Nanotechnologies : s’informer, s’exprimer… et après ?

lemonde.fr, Jean-Marc Manach, le 6 novembre 2009

Cet article a été publié originellement sur Internetactu.net.

Nanotechnologies : s’informer, s’exprimer… et après ?

A peine lancé, le débat public sur les nanotechnologies, intitulé Je m’informe, je m’exprime, censé éclairer l’Etat sur « l’organisation du contrôle et du suivi des nanomatériaux, la caractérisation de l’exposition et l’évaluation de la toxicité sur l’homme et les écosystèmes, l’information et la protection du travailleur et du consommateur, les modalités de soutien à la recherche et aux innovations dans ce domaine », fait déjà polémique.

Le collectif Pièces et Mains d’Oeuvre, connu pour ses enquêtes, analyses, ses actions d’éclat et son refus critiques des nanotechnologies, refuse ainsi de participer à ce qu’il qualifie de campagne nationale d’acceptabilité des nanotechnologies destinée à “vaincre la méfiance de citoyens- consommateurs échaudés par trop de scandales techno-industriels : amiante, vache folle, OGM” (voir aussi Aujourd’hui le nanomonde, site qu’ils consacrent à cette opération).

Rappelant avec ironie que pour Paul Valéry “La politique est un mécanisme qui sert à empêcher les gens de prendre part à ce qui les concerne directement“, Dorothée Benoit-Browayes, déléguée générale de l’association Vivagora et auteure de Le Meilleur des nanomondes, estime pour sa part qu’il s’agit là d’un « vaste chantier dans un paysage pourtant déjà bien construit », et d’ores et déjà financé, à concurrence de plusieurs centaines de millions d’euros, par le gouvernement français :

« Alors que les dés sont largement lancés en France comme dans le monde, un tel processus de discussions sera-t-il en mesure de faire changer d’opinion les sceptiques qui sont légions ?

De quoi sera-t-il question tout au long de ces débats ? De technique ou de politique ? On peut craindre que l’explication cache la forêt, la plupart des Français n’ayant jamais entendu parler de ces nanoobjets. Difficile de débattre sur un tsunami resté invisible. Les nanotechnologies – qui désignent les interventions sur la matière pour réarranger ses briques élémentaires ou atomes – déferlent en effet depuis dix ans sur le marché sans crier gare. »

UN DÉBAT MORT-NÉ ?

Dimitri Granger, professionnel des relations publiques et blogueur sur Pr2Peer, blog consacré à “la communication corporate à l’âge de la mise en réseau des hommes et des idées” se demande quant à lui si, à peine lancé, le débat public ne serait pas mort-né :

« Si l’initiative semble louable et pleine de bonnes intentions, les objectifs paraissent Lire la suite

Pesticides : les écologistes ont gagné la bataille de l’opinion

lemonde.fr, Gaëlle Dupont, le 28 juillet 2009

Pesticides : les écologistes ont gagné la bataille de l’opinion

On pourrait les croire ennemis jurés, mais ils ne sont pas loin de s’apprécier. L’un, François Veillerette, préside le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MDRGF), fer de lance de la dénonciation des dangers des pesticides pour la santé et l’environnement. L’autre, Jean-Charles Bocquet, dirige l’Union des industries pour la protection des plantes (UIPP). Il défend l’utilité de ces produits et les intérêts des entreprises « phytopharmaceutiques ».

« M. Bocquet est un lobbyiste redoutable, parce qu’il est très sympathique, s’amuse M. Veillerette. Il nous arrive de discuter après nous être écharpés dans des débats. Nous avons des attaches dans le même département. » M. Bocquet, de son côté, ne cache pas son « respect » pour la personne de M. Veillerette, et admet que les écologistes « ont fait progresser » les industriels.

Cette courtoisie n’empêche pas les deux adversaires de ferrailler sans pitié. Depuis quelques années, ils se concurrencent auprès des administrations, des élus, des médias et de l’opinion, pour faire valoir leur point de vue. Le MDRGF a été créé en 1996. « Rien de sérieux ne se faisait sur l’impact des pesticides en France, alors que les publications scientifiques se multipliaient aux Etats-Unis« , se souvient M. Veillerette.

