Enchaînement des crises et moyens d’en sortir

politique.eu, article paru dans POLITIQUE hors-série n°12, septembre 2009, Crises et sortie de crises, par François Houtart

Enchaînement des crises et moyens d’en sortir

L’effet de loupe médiatique sur les crises financière et climatique occulte d’autre crises en cours (alimentaire, sociale, énergétique), qui s’enchevêtrent. Cet empilement concoure à une crise générale de sens, de civilisation.

Quand 850 millions d’êtres humains vivent sous la barre de la pauvreté et que leur nombre augmente, quand chaque vingt quatre heures, des dizaines de milliers de gens meurent de faim, quand disparaissent jour après jour des ethnies, des modes de vie, des cultures, mettant en péril le patrimoine de l’humanité, quand le climat se détériore et que l’on se demande s’il vaut encore la peine de vivre à la Nouvelle Orléans, au Sahel, dans les Iles du Pacifique, en Asie centrale ou en bordure des océans, on ne peut se contenter seulement de parler de crise financière. Déjà les conséquences sociales de cette dernière sont ressenties bien au delà des frontières de sa propre origine : chômage, chèreté de la vie, exclusion des plus pauvres, vulnérabilité des classes moyennes et allongement dans le temps de la liste des victimes. Soyons clairs, il ne s’agit pas seulement d’un accident de parcours ou d’abus commis par quelques acteurs économiques qu’il faudra sanctionner, nous sommes confrontés à une logique qui parcourt toute l’histoire économique des deux derniers siècles De crises en régulations, de dérégulations en crises, le déroulement des faits répond toujours à la pression des taux de profit : en hausse on dérégule, en baisse on régule, mais toujours en faveur de l’accumulation du capital, elle-même définie comme le moteur de la croissance. Ce que l’on vit aujourd’hui n’est donc pas nouveau. Ce n’est pas la première crise du système financier et certains disent que ce ne sera pas la dernière.

Cependant, la bulle financière créée au cours des dernières décennies, grâce, entre autres, au développement des nouvelles technologies de l’information et des communications, a surdimensionné toutes les données du problème. L’économie est devenue de plus en plus virtuelle et les différences de revenus ont explosé. Pour accélérer les taux de profits, une architecture complexe de produits dérivés fut mise en place et la spéculation s’est installée comme un mode opératoire du système économique. Cependant, ce qui est nouveau, c’est la convergence de logique entre les dérèglements que connaît aujourd’hui la situation mondiale.

La crise alimentaire en est un exemple. L’augmentation des prix ne fut pas d’abord le fruit d’une moindre production, mais bien le résultat combiné de la diminution des stocks, de manœuvres spéculatives et de l’extension de la production d’agrocarburants. La vie des personnes humaines a donc été soumise à la prise de bénéfices. Les chiffres de la bourse de Chicago en sont l’illustration.

Gaspillage énergétique

La crise énergétique, quant à elle, va bien au-delà de l’explosion conjoncturelle des prix du pétrole. Elle marque la fin du cycle de l’énergie fossile à bon marché (pétrole et gaz) dont le maintien à un prix inférieur provoqua une utilisation inconsidérée de l’énergie, favorable à un mode de croissance accéléré, qui permit une rapide accumulation du capital à court et moyen terme. La surexploitation des ressources naturelles et la libéralisation des échanges, surtout depuis les années 1970, multiplia le transport des marchandises et encouragea les moyens de déplacement individuels, sans considération des conséquences climatiques et sociales. L’utilisation de dérivés du pétrole comme fertilisants et pesticides se généralisa dans une agriculture productiviste. Le mode de vie des classes sociales supérieures et moyennes se construisit sur le gaspillage énergétique. Dans ce domaine aussi, la valeur d’échange prit le pas sur la valeur d’usage.

