Quand Belém et Davos parlent de DD

developpementdurable.com, Pashû Dewailly Christensen, le 29 janvier 2009

Quand Belém et Davos parlent de développement durable

Aux portes de l’Amazonie, et à Davos, en Suisse, l’écologie prend une place jusqu’à présent jamais égalée.

Bien que le Sommet économique mondiale d’un côté réunisse, présidents, ministres, banquiers et présidents de multinationales et le Forum social mondial soit le berceau des altermondialistes, les deux évoqueront cette année, la nécessité de protéger durablement l’environnement.

Huitième Forum social mondial

Dans une région où en 40 ans, un cinquième du territoire a été déboisé, l’emplacement de cette réunion internationale ne pouvait laisser l’écologie en dehors des discussions. Si la crise financière et ses répercussions sur le social est au cœur des débats, cette année le changement climatiques et la crise écologique y prend une place importante.

« Ce signal est très important » explique Katia Maï au Monde, « Le changement climatique n’est pas seulement une question environnementale, et il est urgent que les mouvements sociaux s’en emparent. Les populations les plus pauvres seront les premières victimes du dérèglement climatique ».

Habituellement orienté sur les problématiques sociales, le Forum offre une large place aux considérations écologiques. Aux abords de l’Amazonie, seront abordés les sujets de l’exploitation intensive des ressources naturelles, de la destruction de la forêt amazonienne et de ses conséquences sur le mode de vie des populations indiennes.

Les altermondialistes n’ont plus beaucoup de temps pour réfléchir, face à une crise financière et écologique, les alternatives proposées doivent être applicables et viables pour tous.

Le défi est grand cette année. Bien que l’engouement des premières années s’essoufflent, en Europe plus particulièrement, l’effervescence et la volonté de trouver des alternatives est bien là avec plus de 100 000 citoyens venant de 150 pays, 5680 organisations et 2500 ateliers de réflexion.

Le Sommet de Davos

Cette année, en Suisse, à Davos, la crise sera au cœur de tous les débats. Crise économique avant tout mais aussi crise écologique. Seront discutés notamment la détérioration des finances publiques, le ralentissement de l’économie chinoise, les tensions sur l’eau et la nourriture provoquées par les changements climatique et le manque de coordination internationale.

Une session intitulée « Control climate change » (contrôler le changement climatique) a d’ailleurs été ouverte. Celle-ci a pour objectif d’aborder l’efficacité énergétique des pays en générant une pression sur les principaux acteurs économiques. Masque de fumée ou réelle préoccupation des dirigeants mondiaux ? James Rogers de Duke Energy a affirmé que les Etats-Unis étaient prêts à aller très loin en matière d’innovations énergétiques.
La réunion d’une partie des décideurs politiques et économiques est un espace idéal pour tester de « nouvelles idées » Lire la suite

Vient de paraître : Aires protégées, espaces durables ?

Vient de paraître : Aires protégées, espaces durables ?

Catherine Aubertin, Estienne Rodary (éd.)

IRD – objectifs suds

Autrefois enclaves marginales de protection de la nature, les aires protégées, apparues dès la fin du XIXe siècle, représentent aujourd’hui 12 % des surfaces émergées et concernent l’ensemble des territoires de la planète. Dans le contexte du développement durable, on attend à présent qu’elles répondent à la fois à des objectifs de conservation de la biodiversité et de développement social.

La « durabilité » de ces espaces est en effet au cœur des politiques actuelles de gestion de l’environnement. Quelles sont, dans ce contexte, les nouvelles formes juridiques et territoriales des aires protégées ?

Comment s’inscrivent-elles dans les infrastructures naturelles régionales et les réseaux écologiques transnationaux ? Quels outils de valorisation économique peuvent-elles offrir ? Autrement dit, dans quelle mesure les diverses aires protégées – parcs nationaux, réserves naturelles, réserves de biosphère, aires marines, corridors, terres indigènes, etc.   – s’affirment-elles comme des espaces d’expérimentation du développement durable ?

