Rapport Roussely : sauver le nucléaire français à coup de mesures scandaleuses

sortirdunucleaire.org, communiqué de presse, le 30 juillet 2010

http://www.sortirdunucleaire.org/index.php?menu=actualites&sousmenu=dossiers&soussousmenu=roussely&page=index

Nucléaire français : ça sent le Roussely…

Rapport Roussely : sauver le nucléaire français à coup de mesures scandaleuses

Les grandes lignes du rapport Roussely, remis au Président de la République en mai dernier et classé secret défense, ont été rendues publiques par l’Elysée, le mardi 27 juillet 2010.

Nucléaire français : un bilan économique et industriel désastreux

Le rapport Roussely reconnaît l’ampleur des déboires que rencontrent Areva et EDF sur les chantiers des réacteurs EPR en construction, en France et en Finlande : « la crédibilité du modèle EPR et de la capacité de l’industrie nucléaire française à réussir de nouvelles constructions de centrales ont été sérieusement ébranlées par les difficultés rencontrées sur le chantier finlandais d’Olkiluoto et sur celui de la troisième tranche de Flamanville« . En cause, « la complexité de l’EPR » qui « est certainement un handicap pour sa réalisation et donc ses coûts ».

Estimant que « la filière nucléaire doit atteindre une compétitivité attractive pour l’investissement privé« , Roussely reconnaît que le nucléaire n’a jusqu’ici jamais été compétitif ni économiquement efficace, contrairement à ce que clame le marchand de centrales Areva. Roussely pointe la contre-performance du parc nucléaire français : « alors que la disponibilité moyenne mondiale des centrales nucléaires a significativement augmenté au cours des 15 dernières années, la disponibilité des centrales nucléaires françaises diminue fortement depuis quelques années« .

La déroute de l’EPR est telle que, selon Roussely, « c’est la crédibilité, et donc l’existence même » de l’industrie nucléaire française qui est en jeu. Pour faire face, Roussely fait feu de tout bois, en préconisant des « mesures d’urgence » toutes plus scandaleuses les unes que les autres.

Faire payer le consommateur et détourner des financements publics

Roussely préconise « une hausse modérée mais régulière des tarifs de l’électricité afin de permettre la préparation du financement du renouvellement du parc« . Le nucléaire coûte trop cher? Qu’à cela ne tienne, il suffit de faire payer le consommateur. A force d’être « régulière », la hausse des tarifs risque de ne pas rester « modérée » très longtemps…

Roussely propose de détourner une partie des financements destinés aux énergies renouvelables, au profit de l’industrie nucléaire. L’uranium qui permet aux centrales de fonctionner est un minerai épuisable, non renouvelable : le nucléaire est une énergie fossile, au même titre que le pétrole et le charbon. Pourtant, Roussely propose de « poursuivre une action politique résolue pour obtenir que tous les financements multilatéraux destinés aux énergies renouvelables soient aussi Lire la suite

France Nature Environnement : Déluge nucléaire au cœur de l’été !

fne.asso.fr, communiqué de presse, le 30 juillet 2010

http://www.fne.asso.fr/fr/deluge-nucleaire-au-cur–de-lete-.html?cmp_id=33&news_id=1751&vID=1

Déluge nucléaire au cœur de l’été !

Le rapport Roussely sur l’avenir de la filière française du nucléaire civil enfin rendu public, sous forme de synthèse (expurgée du confidentiel défense ?). Le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire qui remet son avis sur la gestion des matières et déchets radioactifs. Le Président de la république annonçant que EDF sera le chef de file du nucléaire français à l’exportation associé à AREVA. EDF qui reconnaît deux nouvelles années de retard pour l’EPR de Flamanville. N’en jetez plus ! Tout ceci part du fait que le nucléaire français va mal, à l’intérieur comme à l’extérieur. C’est la raison du rapport Roussely.

Des projets de réacteurs en forme de chantiers-écoles

Un premier élément commun réside dans les déboires graves des deux chantiers des réacteurs EPR, celui d’AREVA en Finlande et celui d’EDF à Flamanville. Pour Maryse Arditi, pilote du réseau Risques industriels de FNE : « Rappelons que cela fait 20 ans que ni EDF, ni AREVA n’ont construit un réacteur de A à Z et que les compétences se sont estompées. Tous les intervenants doivent réapprendre à faire. En fait, ces 2 réacteurs sont des chantiers-écoles comme il en existe dans tout le secteur de la formation professionnelle, mais on n’a pas osé nous les présenter ainsi ! ». Dans ces conditions, FNE rappelle sa demande de moratoire sur Penly 3, le temps que Flamanville soit terminé et expérimenté 3 années.