Aujourd’hui, cette crise risquant de nuire gravement à l’accumulation du capital, on découvre l’urgence de trouver des solutions. Elles doivent cependant, dans une telle perspective, respecter la logique de base : maintenir le niveau des taux de profit, sans prendre en compte les externalités, c’est-à-dire ce qui n’entre pas dans le calcul comptable du capital et dont le coût doit être supporté par les collectivités ou les individus. C’est le cas des agrocarburants et de leurs conséquences écologiques (destruction par la monoculture, de la biodiversité, des sols et des eaux souterraines) et sociales (expulsion de millions de petits paysans qui vont peupler les bidonvilles et aggraver la pression migratoire).

Crise de civilisation

La crise climatique, dont l’opinion publique mondiale n’a pas encore pris conscience de toute la gravité, est, selon les experts du Giec |1|, le résultat de l’activité humaine. Nicolas Stern, ancien collaborateur de la Banque mondiale, n’hésite pas à dire que « les changements climatiques sont le plus grand échec de l’histoire de l’économie de marché ». En effet, ici comme précédemment, la logique du capital ne connaît pas les « externalités », sauf quand elles commencent à réduire les taux de profit.

L’ère néolibérale qui fit croître ces derniers, coïncide également avec Lire la suite

Alain Lipietz : « le monde d’après sera moins productiviste et moins libéral »

latribune.fr, Alain Lipietz, le 3 août 2009

Alain Lipietz : « le monde d’après sera moins productiviste et moins libéral »

Dans notre série d’été Visions de l’après-crise, « La Tribune » a interrogé l’économiste vert, Alain Lipietz. Ce dernier voit dans la solution à la crise écologique la réponse à la crise économique.

« Rien ne sera plus comme avant » a dit Nicolas Sarkozy. Partagez vous ce pronostic ?

Toute crise est un moment de rupture, où l’on ne peut plus continuer comme avant. Cette fois, elle nous dit que l’on ne peut pousser plus avant l’économie globalisée, sur le mode libéral et ultra-productiviste qui s’est imposé depuis vingt ans. La crise actuelle me semble relever de deux crises que nous avons déjà connues. Une crise écologique, où la rareté des ressources énergétiques et alimentaires devient criante, comme en 1848. Et une crise à la 1930 liée à un partage salaires/profits très déséquilibré, et surtout une distribution trop concentrée au profit des plus hauts salaires comme des plus gros bénéfices. Insidieusement, nous sommes revenus à une économie de la rente. Et ceci est vrai, tant au niveau local qu’à l’échelle mondiale. C’est bien cette double crise qui a conduit les travailleurs pauvres à s’endetter pour se loger, puis, quand les prix du pétrole et de la nourriture se sont envolés, à arbitrer contre leurs remboursements, provoquant la crise des subprimes. Le monde d’après sera, sans doute, moins productiviste et moins libéral. Sera-t-il plus ou moins social, plus ou moins démocratique ? Je ne sais. L’histoire a montré que les lendemains de crise pouvaient prendre des voies multiples.

Vous voyez donc tout de même un monde plus dirigiste et moins ouvert ?

Oui, et avant même l’éclatement de la crise financière, on a vu un retour du protectionnisme qui était alors passé inaperçu en France. Dès l’été 2007, la crise des jouets chinois a provoqué une levée de boucliers au parlement européen. Certains mettaient en avant le nécessaire respect des normes internationales, d’autres défendaient carrément la préférence européenne. De même, avec les débats sur l’Agence de l’Energie, les objectifs obligatoires du « paquet climat », on a vu une remontée du planisme.

La crise écologique que vous mentionnez a-t-elle déjà joué le rôle de détonateur d’une prise de conscience écologique chez les chefs d’Etat ? Pensez vous que chacun a pris la mesure de l’urgence à agir ?

