Jean Zin : L’optimisme de la raison

jeanzin.fr, Jean Zin, le  novembre

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L’optimisme de la raison

Quelque critiques que puissent être la situation et les circonstances où vous vous trouvez, ne désespérez de rien; c’est dans les occasions où tout est à craindre, qu’il ne faut rien craindre; c’est lorsqu’on est environné de tous les dangers, qu’il n’en faut redouter aucun; c’est lorsqu’on est sans aucune ressource, qu’il faut compter sur toutes; c’est lorsqu’on est surpris, qu’il faut surprendre l’ennemi lui-même. (Sun-Tse, L’Art de la Guerre)

On peut prendre pour une provocation de parler d’optimisme de la raison au moment de la montée de tous les périls, pourtant c’est justement dans ces moments qu’il ne faut pas céder à la panique mais préparer les « lendemains qui chantent », car les beaux jours reviendront même si beaucoup en doutent. On peut dire qu’on en voit déjà les premières lueurs, un peu comme les premiers résistants annonçaient la libération au coeur de la nuit nazie.

Aujourd’hui, la situation est loin d’être aussi dramatique, bien qu’on n’ait rien vu encore, la succession des interventions pour repousser une crise systémique de plus en plus insoluble ayant épuisé tous les moyens des Etats (taux d’intérêts minimum, déficits maximum) jusqu’à se fragiliser eux-mêmes et se retourner contre leurs citoyens pendant que s’amorce une guerre des monnaies. Cependant, l’expérience de la crise de 1929 nous donne un coup d’avance, peut-on dire, la répétition du krach de la dette ayant déjà provoqué un retournement idéologique très sensible. Certes, ce qui domine pour l’instant, c’est plutôt la désorientation et une confusion des esprits qui peut mener à toutes sortes de dérives autoritaires et xénophobes, mais qui met tout de même un terme à une lente descente aux enfers, période de désocialisation et d’individualisme exacerbé où le dogmatisme néolibéral nous a fait entrer dans une des périodes les plus noires pour l’intelligence. Le remake des années folles avec les années fric avait de quoi nous dégoûter d’un monde qui bafouait tous nos idéaux et inversait toutes les valeurs mais quand le désespoir se transforme en colère et qu’il faut passer à l’action, il n’est plus temps de se complaire aux éructations de quelques vieilles badernes atrabilaires qui nous prédisent inlassablement la fin du monde, alors que ce n’est que la fin du vieux monde à laquelle nous assistons et qui ne mérite pas tant de nostalgies.

On peut, tout au contraire, espérer à nouveau et discerner les immenses potentialités de l’époque, époque révolutionnaire comme il n’y en a jamais eu dans l’histoire à cette rapidité et cette ampleur, avec une conjonction inédite des crises (économique, écologique, géopolitique, technologique, anthropologique, idéologique) où tout est bouleversé de fond en comble en quelques dizaines d’années seulement, au point qu’on peut légitimement avoir l’impression que le sol se dérobe sous nos pieds, des idéologies dépassés ne permettant pas de comprendre quoi que ce soit à ce qui se passe. Il y a un nouveau langage à inventer. C’est dans ces périodes pourtant qu’il est peut-être le plus exaltant de vivre, c’est là que s’ouvrent des possibles et que notre action peut être décisive pour orienter l’avenir et peser sur les choix futurs. C’est dans ces commencements qu’il est le plus important de savoir déceler la richesse des possibles, en évitant de s’égarer sur des voies utopiques sans issue pour saisir plutôt les véritables opportunités qui s’offrent à nous. Il s’agit de construire une stratégie politique pour une sortie de crise qui ne sauve pas seulement les meubles mais qui soit la conquête de droits nouveaux et d’une société pacifiée, d’une économie plus soutenable au service du développement humain, prenant en compte les conditions de sa reproduction. Vraiment de quoi retrouver une bonne dose d’optimisme pour notre avenir et les jeunes générations.

Il faut raison garder. L’optimisme de la raison ne signifie en aucun cas qu’on pourrait prendre ses désirs pour la réalité. Cela ne signifie ni que la technologie pourrait tout résoudre, ni qu’on pourrait espérer la fin du capitalisme et le triomphe du communisme. Il faut se persuader au contraire que notre chance, c’est de venir après tous ces égarements. Après l’échec patent du communisme comme du capitalisme. Aucun regret. Il ne peut être question de retomber dans les mêmes erreurs de l’homo economicus comme de l’homo sovieticus, et si l’on peut espérer quelque chose, c’est plutôt Lire la suite

Claude Lévi-Strauss: «La difficulté croissante de vivre ensemble…»

bibliobs.nouvelobs.com, Claude Lévi-Strauss, paru dans «l’Obs» le 9 juin 2005, source: «le Nouvel Observateur» du 1er mai 2008.

