Bien-être animal : « Comment vont nos bêtes ? »

metrofrance.com, Nadia Loddo, le 25 février 2009

Comment vont nos bêtes ?

La question du bien-être des animaux de la ferme s’impose avec difficulté en France.

Si le bonheur est dans le pré, beaucoup d’animaux de ferme ne sont pas très heureux aujourd’hui. Alors qu’au Salon international de l’agriculture qui se déroule à Paris les animaux sont confortablement installés dans des enclos rembourrés de paille (bien qu’un peu angoissés par les visiteurs), ce luxe reste l’apanage de peu de leurs congénères. L’élevage industriel est en effet largement prédominant en France.

Poules et cochons en détresse

Les vaches ne se portent pas trop mal, car c’est de leur bien-être que dépend la production de lait, mais l’histoire de la volaille, du porc et des lapins est une autre. Plus de 90% des cochons français proviennent de l’élevage industriel. “Les truies sont placées entre deux barrières et ne peuvent pas bouger. La nourriture tombe deux fois par jour. Elles alternent grossesse et allaitement… et ne sortent jamais”, explique Anne Vonesch, chargée du bien-être animal à France Nature Environnement. “Elles développent des stéréotypies  semblables à celles qu’on voit chez les autistes”, souligne Dominic Hofbauer de l’association pour la protection mondiale des animaux de la ferme.

Les poules passent leur vie dans des cages à dix-huit et pondent 300 oeufs par an car, grâce à la lumière artificielle, elles travaillent comme si c’était toujours le printemps. A force de produire des coquilles, leur organisme se décalcifie, leurs pattes se brisent et à la fin de leur courte vie (un an) leur corps est trop abîmé pour qu’on en consomme la viande”, détail­le Dominic Hofbauer. Elles ne sont bonnes qu’à faire du bouillon cube ou de la nourriture pour nos chers chats et chiens.

Le débat sur le bien-être des animaux de ferme en France reste au niveau : ‘On leur donne à manger, on nettoie, et on ne leur tape pas dessus’”, déplore Anne Vonesch. Or dans d’autres pays européens, la question qui se pose est de leur assurer l’accès aux besoins animaux : bouger, mener les activités qui leur permettent d’exprimer le programme comportemental de leur espèce, vivre de façon harmonieuse avec leurs congénères. “Par exemple, dans la nature, les cochons passent 70% de leur temps à fouiller avec leur groin à la recherche de nourriture. Privés de cette activité, ils ont tendance à se grignoter la queue entre eux. Le sang les excite et ils se livrent au cannibalisme”, explique Anne Vonesch. Préventivement, les éleveurs leur sectionnent alors la queue. Ce qui ne change rien à leur frustration.

Heureusement, il y a une prise de conscience dans l’opinion de la cruauté de l’élevage industriel. Ainsi Thirion commercialise des nouilles et Amora la première mayo faite à partir d’œufs de poules élevées en plein air.  En Belgique, Carrefour ne vend plus d’œufs de poules en cage. Nos choix de consommation comptent pour beaucoup dans ces changements. D’ailleurs, si c’est vrai que nous sommes ce que nous mangeons, je préfère être une poule élevée en plein air plutôt qu’un oiseau en cage.

Les oeufs : se repérer grâce aux codes Lire la suite

Lot-et-Garonne : l’hôpital des oiseaux en danger

Sud-Ouest, Julien Pelicier, le 22 Janvier 2009

FAUNE SAUVAGE. Au parc de Ferron, le centre Essor manque de bras et de subventions. Son directeur, Alain Dal Molin, pousse un coup de gueule

 «Il ne viendrait à personne l’idée de démolir une église mais le fait qu’on tue un oiseau protégé n’a pas l’air de beaucoup gêner nos concitoyens. » Alain Dal Molin, secrétaire de la Sepanlog (1), qui a repris les rênes de l’Essor (2) en 2006, est quelque peu désabusé : « Quand je l’ai cédé dans les années 90, c’était le plus grand centre d’Europe. Aujourd’hui, tout est à rebâtir. » L’association qui avait pris la relève d’Alain Dal Molin y a laissé des plumes. La Sepanlog contrainte de récupérer actifs et passifs de cette dernière, dissoute suite à des difficultés de gestion, ne peut que constater l’ampleur des dégâts et celle du chantier à venir.

« En phase de rodage »

Sur six hectares, le centre compte une quarantaine de volières que le temps et le manque d’entretien n’ont pas épargnées. En 2008, « plus de 200 animaux ont été accueillis soit environ 50 000 jours d’hospitalisation », affirme Alain Dal Molin. Pour cela, l’Essor repose entièrement sur les épaules de Stéphan Lamothe qui, sept jours sur sept, reste joignable pour recueillir une buse percutée par une voiture ou un héron qui s’est pris du plomb dans l’aile. Alain Dal Molin, lui non plus ne compte pas ses heures, mais à eux seuls, les deux hommes ne parviendront pas à remettre en état l’Essor.

« On est encore en phase de rodage », concède ce dernier. La volière destinée aux oiseaux d’eau est en cours de réhabilitation. Le chantier, qui comprend un grand bassin et une cascade, pour éviter que l’eau ne stagne, a coûté 6 000 euros. Il en faudra autant pour la clôture. La volière de réadaptation à la vie sauvage et de rééducation au vol est aussi à refaire entièrement. « Elle fait 50 m². C’est pourquoi je lance un appel à toute contribution physique ou financière, explique Alain Dal Molin. Si on avait assez de bénévoles, on pourrait effectuer les travaux en régie et si on avait assez d’argent, on pourrait faire appel à une entreprise de réinsertion par exemple… »

Appel aux bénévoles

Le centre a besoin d’une dizaine de bénévoles. Les deux ou trois qu’il compte actuellement ne peuvent être présents en permanence alors qu’« il faut être deux pour faire un simple pansement à un animal blessé ». Entre réhabilitation et pêche aux subventions, le directeur a aussi en tête la création d’un centre spécialisé pour l’accueil des nouveaux animaux de compagnie (NAC).

« Le besoin s’en fait sentir. Et comme il s’agit souvent d’espèces exotiques, la température devra être régulée. Cela implique une mise de fonds relativement importante. Mais qui va payer ? (3) » Alain Dal Molin rappelle qu’un établissement tel que l’Essor « reçoit des animaux saisis par la police, la gendarmerie ou encore les douanes » et s’étonne que « l’on trouve de l’argent pour sauver les chiens et chats dans un chenil départemental et rien pour une structure qui vise à préserver un patrimoine irremplaçable. » Lire la suite