiviste et violemment inégalitaire, le train du progrès s’égare. Il faut de toute urgence le remettre sur une autre voie. C’est le sens de l’engagement des écologistes et leur responsabilité, ici et maintenant : ils refusent d’assister passivement au scénario d’une nature qui s’épuise et de sociétés qui se désagrègent ; ils veulent, en association avec les forces vives de la société et les partenaires politiques susceptibles de partager l’essentiel de leur projet, tracer une nouvelle ligne d’horizon sur la base d’une démarche de transition réaliste.

Tel qu’il s’applique, le système de création et de redistribution des richesses ne fonctionne plus. Retournement inédit qui, d’un même mouvement, précipite prédations du vivant et déchirures sociales, déséquilibres et discriminations, pollutions et récessions. Ce bouleversement majeur épuise les ressources aussi bien qu’il creuse les inégalités et déprime les consciences, dressant la biosphère contre les êtres humains et les êtres humains entre eux. Au point que le spectre d’un collapsus historique sans précédent hante l’avenir : celui d’un déclin écologique, économique et social brutal et simultané.

Néanmoins, une aspiration grandissante à refuser la défaite de l’Homme émerge partout dans le monde.

Une multitude d’initiatives entame le modèle dominant et ouvre des voies nouvelles. C’est l’autre visage de la mondialisation et il concerne tous les peuples, toutes les cultures. De nombreux acteurs et actrices de la société et des communautés locales cherchent et trouvent des issues. Ils interviennent dans toutes les couches de la société. Ce sont souvent ceux et celles que la crise fragilise en premier. Ils résistent, s’organisent, innovent, multiplient les initiatives. Chacun et chacune à leur façon, dans leur discipline, leur quartier ou leur village, ils esquissent les contours d’une alternative globale porteuse d’avenir. Des hommes et des femmes luttent et s’engagent, et c’est le seul espoir tangible, le seul point d’appui pour inverser le cours des choses.

Un choc sans précédent

Car les crises n’ont plus de limites. Elles surgissent dans tous les domaines de l’environnement et des activités. Elles se cumulent et s’alimentent pour mettre à nu un système en déroute. Nous sommes parvenus à ce moment clé où la croissance, moteur de l’histoire moderne, a atteint la frontière du possible. L’insoutenable est là, inscrit dans les réalités physiques de la planète et les souffrances des populations : les modes de production et les standards de vie, indexés sur l’imaginaire de la démesure et la boulimie des privilégiés, soumis à la surenchère de la marchandisation et de l’endettement massif, entraînent une consommation de ressources excédant leurs capacités de renouvellement. Elles provoquent un déséquilibre majeur des fondamentaux de la vie et de la culture.

Les conséquences sont sans appel : les modèles économiques et les pactes sociaux d’hier ne résistent pas aux sols qui s’épuisent, aux fleuves et aux mers qui se dépeuplent, aux forêts qui reculent et aux déserts qui avancent, aux séquences brutales d’inondations et de sécheresses, à la disparition des biotopes et à l’érosion de la diversité des espèces, à l’empoisonnement des airs et des eaux.

Déjà, dans les prémisses du chaos énergétique, climatique, alimentaire et sanitaire, dans la mise à sac des biens communs et publics que les logiques financières et marchandes provoquent, un nouveau monde émerge avec Lire la suite

Parution d’Entropia N° 9 – Contre-pouvoirs et décroissance – A mettre dans toutes les mains…

http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article81

entropia-la-revue.org, lundi 27 septembre 2010

N° 9 – Contre-pouvoirs & décroissance

Contre-pouvoirs & décroissance en Amérique latine

L’Amérique latine n’échappe pas aux ravages de l’utilitarisme productiviste. Pour Anna Bednik, les mouvements « socio-environnementaux  » qui s’y développent « se rapprochent autant de la décroissance que de toute forme d’engagement qui conteste la centralité de l’économie dans la vie ». Pour eux, le territoire est « un espace pour être, qui se construit socialement et culturellement, à l’image du peuple qui l’habite ». Les luttes pour empêcher la destruction des ressources naturelles sont l’expression d’une conception de la vie et le changement qui s’attaque aux constructions mentales. Elles rejoignent les engagements des objecteurs de croissance, sans les nommer comme tels.

Raul Zibechi considère que la version latino-américaine de la décroissance pourrait correspondre au « bien-vivre » qui est au coeur des luttes de l’Équateur à l’Argentine. « Il s’agit de vivre, d’établir une manière de vivre qui permette une relation harmonieuse entre les êtres humains, donc entre eux et la nature ». Ces choix entrent en conflit avec l’exploitation des ressources fossiles, comme avec l’idéologie du progrès. La créativité à la base est la seule activité transformatrice. Elle ne peut se réaliser qu’en dehors du système, dans la marge du monde réellement existant. « Dans ces conditions, ce qu’on crée peut-être réellement différent de ce qui est institué. »

Pour lutter contre toutes les formes de corruption, Antonio Gustavo Gomez, en tant que juge, doit s’appuyer sur la volonté et le courage des communautés locales à dénoncer les destructions environnementales et les conséquences sociales qui les accompagnent. Il est évident que « le pouvoir économique multinational, représenté dans la formule consommation/production/croissance, ne sera pas redéfini sans combat  ». L’espoir d’un changement radical ne peut venir que des peuples indigènes qui se coordonnent localement pour s’opposer au désastre et pour affirmer leurs valeurs où les savoirs ancestraux peuvent rejoindre les sciences modernes au service du vivant.