Les leçons d’un ethnologue

En mai 2005, le grand anthropologue reçut le prestigieux prix international de Catalogne. Ce fut alors, pour lui, l’occasion de méditer sur l’homme et le monde

Parce que je suis né dans les premières années du XXe siècle et que, jusqu’à sa fin, j’en ai été l’un des témoins, on me demande souvent de me prononcer sur lui. Il serait inconvenant de me faire le juge des événements tragiques qui l’ont marqué. Cela appartient à ceux qui les vécurent de façon cruelle, alors que des chances successives me protégèrent, si ce n’est que le cours de ma carrière en fut grandement affecté.

L’ethnologie, dont on peut se demander si elle est d’abord une science ou un art (ou bien, peut-être, tous les deux), plonge ses racines en partie dans une époque ancienne et en partie dans une autre récente. Quand les hommes de la fin du Moyen Age et de la Renaissance ont redécouvert l’Antiquité gréco-romaine et quand les jésuites ont fait du grec et du latin la base de leur enseignement, ne pratiquaient-ils pas une première forme d’ethnologie? On reconnaissait qu’aucune civilisation ne peut se penser elle-même si elle ne dispose pas de quelques autres pour servir de terme de comparaison. La Renaissance trouva dans la littérature ancienne le moyen de mettre sa propre culture en perspective, en confrontant les conceptions contemporaines à celles d’autres temps et d’autres lieux.

La seule différence entre culture classique et culture ethnographique tient aux dimensions du monde connu à leurs époques respectives. Au début de la Renaissance, l’univers humain est circonscrit par les limites du bassin méditerranéen. Le reste, on ne fait qu’en soupçonner l’existence. Au XVIIIe et au XIXe siècle, l’humanisme s’élargit avec le progrès de l’exploration géographique. La Chine, l’Inde s’inscrivent dans le tableau. Notre terminologie universitaire, qui désigne leur étude sous le nom de philologie non classique, confesse, par son inaptitude à créer un terme original, qu’il s’agit bien du même mouvement humaniste s’étendant à un territoire nouveau. En s’intéressant aux dernières civilisations encore dédaignées – les sociétés dites primitives -, l’ethnologie fit parcourir à l’humanisme sa troisième étape.

Les modes de connaissance de l’ethnologie sont à la fois plus extérieurs et plus intérieurs que ceux de ses devancières. Pour pénétrer des sociétés d’accès particulièrement difficile, elle est obligée de se placer très en dehors (anthropologie physique, préhistoire, technologie) et aussi très en dedans, par l’identification de l’ethnologue au groupe dont il partage l’existence et l’extrême importance qu’il doit attacher aux moindres nuances de la vie physique des indigènes.

Toujours en deçà et au-delà de l’humanisme traditionnel, l’ethnologie le déborde dans tous les sens. Son terrain englobe la totalité de la terre habitée, tandis que sa méthode assemble des procédés qui relèvent de toutes les formes du savoir: sciences humaines et sciences naturelles.

Mais la naissance de l’ethnologie procède aussi de considérations plus tardives et d’un autre ordre. C’est au cours du XVIIIe siècle que l’Occident a acquis la conviction que l’extension progressive de sa civilisation était inéluctable et qu’elle menaçait l’existence des milliers de sociétés plus humbles et fragiles dont les langues, les croyances, les arts et les institutions étaient pourtant des témoignages irremplaçables de la richesse et de la diversité des créations humaines. Si l’on espérait savoir un jour ce que c’est que l’homme, il importait de rassembler pendant qu’il en était encore temps toutes ces réalités culturelles qui ne devaient rien aux apports et aux impositions de l’Occident. Tâche d’autant plus pressante que ces sociétés sans écriture ne fournissaient pas de documents écrits ni, pour la plupart, de monuments figurés.

