L’artificialisation des terres fragilise l’environnement

eco-life.fr, Marie Varasson, le 16 février 2009

La verte campagne perd du terrain 

Davantage convoitées pour leurs qualités foncières qu’agricoles, les prairies et cultures sont grignotées par l’expansion urbaine. Une artificialisation des terres qui dégradent les paysages et fragilise l’environnement.

La fleur au fusil, de plus en plus de citadins quittent la ville pour s’installer au vert. Tandis que les surfaces cultivables ne s’étendent plus en France et que les superficies des prairies stagnent, 20 à 30 000 hectares de terres sont cédés chaque année à l’artificialisation (transformation d’une zone agricole ou naturelle en zones artificielles, tel que les logements, les routes ou les zones commerciales). Un phénomène de désengorgement des zones urbaines, qui obéit au modèle d’un développement urbain horizontal plutôt que vertical. Avec l’habitat, les voies de communication et infrastructures de loisirs grignotent les espaces verts. En 2003, bâtiments, jardins et pelouses, routes et parking s’étendaient sur près de 8% du sol métropolitain. Les forêts occupent quant à elles environ 20% du territoire. Irréversible, l’artificialisation redessine le paysage français.

Les prix du foncier en ville font parfois tourner la tête. A Toulouse, l’aire urbaine dépasse les frontières du département et un appartement de 100 m² se négocie 450 000 euros. Cette pression démographique et foncière a débuté dans certaines régions – telles que les zones proches du littoral – il y a plusieurs décennies. Depuis 1999, l’espace périurbain occupe la quasi-totalité de l’espace rural des années 70. La ville rose est saturée, et son histoire ressemble à celle de Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux ou Strasbourg. « S’il faut s’excentrer pour parvenir à la maison avec jardin idéale, les gens le feront« , explique Laurent Bisault, statisticien agricole, responsable d’Agreste Primeur, publication du ministère de l’Agriculture. Une norme de confort qui s’ajoute à la stricte pression démographique. Entre 1982 et 2004, les surfaces urbanisées françaises ont augmenté de 43%, tandis que la croissance démographique était de 11%.

– Le Grand Lyon pâtit depuis plusieurs années de ces allées et venues –

Davantage exposées que les forêts, les terres arables ou cultivables sont les premières à être artificialisées. « Les forêts sont protégées par des réglementations strictes, ce sont des patrimoines », précise Laurent Bisault. « En revanche, les exploitations agricoles sont rentabilisées et font déjà partie du système économique ». Lorsqu’ils cessent leur activité, certains cultivateurs cèdent leurs terres à des fins non agricoles. Dans la région de Nice, le phénomène est tel que les agriculteurs sont exclus du réseau foncier, les prix étant trop élevés pour leur bourse. La Dordogne et le Lot sont également touchés par ces hausses des prix. « Les jeunes agriculteurs ne peuvent plus s’installer », constate Laurent Bisault.

Tandis que 80% des Européens pourraient vivre en zone urbaine en 2020, selon l’Agence Européenne de l’Environnement, « les collectivités locales commencent à s’interroger et tentent d’anticiper les conséquences de cette expansion », Lire la suite