« Pic général » – Une récession temporaire… ou la fin de la croissance ?

voltaire.net, Richard Heinberg, le 15 octobre 2009

«  Pic général » – Une récession temporaire… ou la fin de la croissance ?

Alors que la croyance dominante attribue la crise économique actuelle aux seuls désordres du système financier, Richard Heinberg affirme qu’elle est une conséquence systémique du pic pétrolier. Dans cet article de fond, le « pape de la décroissance » expose ses arguments. Nous le publions dans nos colonnes parce qu’il présente des éléments de réflexion indispensables à la compréhension des enjeux actuels, même si nous ne partageons pas la philosophie malthusienne qui sous-tend son exposé. Au demeurant, au delà de la question de savoir s’il a entièrement tort ou raison, il est nécessaire de connaître et de comprendre une pensée qui exerce désormais une influence considérable dans le monde anglo-saxon en général, et sur les administrations Obama et Brown en particulier. Tout le monde s’accorde sur ce fait : notre économie est mal en point. Les symptômes inévitables comprennent un déclin des dépenses et de la confiance des consommateurs, ainsi qu’un repli des échanges commerciaux mondiaux et du crédit disponible. Ajoutez à cela un effondrement des valeurs immobilières, un carnage dans les industries automobiles et le transport aérien, et vous obtenez effectivement un tableau très sombre.

Mais pourquoi l’économie états-unienne et, dans une perspective plus large, l’économie mondiale flanchent-elles toutes les deux ? Du côté des médias dominants, des dirigeants mondiaux et des économistes en chef états-uniens (Timothy Franz Geithner, le secrétaire au Trésor et Ben Shalom Bernanke, le directeur de la Réserve Fédérale) on observe une quasi-unanimité d’opinion : ces récents troubles s’expliqueraient principalement par la combinaison de mauvais prêts immobiliers et d’une règlementation insuffisante des produits dérivés de la finance.

Voilà pour le diagnostic conventionnel. S’il est correct, alors le traitement de notre maladie économique devrait logiquement inclure, d’une part, d’importantes sommes consacrées au renflouement des institutions financières, des banques de prêt immobilier et des constructeurs automobiles en déroute ; d’autre part, une meilleure règlementation des produits dérivés financiers et des marchés à terme ; et enfin des programmes de relance destinés à revigorer les dépenses de consommation.

Mais si ce diagnostic était erroné ? La métaphore ne nécessite guère d’explications : nous savons tous quelles tragédies peuvent résulter d’une erreur d’appréciation des symptômes de la part d’un médecin et de la confusion par celui-ci de plusieurs maladies.

Un phénomène semblable s’observe dans le cas de notre affection économique nationale et mondiale. Si nous ne comprenons pas pourquoi le métabolisme industriel et financier du monde souffre, il est peu probable que nous puissions appliquer le bon remède et nous risquons, au bout du compte, d’aggraver la situation bien au-delà de ce qu’il en serait autrement.

N’en doutons pas : le diagnostic conventionnel est certainement en partie pertinent. La relation causale entre les prêts à risque et les crises de Fannie Mae, Freddie Mac et Lehman Brothers a été largement examinée et ne fait plus guère de mystère. Clairement, au cours des quelques années passées, les bulles spéculatives dans les secteurs immobilier et financier furent gonflées à une échelle colossale, de sorte que leur éclatement était inévitable. Il semble difficile de contredire le point de vue du Premier ministre australien Kevin Rudd, dans sa tribune publiée par le Sydney Morning Herald : « Les racines de la crise s’enfoncent dans la décennie d’excès l’ayant précédée. Au cours de celle-ci, le monde a connu un boom extraordinaire[…]Cependant, comme nous l’apprîmes ultérieurement, le boom global reposait en grande partie[…]sur un château de cartes. Premièrement, dans de nombreux pays occidentaux le boom a été érigé sur une montagne de dette entre les mains des consommateurs, des entreprises et de certains gouvernements. Comme l’explique le magnat de la finance George Soros : “Pendant 25 ans [l’occident] a consommé davantage qu’il n’a produit… nous avons vécu au-dessus de nos moyens.” » [1] .

Néanmoins, afin de saisir pleinement les origines de l’effondrement économique mondial en cours, notre regard doit-il s’arrêter là ?