Or, avant même que la tâche soit suffisamment avancée, tout cela est en train de disparaître ou, pour le moins, de très profondément changer. Les petits peuples que nous appelions indigènes reçoivent maintenant l’attention de l’Organisation des Nations unies. Conviés à des réunions internationales, ils prennent conscience de l’existence les uns des autres. Les Indiens américains, les Maoris de Nouvelle-Zélande, les Aborigènes australiens découvrent qu’ils ont connu des sorts comparables, et qu’ils possèdent des intérêts communs. Une conscience collective se dégage au-delà des particularismes qui donnaient à chaque culture sa spécificité. En même temps, chacune d’elles se pénètre des méthodes, des techniques et des valeurs de l’Occident. Sans doute cette uniformisation ne sera jamais totale. D’autres différences se feront progressivement jour, offrant une nouvelle matière à la recherche ethnologique. Mais, dans une humanité devenue solidaire, ces différences seront d’une autre nature: non plus externes à la civilisation occidentale, mais internes aux formes métissées de celle-ci étendues à toute la terre.

La population mondiale comptait à ma naissance 1,5 milliard d’habitants. Quand j’entrai dans la vie active, vers 1930, ce nombre s’élevait à 2 milliards. Il est de 6 milliards aujourd’hui, et il atteindra 9 milliards dans quelques décennies, à croire les prévisions des démographes. Ils nous disent certes Lire la suite

Patrick Viveret : Une Alliance civique pour l’humanité

mediascitoyens-diois_blogspot.com, septembre 2009, Claude Veyret

Une Alliance civique pour l’humanité

La conjonction de la crise écologique (dont la forme la plus reconnue est celle du dérèglement climatique) et de la crise financière, conséquence de la démesure du capitalisme financier, est grosse de risques de régression et même de guerre. Elle favorise la montée des courants autoritaires et de ce que Wilhelm Reich caractérisa dans les années trente comme une véritable « peste émotionnelle ».

Nous vivons ainsi un moment critique de l’histoire où l’humanité est confrontée à quatre rendez vous cruciaux où se joue son avenir :

– celui de son propre habitat écologique à travers notamment le réchauffement climatique et ses conséquences ;

– celui du risque d’une crise systémique provoquée ou au moins aggravée par la crise financière d’une économie casino vouée à l’alternance de cycles d’exubérance et de dépression irrationnelle des marchés financiers ;

– celui du cocktail explosif que constituent le couple de la misère et de l’humiliation d’une part, du terrorisme et des armes de destruction massive de l’autre ;

– celui de l’alternative entre guerre ou dialogue de civilisations.

L’humanité a besoin de paix, de coopération et d’intelligence collective pour faire face à ces défis. Elle doit organiser l’autodéfense contre tous ceux, quelque soient leurs fonctions et leurs motivations, qui cherchent à imposer la guerre, la compétition généralisée et des régressions inacceptables dans l’ordre de l’intelligence et de la culture.

Nous ne pouvons laisser se développer, sans réagir, ces logiques meurtrières.

Nous devons donner vie concrètement à la déclaration universelle des droits humains et construire ensemble cette citoyenneté mondiale qui doit permettre à l’humanité de s’affirmer en sujet positif de sa propre histoire.

Nous devons réorienter en profondeur nos modes de vie, de production de consommation afin de cesser de mettre en danger les écosystèmes qui nous font vivre.

Nous devons organiser partout des écoles de paix et construire une objection de conscience mondiale face aux logiques de guerre économiques, militaires ou religieuses dans lesquelles on voudrait nous enrôler.

Comme le soulignait Antonio Gramsci “le vieux tarde à disparaître, le neuf tarde à naître et dans ce clair obscur des monstres peuvent apparaître”.

Comment accompagner la fin d’un monde sans qu’il s’agisse de la fin Lire la suite

Conf. le 16 janvier à Bx de l’anthropologue Philippe Descola

Conférence à 20h 30 à l’Athénée de Bordeaux « Homme et nature, pour une écologie des relations entre les êtres vivants »

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.

Philippe Descola, né en 1949 à Paris, est un anthropologue français. Philippe Descola se consacre à l’étude des modes de socialisation de la nature, dont il tire une analyse anthropologique comparative. Ses recherches de terrain l’ont amené en Amazonie, auprès des Jivaros Achuar. Il est marié à Anne-Christine Taylor, directrice de recherche au CNRS, qui est détachée depuis février 2005 au musée du quai Branly, où elle dirige le département de la recherche et de l’enseignement.

Biographie [modifier]

Philippe Descola est un ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud. Il a suivi des études de philosophie et d’ethnologie, notamment à l’École pratique des hautes études (6e section), où il a soutenu une thèse dirigée par Claude Lévi-Strauss, qui annonce les prémisses d’un nouveau champ de recherche : l’anthropologie comparative des modes de socialisation de la nature.