Pour répondre à ces questions, cet ouvrage alliant études régionales et globales analyse les tendances actuelles de la conservation. À travers le regard d’économistes, d’écologues, de juristes, d’anthropologues et de géographes, il propose une approche inédite des tensions qui se cristallisent autour d’une nature à réinventer.

Avec des contributions de Bruce Albert, Fano Andriamahefazafy, Catherine Aubertin, Marie Bonnin, Jean Boutrais, Ambroise Brenier, Stéphanie Carrière, Christian Chaboud, Gilbert David, Jocelyne Ferraris, Geoffroy Filoche, Géraldine Froger, Florence Galletti, Dominique Hervé, Anne-Elisabeth Laques, François-Michel Le Tourneau, Philippe Méral, Johan Milian, Florence Pinton, Andi Rabearisoa, Hervé Rakoto-Ramiarantsoa, Pascale de Robert, Estienne Rodary.

Sommaire

Le développement durable, nouvel âge de la conservation

Catherine AUBERTIN, Florence PINTON et Estienne RODARY

Redéfinitions des aires protégées

Extension et diversification des aires protégées : rupture ou continuité ?

Estienne RODARY et Johan MILIAN

Aires marines protégées et gouvernance : contributions des disciplines et évolution pluridisciplinaire
Christian CHABOUD, Florence GALLETTI, Gilbert DAVID, Ambroise BRENIER, Philippe MéRAL, Fano ANDRIAMAHEFAZAFY et Jocelyne FERRARIS

De nouveaux outils ?

Les corridors, passage obligé ? L’exemple malgache

Stéphanie M. CARRIÈRE, Dominique HERVé, Fano ANDRIAMAHEFAZAFY et Philippe MéRAL

Les aires protégées dans la mise en place des réseaux écologiques. Gestion globale de la nature ougestion des institutions de conservation ?

Marie BONNIN Lire la suite

A vendre : pays pauvres

nouvelobs.com, Nº 2303, Doan Bui, le 23 Décembre 2008

20 millions d’hectares sur le marché

A vendre : pays pauvres

Comment nourrir son peuple quand on a trop d’habitants et trop peu de terres cultivables ? Il suffit d’aller les chercher où elles sont. C’est ainsi que la Chine, la Corée du Sud ou les Etats du Golfe se sont lancés dans une véritable course à la terre. Ce ne sont pas seulement des récoltes qu’ils achètent mais des régions entières, dans des pays qui ont déjà du mal à alimenter leur propre population. Doan Bui raconte les premiers épisodes de ce qui sera une des grandes batailles du XXIe siècle : celle de la nourriture.

Le Soudan, j’achète !», «Et moi, le Kazakhstan !» Imaginez un Monopoly où l’on n’achèterait plus des rues, mais des pays entiers. Evidemment, comme au Monopoly, les gagnants seraient ceux qui amasseraient le plus de terres, bref, les plus riches à la banque. Les perdants ? Eh bien, ce serait les fauchés, obligés de céder leur bout de terrain pour renflouer les caisses. Ce Monopoly serait un peu particulier. Il s’agirait non pas de construire des immeubles, mais d’installer des tracteurs et des machines agricoles pour produire du blé, du riz, du maïs. Bref, de la nourriture. Ce serait un jeu où les nantis, au lieu de piquer l’hôtel de la rue de la Paix au voisin ruiné, lui faucheraient ses récoltes futures. Amusant, non ? Sauf qu’il ne s’agit pas d’un jeu.

