Copenhague : Le mouvement altermondialiste promis à un bel avenir !

copenhague.blogs.liberation.fr, Ronack Monabay (UCJS : Urgence climatique, justice sociale), ; le 13 décembre 2009

Le mouvement altermondialiste promis à un bel avenir !

La manifestation internationale du 12 décembre a été un succès. Plus de 100.000 personnes du monde entier se sont jointes à cette mobilisation unitaire. Au total, 538 organisations de 67 pays ont répondu à l’appel. C’est sous un soleil bienvenu, que le cortège coloré, et son lot de vélos comme c’est la tradition au Danemark, s’est rendu au Bella Center, lieu des négociations officielles. On pouvait lire sur les banderoles et les pancartes de nombreux slogans radicaux tournant autour de l’idée suivante: «Climate Justice means System Change not Climate Change».

On m’a demandé à plusieurs reprises, en tant que membre de l’équipe organisatrice du Klimaforum09, de m’exprimer sur la répression injustifiée qui a eu lieu lors de cette manifestation. Mais se limiter à ces seuls aspects conduirait à se détourner d’une mobilisation massive de fond et des vrais enjeux climatiques qui se jouent à Copenhague, en insistant encore et toujours sur les relations entre police et manifestants. Ce n’est pas un hasard si dimanche pour la première fois les écrans du Bella Center ont diffusé en continu des images de l’extérieur (et non pas des conférences comme c’est le cas habituellement), en l’occurrence celles des arrestations, comme pour assener l’idée que les mobilisations citoyennes sont vouées aux débordements et nier les messages portés des heures durant dans la marche par 100.000 personnes.

Certains médias auraient pu, s’ils l’avaient voulu, évoquer la franche solidarité des centaines de manifestants qui ont refusé de poursuivre la manifestation afin de soutenir les personnes injustement arrêtées, en interpellant les policiers qui constituaient le cordon par des slogans tels que «Let them go». Une action improvisée devant les lignes de la police interloquée par cette attitude bon enfant mais déterminée, le tout alimenté par les rythmes des «sambactivistes»…

Au-delà, cette manifestation est la preuve que les mouvements sociaux rejoignent largement désormais la bataille pour la justice climatique et constitue à ce titre un renouvellement du mouvement altermondialiste. Les mouvements sociaux et les mouvements environnementaux font en effet désormais front commun. Le bloc massif «System Change Not Climate Change» regroupait des mouvements divers tels que les Amis de la Terre, Attac, les réseaux Climate Justice Now! et Climate Justice Action, la Via Campesina et de nombreuses organisations du Sud comme Jubilee South ou Focus on the Global South.

Ces organisations ont défilé pour réclamer un véritable accord contraignant ne s’appuyant pas sur les fausses «solutions» qu’elles reposent sur le marché –dont les récentes crises devraient prouver à tous son inefficacité- ou qu’elles soient technologiques (OGM, agrocarburants, nucléaire, …). La reconnaissance des droits des peuples autochtones -notamment leur droit à participer réellement aux négociations- et celle de la dette écologique étaient également à l’ordre du jour. Derrière toutes ces revendications, c’est bel et bien la logique capitaliste qui est remise en cause et ce d’autant plus que les grandes entreprises ont envahi la ville de leurs logos et le Bella Center de leurs lobbyistes. Le grand prix de la Sirène en colère récompensera le 15 décembre l’entreprise ou le lobby qui a eu l’action la plus néfaste (efficace?) pour bloquer les négociations.

Pendant ce temps là au Klimaforum, le contre sommet de la société civile, une déclaration des mouvements sociaux également intitulée «System Change not Climate Change» a enfin été finalisée. Signée par près de 300 organisations en moins de 3 jours, elle sera présentée prochainement dans des modalités qui restent à déterminer au sein de la COP15. Depuis plusieurs mois, via un forum internet des personnes du monde entier ont envoyé leurs contributions autour d’un ou plusieurs des neuf thèmes du Klimaforum. Une partie de l’équipe du Klimaforum a synthétisé l’ensemble des propositions en rédigeant un premier document, lequel a été soumis à l’ensemble des participants qui ont alors renvoyé leurs commentaires et amendements, permettant la rédaction d’un second document.