Quelques années plus tard, il est nommé à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, comme maître de conférences puis comme directeur d’études. En juin 2000, il obtient la chaire d’Anthropologie de la nature au Collège de France succédant à Françoise Héritier. En juin 1996, Philippe Descola reçoit la médaille d’argent du CNRS pour ses travaux sur les usages et les connaissances de la nature dans les sociétés tribales.

Auteur de plusieurs ouvrages, il est aujourd’hui directeur du laboratoire d’anthropologie sociale (L.A.S.) et professeur au Collège de France. Il fait partie notamment du comité de rédaction de la revue Tracés et il collabore au Journal de la société des américanistes.

Axes de recherche [modifier]

Dans ses recherches, il entend dépasser le dualisme qui oppose nature et culture en montrant que la nature est elle-même une production sociale, et que les quatre modes d’identification qu’il a distingués (totémisme, animisme, analogisme et naturalisme, qu’il a redéfinis) ont un référentiel commun anthropocentrique fort. Ainsi, l’opposition nature/culture ne fait plus sens, et il propose en vertu de ces propositions de constituer ce qu’il appelle une « écologie des relations ».

Il s’agit d’une anthropologie non dualiste (qui ne sépare pas en deux domaines ontologiques distincts les humains et les non-humains) qui s’intéresse aux relations entre humains et non-humains.

Descola distingue quatre « modes d’identification » qui sont le totémisme, l’animisme, l’ analogisme et le naturalisme.

Le naturalisme, dit-il, c’est « simplement la croyance que la nature existe, autrement dit que certaines entités doivent leur existence et leur développement à un principe étranger aux effets de la volonté humaine. Typique des cosmologies occidentales depuis Platon et Aristote, le naturalisme produit un domaine ontologique spécifique, un lieu d’ordre ou de nécessité où rien n’advient sans une cause, que cette cause soit référée à l’instance transcendante ou qu’elle soit immanente à la texture du monde. Dans la mesure où le naturalisme est le principe directeur de notre propre cosmologie et qu’il imbibe notre sens commun et notre principe scientifique, il est devenu pour nous un présupposé en quelque sorte « naturel » qui structure notre épistémologie et en particulier notre perception des autres modes d’identification ». C’est-à-dire que notre naturalisme détermine notre point de vue, notre regard sur les autres et sur le monde.

Les modes d’identification sont des manières de définir des frontières entre soi et autrui. Si notre société est naturaliste, d’autres sont animistes ou totémistes.

Ainsi, l’animisme caractérise les sociétés Lire la suite

VertigO : revue électronique en sciences de l’environnement

Vertigo – La revue électronique en sciences de l’environnement

1. Mission

La revue électronique VertigO, fondé en avril 2000, s’est donnée pour mandat la promotion et la diffusion, au sein de la francophonie, de recherches et d’opinions scientifiques sur les problématiques environnementales.  VertigO privilégie la diffusion de savoirs critiques, de travaux et résultats de recherche et de dossiers d’actualité.

2. Objectifs de diffusion

La revue désire s’établir comme un relais important de diffusion des recherches et des interventions en sciences de l’environnement.  La revue désire favoriser le rayonnement et le développement des connaissances en sciences de l’environnement au sein de la francophonie.

3. Paramètres de la publication

Contenus thématiques

Les numéros sont généralement dédiés à un thème. Le Comité de rédaction de la revue publie périodiquement la liste des thèmes à venir, commande à l’occasion des articles précis auprès d’experts et procède à des appels d’articles.  La revue accueille également les articles hors thème.

Disciplines concernées

La revue accueille des travaux relevant de disciplines multiples notamment de la sociologie, des sciences de la nature, l’anthropologie, du droit, de la philosophie, des sciences de la santé, des sciences politiques, etc. La revue accueille aussi les travaux d’une grande diversité d’acteurs sociaux (universitaires, des organismes non gouvernementaux en environnement, des instituts de recherche indépendants, des consultants privés, des gouvernements) œuvrant en sciences de l’environnement.

 4. Les dossiers

Volume I, No 1 Numéro d’introduction

Volume I, No 2 Les changements climatiques

Volume II, No 1 Les organismes génétiquement modifiés

Volume II, No 2 La lutte biologique : une alternative viable à l’utilisation des pesticides?

Volume III, No 1 Les aires protégées : défis, politiques et réalité

Volume III, No 2 Ville et environnement Lire la suite