Un petit frère de cette association, le Réseau environnement santé (RES), est né en mars 2009. Tous les produits chimiques sont dans sa ligne de mire. RES prône un « nouvel âge de la prévention », où l’on agirait avant que les dégâts sur la santé ne se soient produits, contrairement à ce qui a été fait pour l’amiante. « Cent mille substances ont été mises sur le marché sans évaluation« , rappelle le chercheur en évaluation des risques sanitaires André Cicolella, porte-parole du RES avec M. Veillerette.

Pour faire progresser leurs idées, les militants organisent des colloques, envoient des courriers, sollicitent des rendez-vous après de l’administration, des cabinets ministériels et des élus. « Les parlementaires de tous bords politiques sont sollicités, pas seulement les Verts« , souligne M. Veillerette.

LE POIDS DE L’AMIANTE

En face, les industriels font le même travail. M. Bocquet ne refuse jamais un débat, prêt s’il le faut à affronter des huées. L’UIPP a en outre recours à un cabinet de lobbying qui lui fournit une « cartographie des acteurs » à contacter. « Nous devons avoir connaissance le plus tôt possible des projets de loi et de réglementation« , explique M. Bocquet.

Les entreprises adhérentes de l’Union des industries chimiques (UIC, dont fait partie l’UIPP) emploient 180 000 personnes en France. Ces chiffres sont mis en avant. Mais aussi « les bénéfices des produits chimiques, qui sont toujours considérés comme acquis », selon Jean Pelin, le directeur de l’UIC. « Nos produits fournissent une alimentation en quantité et en qualité satisfaisante, à bas prix. Même s’ils ne veulent pas de nos produits, les consommateurs en bénéficient », renchérit M. Bocquet.

Qui domine le combat ? Lire la suite

Cancers : rôle limité de l’environnement

Journal de l’environnement, Sabine Casalonga, le 07 janvier 2009

Cancers : rôle limité de l’environnement

Selon le rapport mondial sur le cancer publié le 30 décembre 2008 par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), la pollution chimique contribuerait «de façon limitée» au développement des cancers, bien que de nombreux polluants cancérogènes soient présents dans l’environnement.

Le rapport 2008 du Circ, une émanation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), destiné à informer les professionnels de la santé, de la recherche et le grand public, contient trois chapitres dédiés à l’environnement dont l’un sur la pollution environnementale (1) et deux autres sur les risques professionnels et les radiations électromagnétiques.
Alors que le précédent rapport de 2003 avait estimé entre 1 et 4 % la part de cancers dus à la pollution environnementale, aucune estimation chiffrée n’est donnée dans le rapport 2008. «Les chiffres de 2003 sous-estimaient la part réelle due à l’environnement, même si celle-ci est très difficile à évaluer», explique Vincent Cogliano, chef d’unité au Circ.

Jusqu’à présent, les études se sont focalisées sur les substances cancérogènes avérées, laissant de côté le risque potentiel lié aux milliers de produits chimiques non testés ou ceux dont le risque est suspecté, souligne le rapport. Le manque de connaissances sur les risques liés à l’exposition à des mélanges de plusieurs substances présentes à faibles doses dans l’environnement est également évoqué.

L’amiante, la pollution de l’air intérieur (chauffage au bois et charbon) et extérieur (émissions industrielles et transports) ainsi que la pollution des sols et de l’eau sont pointés du doigt par le Circ. Une étude de l’OMS (2006) a ainsi montré que la fumée issue de combustibles solides (bois, charbon) représente un des 10 principaux facteurs de risque de cancer dans le monde. Les pesticides et les PCB sont également considérés comme des cancérogènes «possibles».

Dans son volet sur les ondes électromagnétiques, le rapport indique l’absence de preuve suffisante sur le lien entre champs électromagnétiques à très basses fréquences et risque de cancer, ainsi que le caractère non conclusif des études sur la téléphonie mobile. La publication de l’étude Interphone, coordonnée par le Circ et très attendue sur ce sujet mais retardée en 2008, est prévue pour cette année.