Ceux qui niaient l’existence même d’une crise écologique se sont rendus à l’évidence. Mais cela ne veut pas dire que tout le monde est pareillement conscient de l’urgence. On voit bien qu’entre les pays les plus pauvres du sud, qui ont compris qu’il fallait agir tout de suite, et ceux qui, comme les Etats-Unis, la Chine ou l’Inde, estiment que s’il faut agir, ce n’est pas à eux de commencer, il y a les pays européens qui ne sont prêts à agir que si les autres bougent aussi en même temps. Bref, il existe toujours une palette d’attitudes face au réchauffement climatique qui empêche d’agir vite, et de façon coordonnée. Or, les Nobel de l’an dernier nous en avertissent : si, en 2020, on n’a pas réduit de 30% par rapport à 1990 nos émissions de gaz à effet de serre, et si les pays émergents n’ont pas inversé la courbe de leurs émissions, la hausse de la température mondiale dépassera les 3 degrés. Et le monde ressemblera à celui de Mad Max, où une partie de ses habitants Lire la suite

Parlement européen : Et si les Écolos faisaient la PAC ?

le-mag.fr, Benjamin Masson, le 26 juin 2009, paru dans Le M.A.G. Cultures N°62

Parlement européen : Et si les Écolos faisaient la Pac ?

Les Verts ont créé la surprise aux européennes. En Europe, la poussée est moins marquée, elle est pourtant bien là. Pour les agriculteurs, l’enjeu tient en une date : 2013. Que préparent-ils ?

Avec 52 sièges sur plus de 700 parlementaires, les écologistes n’ont pas encore pris le pouvoir à Strasbourg. Le pouvoir non, mais le siège de l’arbitre, très certainement. Car entre socialistes, centristes et droite, le nouvel équilibre est fragile et la majorité penchera selon le bon vouloir des Verts européens et de leur chef de file : Daniel Cohn-Bendit. Ce dernier l’a évidemment compris et s’est empressé de dévoiler sa stratégie pour le groupe écologiste : nouer des alliances au coup par coup avec les autres partis de manière à démultiplier le poids de sa formation au Parlement, et sans doute de monnayer son soutien contre quelques notes vertes au sein des causes auxquelles il accepte de se rallier. Premier test : l’éjection de José-Manuel Barroso, président sortant de la Commission européenne. Que Cohn-Bendit y parvienne ou non, l’une des étapes suivantes sera forcément la préparation de la Pac 2013 pour laquelle le traité de Lisbonne lui ouvrirait un boulevard s’il était ratifié ; et il ne s’en cache pas (lire notre interview exclusive P6).

Vert et rose

Car grâce au traité de Lisbonne, le Parlement peut désormais faire jeu égal avec le Conseil des ministres européens et modifier tout ou partie des textes qui lui sont soumis en matière agricole. En d’autre termes, la politique agricole commune ne sera plus seulement le fruit d’un marchandage entre Etats aux intérêts divergents, ce sera aussi une affaire de partis politiques. Et cela change tout, surtout avec un parti écologiste pour mener la fronde et capable de supplanter la majorité européenne par le jeu des alliances. Faut-il pour autant crier au loup, mettre ses terres en jachère et partir s’exiler en Ukraine ? Plongeant dans le programme d’Europe Ecologie, une lecture en diagonale peut effectivement inquiéter : « Il est vital pour la population et les écosystèmes de tourner la page du productivisme agricole et d’écrire celle de la soutenabilité et de la diversité », proclame le mouvement. Oui mais « mon pote », cela dépendra d’abord du rapport de force entre les « décroissants » et les « développement durable ». Chez les écologistes comme chez leurs alliés. Et Dany le Vert lui même semble pencher pour le second camp, mettant en avant le maintien d’une agriculture permettant aux agriculteurs de vivre de leur travail.