Enfin, lors des séances plénières et ateliers des trois premiers jours, toutes les personnes qui le souhaitaient ont pu participer à la finalisation du document. Au terme d’une dernière séance épique, l’ensemble de l’assemblée s’est finalement mis d’accord sur une déclaration finale. Celle-ci est novatrice à plusieurs niveaux. Premièrement, à l’image de la manifestation, elle a rassemblé, les mouvements environnementaux et sociaux et par la même tissé des liens forts entre les questions écologiques et sociales. Si ce n’est pas la première fois, cette alliance très large est révélatrice d’une dynamique renforcée.

Deuxièmement, si elle s’est avérée beaucoup plus longue que les déclarations issues des Forums Sociaux Mondiaux, elle n’en est que plus précise. Radicale tant sur l’état des lieux qu’elle dresse de la situation -une crise multidimensionnelle qui voit converger chaque crise du capitalisme dans sa séquence libérale, elle se veut également source de proposition pour une transition vers des sociétés durables: abandon des énergies fossiles, Lire la suite

Les Français prêts à changer pour le DD ?

novethic.fr, A.C. Husson-Traoré, le 7 janvier 2009

Les Français prêts à changer pour le développement durable ?

En pleine crise financière, la région Rhône-Alpes veut interpeller les citoyens français sur les modèles économiques afin de changer leurs finalités. Organisatrice des 5èmes assises nationales du développement durable les 19, 20 et 21 janvier 2009, elle espère bousculer quelques certitudes et offrir aux 2000 participants de nouvelles idées à mettre en œuvre.

« Notre objectif profond est de secouer le cocotier des décideurs ! » Didier Jouve, le vice président de la Région Rhône-Alpes, affiche les ambitions des Assises nationales du développement durable. Ces trois jours de débat, organisés dans toute la Ville de Lyon les 19, 20 et 21 janvier 2009, proposent rien de moins à la société française que de changer de cap, de repères et d’échelle. Première idée, passer d’une société de l’avoir à une à une société de l’être. Seconde idée, changer d’outils et d’instruments de mesure économiques pour modifier la perception même de la richesse. Troisième idée, mobiliser les acteurs locaux pour créer un mouvement international. Pour Didier Jouve, « La triple crise actuelle, financière, écologique et sociale, appelle des réponses globales. Elle montre que les vieilles recettes ne marchent plus, que les pilotes automatiques basés sur la croissance et la technologie ne fonctionnent plus. Il faut inventer autre chose

C’est la cinquième fois qu’une Région française se livre à cet exercice difficile qu’est l’organisation d’assises nationales sur le développement durable. Elles ont jusque-là oscillé entre réunions de praticiens et débats altermondialistes, sans que leur rayonnement dépasse le cadre des lieux où se tenaient ces débats. La « chance » de la région Rhône-Alpes est de vouloir interroger notre modèle économique au moment où la crise financière l’a déjà en partie fait éclater. Ces circonstances particulières devraient  l’aider à gagner son pari qui se résume au slogan de la manifestation : « Trouvons la richesse. Qu’est-ce qui compte vraiment pour vous ? ».

Destinée à rassembler les acteurs du développement durable français, les assises veulent aussi être un évènement international puisqu’elles sont placées sous le parrainage de l’économiste américain Lester Brown, auteur du « plan B » qui dresse la liste des différentes actions destinées à éviter une catastrophe environnementale, sociale et économique.
Sur les  trois jours de débats, le premier doit dresser un état des lieux, le second lister les interrogations et le troisième aboutir à des préconisations. Le philosophe Patrick Viveret, auteur de travaux sur les indicateurs de richesse, en sera l’un des animateurs : «Nos indicateurs de richesse actuels sont ceux de l’après guerre. Nous sommes comme des marins qui voudraient suivre une nouvelle route avec des instruments qui n’intégreraient que des caps anciens. Il faut pouvoir repérer les richesses invisibles, aujourd’hui non monétisées. »

 

Les lyonnais d’abord, les Français ensuite, vont-ils entendre l’appel lancé par la Région Rhône-Alpes ? Lire la suite