L’artificialisation des terres agricoles s’accélère, un phénomène qualifié de « catastrophe » par Nicolas Sarkozy

lemonde.fr, le 8 février 2010, Hervé Kempf et Clément Lacombe

La forêt ne gagne plus de terrain en France

L’artificialisation des terres agricoles s’accélère, un phénomène qualifié de « catastrophe » par Nicolas Sarkozy

C’est la rupture d’une tendance historique de plus d’un siècle : en 2008, la forêt a cessé de gagner du terrain en France, après une progression continue pendant plus de cent cinquante ans. Ce tournant majeur dans l’occupation du territoire a été observé par les statisticiens du ministère de l’agriculture, dont l’enquête Teruti sur l’utilisation du territoire a été publiée fin 2009 (Agreste, Chiffres et données, n° 208). Menée chaque année depuis les années 1960, l’enquête observe l’occupation des terrains sur plus de 300 000 points du territoire. En 2008, il est apparu que les sols boisés reculaient (16,946 millions d’hectares) par rapport au relevé précédent (16,974).

Ce tournant s’inscrit dans un phénomène général et continu de conversion des terres agricoles vers d’autres usages : jusqu’à présent, ce mouvement s’opérait partie par boisement, partie par urbanisation. C’est maintenant l’urbanisation, ou « artificialisation des sols », qui absorbe les terres agricoles abandonnées. Les chiffres montrent aussi que l’urbanisation des sols s’accélère : de 54 000 hectares par an dans la décennie 1982-1992 à 74 000 hectares par an sur les années 2006-2008. Ce rythme dépasse largement la croissance de la population.

Le sujet est pris au sérieux au plus haut niveau : le 25 janvier, lors de l’émission télévisée « Paroles de Français », Nicolas Sarkozy a ainsi dit : « Nous avons besoin de protéger les terres agricoles, parce que les terres agricoles, c’est l’équivalent d’un département qui disparaît par an, c’est une catastrophe. » C’est en fait en dix ans que l’équivalent d’un département est absorbé par l’artificialisation, mais le danger est réel. « Le gaspillage des terres agricoles continue inexorablement, écrit André Thévenot, président de la fédération des Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer). L’étalement urbain ne cesse de s’amplifier au détriment des espaces agricoles, forestiers et naturels périurbains, au risque de perturber les équilibres écologiques et territoriaux. »

Un spécialiste du cabinet d’études Solagro, Philippe Pointereau, s’inquiète même pour l’autonomie du pays : « Au rythme actuel de perte des terres agricoles, la France pourrait devenir franchement importatrice de denrées agricoles en 2050, et perdre son indépendance alimentaire. »

La cause essentielle du gaspillage de l’espace est le décalage entre le revenu agricole et le prix du foncier : il est toujours plus intéressant de vendre une terre à la construction que de la conserver en culture. Ainsi, le prix national des terres et prés libres est d’environ 5 170 euros l’hectare en 2008, selon les Safer. Mais si le terrain devient constructible, sa valeur est d’un coup multipliée par quatorze dans la Creuse, par cinquante dans la région toulousaine et même par… trois cents en région parisienne. Rares sont d’ailleurs les agriculteurs à tirer profit de cette culbute, puisque plus des deux tiers des exploitations sont en fermage.

Taxer les plus-values

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De la nécessité d’encadrer le développement des centrales solaires au sol

actu-environnement.com, S.Fabregat, le 09 juillet 2009

De la nécessité d’encadrer le développement des centrales solaires au sol

De nombreux acteurs s’inquiètent de l’engouement des investisseurs pour les centrales photovoltaïques au sol. Il est vrai qu’à l’heure de la lutte contre l’artificialisation des sols, cette nouvelle concurrence d’usage est encore peu encadrée.

Il pousse… des champs de cellules photovoltaïques. Encore limité, le déploiement de centrales solaires au sol devrait s’accélérer, à en croire l’engouement des investisseurs qui ont lancé une véritable course à l’acquisition de terres idéales.