Dans la lignée de l’UMP

D’autant que le jeu des alliances poussera forcément au réalisme : la charge contre l’agriculture industrielle, et donc son aval, est claire. Mais difficile d’imaginer les députés PSE, généralement très ancrés localement, se ranger derrière un projet qui aboutirait à la perte de centaines d’emplois dans les coops ou les abattoirs de leurs circonscriptions. Les verts risquent donc de mettre de l’eau dans leur vin bio lors de la conclusion de leur alliance. Lire la suite

Combattre la crise de l’eau, une urgence pour l’ONU

Le Monde, Gaëlle Dupont, le 11 mars 2009

Combattre la crise de l’eau, une urgence pour l’ONU

Une crise planétaire des ressources en eau menace. Si rien n’est fait, le développement humain, économique et la stabilité politique de nombreuses régions du monde seront en péril. Tel est en substance le message des Nations unies, qui publient, jeudi 12 mars, le troisième rapport mondial sur les ressources en eau, à quelques jours du Forum mondial de l’eau, qui rassemblera quelque 15 000 personnes à Istanbul, à partir du 16 mars.

Les pénuries à venir

2030 A cette date, 47 % de la population mondiale vivra dans des régions exposées aux pénuries.

Secteurs Agriculture : 70 % des volumes consommés (jusqu’à 90 % dans certains pays en développement). Energie et industrie : 20 % des besoins.

Eau potable : 10 %.

Inégalités Si la tendance se poursuit, 90 % de la population mondiale aura accès à l’eau potable en 2015, avec de très fortes disparités régionales. Quelque 340 millions d’Africains en sont privés. A la même échéance, 2,4 milliards de personnes ne disposeront pas d’un service d’assainissement minimal.

Dégradation Un dollar investi dans les infrastructures d’eau et d’assainissement rapporte de 4 à 12 dollars (de 3 à 9,5 euros).

Les pertes économiques dues au déficit d’infrastructures en Afrique sont estimées à 28,4 milliards de dollars par an (22,4 milliards d’euros). Celles liées à la dégradation des ressources en eau au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sont évaluées à 9 milliards dollars par an (7 milliards d’euros).

Sous l’égide de l’Unesco, vingt-six agences de l’ONU ont travaillé sur ce document, publié tous les trois ans avant chaque forum. Pour la première fois, le ton est alarmant. « En dépit du caractère vital de l’eau, le secteur souffre d’un manque chronique d’intérêt politique, d’une mauvaise gouvernance, et de sous-investissement, affirme en préambule du texte Koïchiro Matssura, le directeur de l’Unesco. Il faut agir d’urgence pour éviter une crise globale. »

Démographie La croissance de la population mondiale, de 80 millions de personnes par an, augmente les besoins en eau de 64 milliards de mètres cubes chaque année. Facteur aggravant, cette croissance est concentrée dans les villes, dont l’approvisionnement sera l’un des grands défis à venir.

Besoins La part de l’eau potable dans les besoins reste cependant faible. C’est pour l’agriculture, la production d’énergie et le développement économique que les exigences sont les plus importantes. En matière agricole, l’évolution des habitudes alimentaires pèse lourdement. « La croissance économique dans les pays émergents conduit à l’apparition d’une classe moyenne consommatrice de lait, de pain, de viande« , relève le texte. La production d’un kilo de blé nécessite de 400 à 2 000 litres d’eau, selon les régions, et celle d’un kilo de viande de 1 000 à 20 000 litres.

Industrie L’énergie est le deuxième secteur utilisateur. La lutte contre les émissions de gaz à effet de serre stimule le développement de l’hydroélectricité, qui assure aujourd’hui 20 % de la production électrique mondiale, et des agrocarburants. Or 2 500 litres d’eau sont nécessaires à la fabrication d’un litre de carburant « vert ». Une ressource abondante est aussi indispensable au refroidissement des centrales thermiques et nucléaires. Les entreprises, en particulier dans les secteurs du textile, de l’électronique, de l’agroalimentaire, des mines et de la métallurgie, ont elles aussi besoin de grandes quantités d’eau pour fonctionner.