Des exportations menacées

Depuis des années, EDF exporte le courant (la France garde les déchets) et AREVA exporte (ou tente d’exporter) les réacteurs. Pour poursuivre l’exportation du courant, EDF est confronté à une indisponibilité croissante du parc de réacteurs pour cause, entre autres, de vieillissement. Cela ne va pas s’arranger avec le temps ! Le rapport Roussely part de l’idée que nos réacteurs vont durer non pas 40 ans, mais 50 ans, voire 60 ans, ce qui n’est pas sans soulever des questions fondamentales sur la sûreté, comme l’illustre l’état de santé de Fessenheim, centrale de seulement 40 ans ! Il en déduit que la seule activité possible pour le nucléaire civil français est à l’exportation. Et Roussely de s’apercevoir que l’EPR est inadapté pour des pays sans compétences fortes en nucléaire : trop gros, trop complexe, trop dangereux, nécessitant un surcroît de sécurité difficile à opérer ! D’où l’idée de créer de nouveaux « objets nucléaires » plus aisément commercialisables.

De la mine aux déchets

L’uranium que nous utilisons vient du monde entier, sauf de la France. Au Niger, Lire la suite

Les mines d’uranium françaises en accusation

Le Monde, Hervé Morin, le 12 février 2009

Les mines d’uranium françaises en accusation

L’uranium en France: 210 sites d’exploitation du minerai radioactif

Avant même sa diffusion, mercredi 11 février, sur France 3, le magazine « Pièces à conviction » aura mis en émoi le monde du nucléaire. Intitulée Uranium, le scandale de la France contaminée, cette enquête décrit les lacunes entourant la gestion, par Areva, des 210 sites miniers d’uranium français, dont le dernier a fermé en 2001. Les 166 millions de tonnes de « stériles » (roches à trop faible teneur en uranium pour être exploitées), mais aussi les 50 millions de tonnes de résidus issus des usines d’extraction, stockés sur 17 sites miniers, constituent un héritage encombrant.

Un demi-siècle d’activité

1948. Début de l’exploitation de mines d’uranium en France. La dernière mine a fermé en 2001.

210. C‘est le nombre de sites, répartis sur 25 départements, ayant fait l’objet d’activités d’exploration, d’exploitation et de traitement de minerais d’uranium ainsi que de stockage de résidus.

166 millions de tonnes. Evaluation des « stériles », des roches jugées trop peu chargées en uranium pour être exploitées, parfois réutilisées en génie civil.

50 millions de tonnes. Masse des résidus – essentiellement des boues radioactives – issus de l’activité d’extraction de l’uranium, stockés sur 17 sites.

Jean-Louis Borloo demande des comptes à Areva

« Je demande juste à Areva, qui m’apparaît responsable clairement, juridiquement et entièrement, de faire son boulot. Je demande d’avoir le rapport d’enquête » a déclaré Jean-Louis Borloo dans une interview accordée, mercredi, à France 3.

Le ministre reconnaît que l’exploitation des mines d’uranium était auparavant « un domaine globalement réservé », qui échappait au contrôle du gouvernement et du parlement. « Le sujet des résidus des fermetures du passé, qui a été traité de manière négligente, sera traité« , conclut Jean-Louis Borloo.

L’émission décrit des situations préoccupantes : utilisation de stériles radioactifs comme remblais dans des zones fréquentées par le public ; fuites dans l’environnement de radioéléments issus des résidus ; construction sur des zones « réhabilitées » de bâtiments qui se révèlent contaminés au radon, un gaz radioactif… Le documentaire s’interroge aussi sur l’état de santé des mineurs chargés de l’extraction des roches radioactives : les décès par cancer du poumon sont 40 % plus élevés que dans une population comparable, et ceux par cancer du rein deux fois plus nombreux.

COMPTEURS GEIGER

L’enquête s’appuie notamment sur le travail de fourmi de particuliers qui, armés de compteurs Geiger, arpentent les environs des anciennes mines pour identifier les zones où les stériles ont été réutilisés par des entrepreneurs de travaux publics. Elle s’est aussi beaucoup nourrie de l’expertise de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), un laboratoire de mesure indépendant.