Le plan Borloo sur les énergies renouvelables ne devrait que renforcer cette tendance. Il prévoit en effet l’installation d’au moins une centrale par région d’ici 2011. Deux installations de 10 MW dans les plus ensoleillées, une seule dans les moins bien pourvues. L’appel d’offre devrait aboutir en décembre 2009 mais déjà des projets se concrétisent. Ce plan s’accompagne d’un tarif de rachat de l’électricité incitatif (0,20 € le kWh)

Selon les calculs, l’objectif gouvernemental occuperait entre 10.000 et 15.000 hectares de terrain… Or, 10.000 hectares, c’est déjà trop quand on sait que chaque année 72.000 hectares disparaissent à cause de l’urbanisation, commente André Barbaraux, directeur de la Fédération Nationale des Safer (sociétés spécialisées dans la vente de biens fonciers ruraux).
Au moment de la lutte contre l’artificialisation des sols, il est vrai que le manque d’encadrement actuel de ce déploiement pose question. Nous ne sommes pas opposés au photovoltaïque. Nous disons juste que concernant les centrales au sol, il faut faire attention. Leur développement ne doit pas entrer en conflit avec la nécessaire préservation des terres agricoles, forestières et des espaces naturels. D’autant que les centrales photovoltaïques peuvent se déployer sur les toitures de bâtiments agricoles, industriels et commerciaux en prenant en compte les obligations relatives aux paysages et aux sites protégés. Dans ce cas, cela peut même entraîner un complément de revenu non négligeable pour les propriétaires concernées dont les agriculteurs.

L’impact environnement des centrales solaires au sol

Outre l’impact sur le paysage, les centrales photovoltaïques au sol peuvent avoir des conséquences directes sur l’environnement local. Modification des biotopes, érosion des sols, déplacement de la faune sauvage font partie des impacts que peut avoir ce type d’installation.
Mais la question qui préoccupe avant tout les associations environnementales et les agriculteurs concerne la concurrence des sols. En effet, au moment où la sécurité alimentaire devient une priorité et où le gouvernement s’engage à lutter contre l’artificialisation des sols, une nouvelle concurrence avec l’agriculture voit le jour au travers des centrales au sol.

On assiste à un engouement très fort des investisseurs dans certains départements comme les Alpes de Haute Provence, les Landes ou Lire la suite

VIENT DE SORTIR : L’état des lieux des régions françaises

Diact, Hervé Dagand,  le 19 janvier 2009

L’état des lieux des régions françaises

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L’Observatoire des territoires a rendu publique une synthèse de son rapport pour l’année 2008, dont la version complète sera publiée le 23 janvier à la Documentation Française. Le texte intitulé « Dynamiques et développement durable des territoires » dresse l’état de santé des régions françaises.

Grands systèmes métropolitains. Le premier constat confirme le plus grand dynamisme des régions des façades sud et Atlantique comparativement aux régions du centre, du nord et de l’est. Le rapport signale ensuite que peu de régions françaises se positionnent dans le peloton de tête des régions économiques européennes, à l’exception notoire de l’Ile-de-France qui occupe la tête de ce classement devant le Grand Londres. Le rapport constate la structuration de « grands systèmes métropolitains », espaces organisés à partir de métropoles importantes, définis par l’intensité des flux migratoires entre régions et aires urbaines, les coopérations entre entreprises et laboratoires de recherche ou encore les relations siège-établissements. Il note par exemple les relations étroites des régions du bassin parisien avec l’Ile-de-France. Hors de l’Île de France, d’autres réseaux régionaux et interrégionaux s’affirment et dessinent des systèmes métropolitains organisés à partir d’un ou plusieurs pôles nouant des liens plus ou moins hiérarchisés avec d’autres pôles. Parmi ces systèmes le rapport cite un grand espace sud-est s’appuyant sur Lyon et Marseille ou encore un système « grand ouest » dans lequel plusieurs pôles apparaissent, notamment Nantes et Rennes.

Economie résidentielle. Le rapport souligne ensuite la place croissante de l’économie résidentielle, qui porte la croissance économique dans certains territoires, notamment ceux marqués par un grand nombre de touristes et de retraités. Ces services sont sur-représentés au sud, et à l’ouest, sur les littoraux ou encore dans les zones de montagne. Si ces mécanismes contribuent à atténuer les disparités territoriales, ils contiennent en eux-mêmes quelques limites qu’il est utile d’identifier pour s’assurer de la viabilité économique de ces territoires sur le long terme. Les auteurs du rapport rappellent que ce secteur d’activité crée des emplois en moyenne moins qualifiés et plus précaires. Ce mode de développement […] peut décourager l’implantation d’activités faisant appel à une main d’œuvre plus qualifiée et fragiliser à terme le potentiel productif de ces territoires.

Questions sociales. Hubert Falco rappelle en introduction du texte que « certains territoires connaissent des déséquilibres, démographiques, économiques et sociaux, que la crise pourrait aggraver. Leur résorption implique la prise en compte de la dimension territoriale dans les politiques relatives aux domaines les plus vulnérables, comme le logement, la santé, l’accessibilité aux services ». Le chômage de longue durée est le facteur majeur de précarité. Le chômage des jeunes est très concentré dans des zones d’emploi qui correspondent Lire la suite