Changement climatique Dans le même temps, les régimes hydrologiques sont déréglés par le réchauffement. Les modèles climatiques s’accordent à prévoir Lire la suite

Agrocarburants : « un remède pire que le mal ? »

tempsreel.nouvelobs.com, 19 décembre 2008, Guillaume Malaurie

Agrocarburants : « un remède pire que le mal ? »

Un groupe de chercheurs de très haut niveau réuni par Jean-Marc Salmon pour réfléchir sur les impacts environnementaux des agrocarburants a remis en début d’après-midi son rapport au MEEDDAT. Et un séminaire est réuni dans la foulée. Il est à noter que ce rapport est préfacé par Yvon Le Maho Président du Conseil Scientifique du Patrimoine Naturel et de la Biodiversité qui a déjà alerté sur ses impacts potentiels de ce nouveau carburant sur la biodiversité ainsi que sur l’usage et la qualité des eaux. A l’évidence il apparaît à la lecture des contributions que les espoirs d’une « énergie verte », sous entendu propre, tant vantés au début des année 2000, résistent mal à une évaluation environnementale globale. Et se révèlent contradictoires avec les directives de la Commission européenne sur la protection de l’eau, de la biodiversité et même de la réduction des gaz à effets de serre.
Premier enseignement : les agrocarburants affichent des rendements parmi les plus faibles qui soient. Nettement moindre, notamment, que le solaire via les techniques photovoltaïques. Le même solaire dont les tenants du tout nucléaire se gaussent parfois de la faible rentabilité. Second enseignement : ces cultures, nécessitent un élargissement très sensible des surfaces cultivées et une réduction des jachères. Choc en retour : un boom des intrants azotés et phosphorés mais aussi de pesticides dont les conséquences sur la qualité des eaux sont connues. Il faut savoir en effet que la culture du cozla, la plante privilégiée en Europe pour produire des agrocarburants, nécessite nettement plus de pesticides que le blé. Alors que l’objectif européen est de réduire de 50% les produits phytosanitaires d’ici 2018…
D’autant plus préoccupant qu’en France, « les cultures énergétiques se développent dans des régions où la disponibilité des terres est importante et les sols relativement peu fertiles, et qui sont « vulnérables » en termes de pollution azotée et phytosanitaire de l’eau (Bretagne, Nord-Pas-de-Calais, Ile-de-France, Poitou-Charentes, Pays de Loire).

Conclusion de Bernard Seguin de l’INRA : « Ces considérations plaident d’abord pour une limitation du développement des agrocarburants en France »

Eric Vindimian, Chef du service de la recherche au MEEDAT ne mâche pas non plus ses mots : « Les risques sur la fonction essentielle des sols en matière de stockage du carbone, donc de limitation des émissions de CO2, n’ont pas été évalués. S’ils s’avéraient importants, il faudrait alors considérer que les agrocarburants constituent un remède pire que le mal, y compris ceux de la deuxième génération. L ‘importation d’agrocarburants pourrait également constituer une source d’externalisation des problèmes environnementaux vers les pays du sud, toujours au détriment de la biodiversité, mais également des services apportés par les écosystèmes aux populations locales ».

Troisième enseignement : « La rentabilité des agrocaburants sans subvention n’est toujours pas assurée sous nos latitudes. Quatrième enseignement: dans les pays où la production d’ agrocarburants est devenu significatif, comme aux USA ou au Brésil, l’impact sur la flambée des prix des céréales et des tourteaux est avérée. « Pour certains, leur rôle est marginal- il pèserait au plus 15 % dans l’augmentation des prix agricoles/…/ Pour d’autres, il est majeur- des chiffres approchant 75 % sont avancés », note Jean Marc Salmon qui ajoute : « Les risques énergétiques, climatiques et alimentaires interagissent entre eux. »

Cause première : la compétition pour les terres cultivables dont les agrocarburants sont voraces : Lire la suite

L’Europe veut privilégier l’éolien, le solaire et la biomasse

Le Figaro, Jean-Jacques Mével, correspondant à Bruxelles, 12 septembre 2008

L’Europe fait marche arrière sur les agrocarburants

Le Parlement européen veut privilégier l’éolien, le solaire et l’exploitation de la biomasse.