Le concept de communalité est apparu, il y a plus de vingt ans, dans les hautes montagnes de l’Oaxaca, au sud du Mexique. Il est lié à la résistance des peuples indiens de cette région. On l’a retrouvé lors de l’insurrection de la ville d’Oaxaca en 2006 chez les populations des quartiers périphériques et sur les barricades. Pour Georges Lapierre, parce que ces sociétés locales ne voient pas la vie comme une accumulation de biens, d’argent et de pouvoir, mais dans l’art d’être ensemble, dans l’esprit qui préside aux échanges et aux réciprocités, elles constituent un repère précieux, sinon un exemple, en particulier dans la vie politique où les charges sont bénévoles et attribuées pour une durée d’un an par les assemblées générales.

Carlos Manzo complète la contribution précédente en lui apportant de nombreuses précisions en situation et territorialement situées. Il avance que la communalité et le dialogue culturel sont les instruments conceptuels et pratiques de la résistance des peuples indiens au Mexique. « Aujourd’hui, dans le contexte de la crise la plus aiguë que le capitalisme ait connue non seulement comme système historique, mais comme modèle civilisateur, la communalité est amenée à s’affronter aux entreprises transnationales voraces, intéressées par le dépouillement et l’usufruit capitaliste de nos territoires comprenant le patrimoine bioculturel. »

L’objectif des zapatistes est « la construction d’une pratique politique qui ne cherche pas la prise du pouvoir, mais l’organisation de la société ». Jérôme Baschet nous rappelle que, dans chaque commune autonome, ceux qui occupent les fonctions municipales sont élus par leurs communautés pour des mandats de deux ou trois ans révocables à tout moment. « Il est temps d’admettre que la construction du bien commun n’est pas vouée à s’incarner nécessairement dans l’État. À l’opposé d’une politique de la compassion, omniprésente à l’ère de l’humanitarisme, il faut faire de la dignité partagée le fondement d’une lutte pour l’auto-émancipation, sans messies et sans guides, sans spécialistes et sans États. »

Serge Latouche, brossant une fresque de l’histoire sociale et culturelle des Amérindiens, estime que leur réveil contient des promesses, des attitudes et des réalisations locales qui convergent avec les projets de l’objection de croissance. « La lutte pour la dignité et la reconnaissance de la joie de vivre comme partie du processus de changement résonne par-delà les mers avec notre combat. » Toutefois, comme en Afrique, « la rhétorique de l’autre développement, de l’économie solidaire et du commerce équitable, portée surtout par les experts blancs pleins de bonnes intentions est déjà à l’œuvre pour éviter que soit réalisée la sortie de l’économie et la marche vers la décroissance ».

Autres aspects critiques

Bertrand Méheust soutient que le trait dominant de notre époque, c’est l’impuissance de la connaissance, « son apparente inutilité ». Nous croulons, en effet, sous des informations qui convergent toutes vers la probabilité d’une catastrophe écologique et sociale totalement inédite à cette échelle, et pourtant « la pression du confort » est telle que nous sommes incapables d’un agir collectif à la mesure des enjeux. « Quelle contre-violence convient-il légitimement d’exercer contre la prédation financière, contre l’emprise publicitaire, contre la destruction de la biosphère, contre la dépossession lente de notre humanité ? »

Pour Claude Llena, le mouvement de la décroissance n’est pas un enfermement idéologique dans lequel les critiques les plus virulentes veulent l’isoler. « Il est l’expression d’une volonté d’agir sur les écosystèmes biologiques et sociaux à l’intérieur des territoires de vie. Il cherche à minimiser l’empreinte écologique des pratiques productives et participe d’une relation sociale revitalisée par la recherche du sens. » C’est une mutualisation des pratiques d’auto-éco-organisation qui permet Lire la suite

Le dimanche 10/10/10 – Retrouvons-nous à ALTERNATIVA à Cap Sciences Bordeaux de 10h10 à 19h

Le dimanche 10/10/10   Retrouvez-nous à ALTERNATIVA à Cap Sciences de 10h10 à 19h       

AlternativA, c’est un temps de rencontres et de débats, un événement festif organisé à  Bordeaux par le Collectif Climat Gironde, à Bayonne  par l’association Bizi !, à Pau par le collectif CocliPau, le dimanche 10 octobre, journée d’action mondiale en faveur du climat.

AlternativA, c’est le lieu où les alternatives s’exposent, se créent… c’est un espace de transition écologique et sociale vers le monde de demain…

Les effets du changement climatique se précisent et pourtant, le Sommet de Cancun prévu en décembre s’engage, comme celui de Copenhague, dans une impasse.  

Notre système économique, social et démocratique est profondément en crise. Il remet en cause aujourd’hui les conditions mêmes de survie de l’espèce humaine sur notre planète. Mais envisager cette crise comme un possible levier de changement, reprendre du pouvoir sur notre avenir, c’est le défi que nous voulons relever.

Place à l’action locale et au penser global, place à l’inventivité, à l’imagination, au travail solidaire et au plaisir de faire ensemble !

Rendez-vous à Cap Sciences le dimanche 10/10/10 à partir de 10h10

Collectif Climat Gironde : http://collectifgirondecopenhague.eklablog.net   

Contacts : alain.blanc22@orange-ftgroup.com  et brigthomas@free.fr

Le 10/10/10 : ce qui vous attend !

Le matin accueil-café : 10h10 rencontre avec les associations présentes, ateliers-débats  sur les quais : déambulation avec la Batucada Zumbi Rei    

12h30 Apéro-repas avec la fanfare rock  La Collectore  (buvette et brasserie bio sur place)

L’après-midi  rencontre avec les associations, atelier-débats récréation musicale avec Éric Brocard projection du film « The Story of stuff »

17 h Débat « Travailler plus pour (se) détruire plus ? » avec la participation du philosophe et sociologue Daniel Cerezuelle.

18h30 Et après ? Lire la suite