On peut arguer que les tragiques événements liés à l’immobilier, aux marchés de produits dérivés financiers, à l’industrie automobile et au transport aérien ne sont simplement eux-mêmes que des symptômes d’un dysfonctionnement systémique encore plus profond signifiant la fin de la croissance économique telle que nous l’avons connue. 

En bref, je propose là un diagnostic alternatif. Cette explication de la crise économique est déconseillée aux âmes sensibles car, si celle-ci est avérée, elle implique que le patient est beaucoup plus gravement atteint que ne l’affirment même les économistes les plus pessimistes. Mais si elle est correcte, alors l’ignorer nous fait encourir des périls bien plus importants.

Croissance économique, crise financière et pic pétrolier

Depuis plusieurs années, un mouvement de commentateurs (dont je fais partie) pronostiquait un crash financier en se basant sur la constatation d’un plafonnement imminent de la production pétrolière mondiale. [2] Notre raisonnement s’articulait comme ceci :

L’accroissement continu de la population et de la consommation ne peut se poursuivre indéfiniment sur une planète limitée. Il s’agit là d’une observation axiomatique sur laquelle tous ceux familiarisés avec les mathématiques de la croissance exponentielle ne peuvent que tomber d’accord, quand bien même Lire la suite

Les Néerlandais à plein pot sur les autoroutes cyclables

liberation.fr, Sabinez Cessou, le 11 septembre 2009

Les Néerlandais à plein pot sur les autoroutes cyclables

Multiplier les «autoroutes» cyclables : c’est l’objectif que s’est fixé le gouvernement néerlandais, pour mieux dissuader les gens de prendre leur voiture pour aller au travail, même s’ils habitent à plus de 20 kilomètres de leur bureau. Pour l’instant, il n’existe que cinq de ces fameuses autoroutes. Soit de larges pistes que rien n’arrête entre deux villes, sans carrefour ni feux rouges. L’une d’entre elles relie déjà Amsterdam à Utrecht, deux villes distantes de 30 kilomètres, jusqu’à présent desservies par le train et une autoroute quotidiennement engorgée. La construction de cinq nouvelles autoroutes cyclables coûtera 25 millions d’euros et permettra de relier, entre autres, Arnhem à Nimègue et Leyde à La Haye. Selon les études menées par les pouvoirs publics, 5 % des automobilistes sont prêts à sauter sur leur deux-roues, été comme hiver, pour se rendre au bureau.

Leur motivation : éviter les embouteillages et les dépenses liées à la voiture. Les fous du vélo, encore minoritaires, sont disposés à faire de longs trajets par tous les temps, mais pas à se fatiguer. Sur les 5 % d’éventuels convertis aux vertus du pédalier, qui voudraient donc ne plus rouler en voiture, beaucoup envisagent en effet l’achat d’une bicyclette électrique. Ce mode de transport, très en vogue, est perçu comme une alternative à la fois économique et écologique à la voiture ou au scooter.

Effet inattendu de la crise, Lire la suite

Aux Etats-Unis, les vélos doublent les voitures

eco-life.fr, Marie Varasson, le 6 juillet 2009

Aux Etats-Unis, les vélos doublent les voitures

Depuis le début de l’année, les Américains ont acheté 2,6 millions de vélos contre 2,5 millions de voitures et de camions selon le Huffington Post, journal en ligne. Depuis début 2009, les Américains ont acheté davantage de vélos que d’autos et de camions. En pleine crise économique, les deux roues doublent les voitures. « Les Américains commencent à voir le vélo comme une part respectable du transport mixte« , confirme Dennis Markatos, fondateur et directeur de l’association Sustainable Energy Transition (SETenergy.org). « C’est une nouvelle étonnante, mais heureuse », commente Ludovic Bu, Président de l’association de conseil en mobilité, Voiture and Co. Car sur le plan environnemental, la popularisation du vélo reste un défi crucial. Tandis qu’une petite voiture neuve émet 120 grammes de CO2 par kilomètre, le vélo n’en émet pas.