Le nombre de cas de cancer dans le monde a doublé au cours des 30 dernières années du XXe siècle. En 2008, 25 millions de personnes souffrent d’un cancer et plus de 26 millions de nouveaux cas sont attendus chaque année d’ici 2030. Lire la suite

Lanceurs d’alerte, lobbies et pouvoirs publics

Actu-environnement, le 17 septembre 2008, propos recueillis pas Camille Saïsset

La majorité des maladies contemporaines serait évitable au prix d’un changement de notre mode de vie

Au printemps dernier, peu après la remise du rapport Lepage sur l’amélioration de l’accès à l’information, à l’expertise et à la justice, celle-ci donnait raison au lanceur d’alerte Pierre Méneton. Sans être mono maniaque du sel, ce docteur en biologie de l’Institut National de la Santé et de la Recherche nous livre sa perception de l’alerte.

Actu-Environnement : Une des traductions des discussions du Grenelle de l’environnement pourrait être l’adoption d’une loi de protection des lanceurs d’alerte. Mais de qui parle-t-on ?

Pierre Méneton : Ce terme « lanceur d’alerte » recouvre diverses réalités. Il y a parmi eux les chercheurs du service public dont la mission statutaire est d’améliorer la santé de la population au travers de la recherche, de la formation et de la communication. Dans la réalité, la majorité d’entre eux reste confinée dans les labos à l’INRA, l’INSERM ou au CNRS. Seule une minorité soulève publiquement les problèmes de santé et d’environnement dont ils peuvent avoir connaissance par les résultats de leurs études ou par les échanges avec leurs pairs à travers le monde. On désigne cette minorité de « lanceurs d’alerte », du fait de l’inertie de la majorité. Ce sont eux, pourtant, qui remplissent le mieux la fonction pour laquelle ils sont payés par le contribuable.

AE : Qu’est ce qui justifie de protéger les lanceurs d’alerte ?

PM : Les problèmes de santé publique et d’environnement touchent de nombreux secteurs de l’activité économique : industrie automobile, alimentaire, agricole… L’alerte prend ses origines dans le conflit avec ces intérêts économiques. Ces personnes qui la révèlent sont confrontées à des difficultés diverses : pressions administratives, baisse des crédits de recherche, menaces orales, mise au placard, mutation voire licenciement… En ce qui me concerne, j’ai été attaqué pour diffamation et placé sur écoute en 2002, si j’en crois l’investigation de vos confrères du Point. Des lettres de dénonciation et de pression ont été adressées à ma direction, à l’INSERM, qui a fort heureusement précisé que je bénéficiais d’une totale liberté d’expression, là aussi du point de vue statutaire. Lorsqu’il s’agit de chercheurs du service public, les lanceurs d’alerte ont le droit pour eux, encore faut-il le faire valoir. Se taire sur les problèmes rencontrés suggère une posture de victimisation. C’est d’autant plus choquant qu’il existe aussi des « chercheurs collaborant », conseillers, consultants, etc. qui, sous le même statut, servent non pas l’intérêt général mais l’intérêt particulier. Ces « couvreurs d’alerte » semblent soumis à un régime d’impunité, comme on l’a vu dans les scandales liés au plomb, à l’amiante, au tabac ou au sel. Cela pose un problème de fond encore peu évoqué. Lire la suite

Risque principal : le nucléaire ou le changement climatique ?

Rue 89, par Docteur Panel, Sondologue, le 1er septembre 2008

Sondage : quand la peur du climat chasse toutes les autres

 « T’as vu l’avion ? » Les enfants connaissent ce moyen simple et efficace de distraire l’attention de quelqu’un d’un vilain petit coup qu’on est en train de lui faire. C’est aussi un outil très utilisé dans l’opinion et les sondages qui la mesurent.

Par exemple dans ce sondage publié peu après la fuite d’uranium de la centrale nucléaire de Tricastin, dans le Monde du 21 juillet, et repris le lendemain par le NouvelObs.com.

« Les Français voient moins de risque dans le nucléaire que dans le réchauffement climatique, voire la pollution des eaux, alors que les incidents de Tricastin et de la Drôme et leurs conséquences hantent plus que jamais l’actualité. Par rapport à une précédente enquête réalisée en 2002, les Français sont beaucoup plus nombreux à mettre en avant les dangers liés au réchauffement climatique, lorsqu’on les interroge sur les risques qu’ils considèrent comme les plus préoccupants. »

L’Ifop compare des risques difficilement comparables

Le risque nucléaire préoccupe-t-il moins les Français que le réchauffement de la planète ? Décryptage d’une étude Ifop. Lire la suite