Les associations ont obtenu quelques succès. Autour du site des Bois-Noirs (Loire et Allier), Areva a dû traiter plusieurs sites où des bâtiments, construits sur des remblais radioactifs, présentaient des taux de radon alarmants. Mais elles ont aussi perdu des batailles, comme en 2005, lorsque Areva, Lire la suite

Centrales nucléaires : les mesures d’EDF mises en cause

Le Monde, Jean-Michel Bezat, le 13 janvier 2009

Centrales nucléaires : la fiabilité des mesures d’EDF mise en cause

L’année 2008 a été, en France, une annus horribilis pour l’image de la sûreté nucléaire. Les incidents à répétition sur le site du Tricastin (Drôme) – notamment le rejet, en juillet, d’effluents uranifères dans l’environnement par une filiale d’Areva – ont fourni de nouveaux arguments aux adversaires de l’atome civil pour réclamer l’arrêt des centrales. Les associations anti-nucléaires ne désarment pas et elles viennent de trouver un nouvel angle d’attaque en relayant les critiques de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) contre les laboratoires d’Electricité de France (EDF).

Le réseau Sortir du nucléaire a révélé, lundi 12 janvier, que le « gendarme » de l’énergie atomique avait mis en cause la fiabilité de l’expertise de ces laboratoires installés au sein même des dix-neuf centrales (comptant 58 réacteurs) d’EDF. Dans une lettre au ministre de l’écologie et de l’énergie, Jean-Louis Borloo, l’association indique que ces « défaillances » mettent les citoyens « en danger ».

Par quatre décisions rendues le 16 décembre, l’ASN a refusé ou suspendu l’agrément donné à ces laboratoires chargés de mesurer les indices de radioactivité dans l’environnement des centrales (air, rivières, nappes phréatiques, faune, flore, lait…). Elle a notamment relevé que sur les impulsions radioactives, il existait « des biais de mesure incompatibles avec la qualité requise pour assurer la surveillance de la radioactivité de l’environnement ».

Les écarts peuvent atteindre 10 % à 15 %. Les experts notent que les mesures d’EDF pour les rayonnements bêta donnent des résultats supérieurs aux valeurs réelles, tandis que le tritium (isotope radioactif) est un peu sous-évalué. L’ASN précise que les laboratoires épinglés ne sont pas chargés de mesurer les rejets radioactifs.

« Cela ne remet pas en cause la capacité d’EDF à détecter la radioactivité anormale, ni le bilan environnemental autour des sites, souligne Julien Collet, directeur de l’environnement et des situations d’urgence de l’ASN. Il n’y a pas de problème au niveau de la surveillance de l’environnement. »

INFORMATIONS SERONT CONSULTABLES SUR INTERNET

EDF réalise 20 000 mesures annuelles par centrale (et pratiquement autant pour les rejets). En outre, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) effectue lui aussi des mesures, programmées ou impromptues.

EDF et l’ASN indiquent que le groupe d’électricité a déjà partiellement réduit ces écarts de mesures. En février, ses laboratoires seront en conformité, affirme une porte-parole du groupe. Les mouvements anti-nucléaires jugent les limites légales des rejets « fort laxistes ».

Depuis la loi du 13 juin 2006, qui a transformé l’ASN en une autorité administrative indépendante, les contrôles sur l’industrie nucléaire se sont renforcés. L’ASN a décidé qu’à partir du 1er janvier 2009, les mesures de la radioactivité dans l’environnement devront obligatoirement être réalisées par des laboratoires agréés, qu’ils soient propriétés d’EDF ou indépendants. Tous doivent déjà répondre à des normes internationales. A partir de janvier 2010, les informations seront consultables sur Internet.

Dans son dernier rapport annuel, publié en avril 2008, l’ASN juge que l’état du parc d’EDF est « assez satisfaisant ». Sans plus. Et elle invite l’entreprise à faire des progrès dans la rigueur d’exploitation, la lutte contre l’incendie et le contrôle des sous-traitants. En novembre, l’Autorité avait réclamé à l’exploitant « un état des lieux général des canalisations transportant des fluides explosifs », après avoir relevé des « carences » dangereuses dans certaines centrales.