Les volumes des ventes d’autos et de vélos ont cependant baissé par rapport à l’an passé, avec réciproquement 35 et 30% de ventes en moins. Plus lent du côté des deux roues, le retranchement des volumes de ventes lui permet de passer en tête. La bicyclette entre ainsi en « mode actif », selon l’expression consacrée par les experts. « Elle est intégrée au quotidien et trouve grâce aux yeux des consommateurs, soumis à la crise économique. Grâce à elle, ils accentuent leur droit à la mobilité au-delà de son usage habituel« , explique Julie Rieg, sociologue pour le cabinet d’études Chronos, spécialisé dans les questions de mobilité.

« Pour rejoindre une salle de sport ou aller au travail, le vélo, plus économique que la voiture, devient une alternative crédible », note Julie Rieg. D’autant que depuis début 2009, des déductions fiscales en favorisent l’usage aux Etats-Unis. Si un employé effectue au moins trois allers-retours domicile – lieu de travail par semaine, il bénéficie d’un crédit d’impôts de 20 dollars par mois. Avantageux pour les cyclistes, ce système a été voté à la fin de la présidence de Georges W. Bush et pourrait expliquer une part du recours aux deux roues dans le pays où la voiture est reine. « C’est une première sur un territoire aussi vaste. En Belgique, le système est appliqué dans des termes équivalents et semble être chaleureusement accueilli par la population. Mais le pays est plus petit et les modalités d’application sont plus faciles à évaluer », remarque Ludovic Bu.

– « Les pistes ne sont pas adaptées à une forte densité de cyclistes » –

Motivé en premier lieu par le porte-monnaie, le volume des ventes de vélos pose la question cruciale des infrastructures. « Il ne faut pas se méprendre et bien saisir que l’utilisation du vélo s’inscrit dans un système de mobilité globale« , analyse Julie Rieg. « Les individus portent différentes casquettes, de Lire la suite

François Moisan, directeur scientifique de l’ADEME : La vie verte devant soi

liberation.fr, Vahé Ter Minissian, le 2 juin 2009

La vie verte devant soi

Vision. La réduction drastique des émissions de C02 imposera une révolution des comportements, selon le directeur scientifique de l’Ademe.

Diviser par quatre les émissions de CO2 d’ici à 2050, est-ce possible ? Oui, s’il y a une volonté politique, de bons choix technologiques et des changements radicaux de mode de vie, estime François Moisan, directeur scientifique de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Il sera l’invité, demain, du nouveau cycle de conférences organisé par l’Université de tous les savoirs (UTLS), à Paris et Bordeaux, sur le thème «Développement durable : la croissance verte, comment ?» (1).

Un petit rappel sur l’évolution des émissions de CO2 : en quoi sont-elles alarmantes et quels sont les objectifs ?

Malgré la signature du protocole de Kyoto, les émissions mondiales de CO2, le principal gaz à effet de serre, continuent à augmenter. Au cours du dernier siècle, sa concentration dans l’atmosphère est déjà passée de 280 à 365 ppm. Si rien n’est fait pour inverser la tendance actuelle, les experts du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) estiment qu’elle pourrait atteindre les 900 ppm à la fin du siècle. Or, les scientifiques sont formels : pour limiter le réchauffement climatique à 2° C, il faudra qu’à cette date, la teneur en dioxyde de carbone dans l’air ne dépasse pas les 450 ppm. Cela signifie que d’ici à 2050, il faudra diviser par deux les émissions de CO2 dans le monde, et par quatre celles des pays industrialisés. D’ores et déjà, plusieurs Etats européens dont la France s’y sont engagés. Et de son côté, le président Obama a annoncé un objectif de réduction de 80 % des émissions des Etats-Unis d’ici à 2050.

Comment s’y préparer ?

En prenant, d’abord, des engagements politiques à plus court terme. En décembre, l’Union européenne a adopté un paquet «Energie-Climat» qui prévoit une réduction de 20 % des émissions pour les pays membres d’ici à 2020. Si d’autres Etats dans le monde s’y engagent eux aussi, ce chiffre pourrait être porté à 30 % lors d’une conférence internationale qui se tiendra à la fin de l’année à Copenhague. En France, le Grenelle de l’environnement a pris des décisions répondant à cet objectif : diminution significative des émissions et de la consommation d’énergie des véhicules. Et réduction de 40 % de la consommation d’énergie des logements. Ces premières mesures vont nous propulser sur une trajectoire plus vertueuse que celle d’aujourd’hui.