Depuis quelques mois, une gigantesque partie de Monopoly planétaire est en train de se jouer. Et les participants jouent vite. Et gros. D’un côté, des pays riches ou émergents comme la Chine, la Corée du Sud ou les pays du Golfe, qui tous s’inquiètent pour leur sécurité alimentaire. De l’autre, une cohorte de pays pauvres comme le Soudan, l’Ethiopie, l’Ouganda, l’Indonésie, Madagascar… Des pays aux caisses désespérément vides, mais à qui il reste une richesse : leurs terres, si vastes, si prometteuses. A vendre ou à louer.
La terre ! Pour elle, les pays se sont déchirés en guerres meurtrières. Pour elle, les conquistadors ont bravé les mers inconnues, décimé les populations locales afin d’y planter leur drapeau. «La ruée vers les terres n’est pas un fait nouveau. Mais c’est peut-être la première fois dans l’histoire que le phénomène est complètement mondialisé. Et que le rythme est si rapide», s’inquiète Paul Mathieu, expert de la gestion des terres à la FAO (Food Agriculture Organization). Les cris d’alarme de la FAO ont été éclipsés par le krach financier. Et pourtant la crise alimentaire risque d’empirer. Conséquence directe des émeutes de la faim du printemps, les pays importateurs nets de nourriture ont fait de la sécurité de leurs approvisionnements alimentaires leur objectif politique numéro un. Début novembre, la Corée du Sud vient de frapper un grand coup en raflant la moitié – vous avez bien lu : la moitié ! – des terres arables de Madagascar (voir encadré ci- dessus). Mais ce n’est qu’un début. On parle de millions d’hectares en Indonésie ou en Afrique. «On n’arrive même pas à avoir des chiffres exacts tellement cela change vite», se plaint Paul Mathieu. Même l’Ethiopie, où plane à nouveau le spectre des grandes famines, veut entrer dans la danse. Pas comme acheteur, mais comme vendeur. Le Premier ministre éthiopien a déclaré qu’il était «plus que désireux» de signer des accords avec les pays du Golfe. De quoi donner des sueurs froides à Jacques Diouf, le patron de la FAO, qui s’inquiète du «risque d’un néocolonialisme agraire».

Parmi les néocolons, voici les pays du Golfe. Ils ont du pétrole, des dollars. Mais pas d’eau : il y fait si chaud et si sec qu’il faut rafraîchir les quelques bêtes du cheptel avec des ventilateurs et des machines à va peur pour éviter qu elles ne meurent… Comment nourrir la population ? Lire la suite

Le pétrole ou la vie

Libération, le mardi 2 septembre 2008, Lise Barnéoud

Le pétrole ou la vie

Au nom de l’écologie, l’équateur s’engage à refuser l’exploitation d’un gisement d’or noir en Amazonie…si la communauté internationale l’indemnise. Une première.

Nous glissons à vive allure sur le Rio Napo. Attirés, emportés, absorbés par ce large fleuve qui serpente au milieu d’un incroyable imbroglio de verdure. Il y a 500 ans, cette surface miroitante constituait la route vers l’Eldorado. Mais d’or, personne n’en trouva. Quelques siècles plus tard, vers 1950, d’autres types de conquistadors s’engouffraient, le cœur plein d’espoir, sur cette «autoroute de l’Amazonie». Seule la couleur de leur éden avait changé, passant du blond patine de l’or au noir vitreux du pétrole. Avec cette fois beaucoup plus de succès. Cinquante ans plus tard, l’Amazonie, pillée et souillée, se cherche un nouvel eldorado. Alors qu’un nombre croissant de pays latino-américains misent sur la nationalisation des entreprises étrangères ou l’augmentation des taxes sur les produits pétroliers, l’Equateur a imaginé quelque chose d’autre. Quelque chose qui s’approche d’un authentique eldorado, où l’argent affluerait chaque année sans même toucher un seul arbre. Comment ? En surfant sur la vague de l’écologie…

Au nom de la préservation de l’environnement, le gouvernement du plus petit pays andin s’est déclaré, il y a un an, prêt à refuser l’exploitation d’un nouveau gisement d’or noir découvert dans une des dernières parcelles sauvages du parc national du Yasuní, déjà à moitié rongé par d’autres exploitations pétrolières. Ce gisement proche de la frontière avec le Pérou pourrait, selon certaines estimations, renfermer jusqu’à 920 millions de barils, soit le quart des réserves actuelles du pays, et rapporter une quinzaine de milliards de dollars (jusqu’à 28 selon certains calculs), dont près de 70 % finiraient dans les caisses de l’Etat. A cette jolie manne, l’Equateur promet de renoncer… sous conditions. Lire la suite