On sera loin du compte…

Il est évident que l’objectif de 2050 est beaucoup plus ambitieux Lire la suite

Sarkozy commet une erreur en se faisant le VRP du nucléaire

lemonde.fr,  Jean-Michel Bezat, le 21 avril 2009

Pour Robert Lion, « le président Sarkozy commet une erreur en se faisant le VRP du nucléaire »

Robert Lion, 74 ans, est le président de Greenpeace France. Cet inspecteur général des finances a été directeur du cabinet de Pierre Mauroy, premier ministre, en 1981-1982, puis directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (1982-1992). Il a ensuite présidé Energy 21 (1994-2000), et préside toujours l’association Agrisud.

Etre président de Greenpeace France, c’est être hostile au nucléaire. N’est-ce pas étonnant pour un ancien grand commis de l’Etat ?

La République n’est pas si sectaire ! J’ai dirigé une administration centrale, le cabinet de Pierre Mauroy, la Caisse des dépôts et consignations, sans cacher mes hésitations puis mon hostilité au nucléaire. Délégué général du mouvement HLM après le premier choc pétrolier, j’ai été un promoteur acharné de la maîtrise de l’énergie et du solaire ; nous combattions EDF, qui essayait d’imposer partout le chauffage électrique. A Matignon, j’ai guerroyé contre mes amis socialistes qui voulaient lancer trois tranches nucléaires par an, alors que nous étions déjà en surcapacité !

Greenpeace a été espionné par EDF. Comment interprétez-vous ces agissements ?

A bien des égards, EDF est une magnifique entreprise. Elle s’est fourvoyée avec le tout-nucléaire. Elle se dévoie avec de telles pratiques. Au-delà des sanctions, cela appelle le mépris.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que le nucléaire est une arme contre le réchauffement climatique ?

Le meilleur moyen de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre est la réduction des consommations énergétiques. Vous pouvez faire le choix, dans un pays comme le nôtre, de produire encore plus d’électricité, et préférer alors le nucléaire au gaz ; vous pouvez choisir au contraire d’améliorer à grande échelle l’efficacité énergétique dans le bâtiment. Pour une tonne de CO2 évitée, la seconde voie coûtera beaucoup moins cher et créera sept à dix fois plus d’emplois. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a souligné la priorité à donner à la maîtrise de l’énergie pour aboutir à un scénario limitant les émissions de CO2.

L’isolation des bâtiments, est-ce bien la panacée ?

Il ne s’agit pas seulement d’isoler ! C’est la conception d’un immeuble ou d’une maison et l’usage induit par cette conception qui sont en cause. Ce sont aussi le contrat de chauffage, les équipements – des chaudières aux ampoules -, les combustibles utilisés : pensez à la géothermie, par exemple, ou à la cogénération. Tout cela, bout à bout, évite la gabegie et conduit à la sobriété.

Les partisans du nucléaire mettent aussi en avant l’indépendance énergétique qu’assure le nucléaire…

Même réponse ! Si vous limitez la consommation de chaleur, de froid, d’éclairage comme celle des carburants dans les transports, vous réduisez la dépendance énergétique du pays. 50 kWh par an au m2 dans le bâtiment ou 120 grammes de CO2 au km pour les automobiles, c’est le même combat ! Dans dix ans, ces seuils eux-mêmes nous paraîtront archaïques parce que trop élevés.

Les écologistes n’entretiennent-ils pas une peur excessive ?

Tchernobyl n’est pas un fantasme ! Le risque d’accident se multiplierait si le nucléaire civil était adopté par des pays sans culture industrielle. Les déchets nucléaires, qu’on ne sait toujours pas éliminer, font de nous des transmetteurs de mort aux générations futures. Quant au risque de prolifération, qui en a le plus peur sinon les gouvernements occidentaux dressés contre le nucléaire iranien ? Disséminer l’atome, c’est aller inévitablement vers son utilisation, un jour, par des Etats agressifs et par des mafias. Le président Sarkozy commet une erreur géostratégique en se faisant le VRP du nucléaire.

Et pourtant, les projets de centrales fleurissent dans le monde… Lire la suite