Le vote suit de peu une décision semblable des ambassadeurs des 27 pays de l’Union. Il permet d’attendre, comme l’espère la présidence française, l’approbation d’une «directive» pour la fin de l’année. Sur cette question, le Parlement et le Conseil européens «sont bien plus proches qu’on ne l’imagine», assure le Luxembourgeois Claude Turmes, rapporteur du texte et vice-président du groupe des Verts.

Les eurodéputés se montrent cependant plus exigeants, à la fois sur le calendrier et sur le contenu. Ils veulent fixer la barre des énergies renouvelables à 5 % dès 2015, objectif intérimaire jugé trop rigide dans beaucoup de capitales européennes.

Le Parlement européen entend surtout plafonner à 4 % en 2015 et 6 % en 2020 la part des agrocarburants actuels, au grand dam des producteurs de colza, de tournesol ou d’huile de palme. Les Européens en tirent aujourd’hui 3 % de ce qu’ils mettent dans leurs réservoirs. L’Assemblée leur préfère la voiture électrique dont l’horizon reste incertain. Ou encore les biocarburants dits de «seconde génération», tirés du bois et de la paille (filière cellulose), voire des algues. Ces filons sont prometteurs, mais encore largement expérimentaux.

Mauvaise publicité

Les agrocarburants traditionnels (biodiésel, bioéthanol), aujourd’hui dotés d’une capacité de production de 15 millions de tonnes, paient ainsi des mois de mauvaise publicité. Après s’être enthousiasmés pour ce pétrole «vert», les experts, les technocrates et même le grand public en sont largement revenus.

L’OCDE relevait cet été que leur viabilité économique est douteuse si l’on soustrait la masse des aides publiques dont les producteurs, européens notamment, ont fini par bénéficier. Longtemps jugés beaucoup moins néfastes à l’environnement que les carburants tirés du pétrole, ils voient aussi cette réputation battue en brèche par les scientifiques. L’envolée, surtout, des cours mondiaux des produits alimentaires pourrait leur avoir donné le coup de grâce en tant que solution alternative aux énergies fossiles.

Le tournant européen a été pris en juillet, lorsque le ministre français Jean-Louis Borloo a créé la surprise en précisant que le projet de directive européenne sur les énergies renouvelables n’incluait aucune obligation précise sur le recours aux agrocarburants. La France, présidente en exercice de l’Union européenne et soucieuse de faire avancer un chapitre essentiel de son «paquet climat», s’épargnait avec Bruxelles une solide controverse politico-écologique. Lire la suite

Le carburant de la destruction en Amérique latine

Le Monde, Laurence Caramel, le 10 septembre 2008

Forum Environnement

L’impact des agrocarburants dénoncé en Amérique latine

Le carburant de la destruction en Amérique latine » : le titre laisse peu de place au suspense sur le ton de ce réquisitoire. Il accuse les agrocarburants d’exacerber la concentration de la propriété foncière, la flambée des prix agricoles et la dégradation de l’environnement. « Tous les pays étudiés ont accru ou projettent d’accroître leur production d’agrocarburants à des niveaux alarmants en menant à coups de subventions, d’exonération de taxes… des politiques très attractives pour les investisseurs », écrit le rapport, qui déplore les conséquences en termes de déforestation et de pollution liée à l’utilisation accrue des pesticides et des engrais.

RECUL DES CULTURES VIVRIÈRES

L’Argentine est encore un nain sur le marché du nouveau « pétrole vert », mais elle est le deuxième producteur mondial de soja. Friends of the Earth a calculé que les projets d’investissements programmés au cours des trois prochaines années pourraient lui permettre de produire 4 millions de tonnes de biodiesel. Pour cela, il faudra convertir ou défricher 9 millions d’hectares, l’équivalent de 60 % des surfaces actuellement cultivées en soja. Au cours des deux dernières décennies, l’expansion du soja a fait reculer les surfaces consacrées à l’agriculture vivrière et à l’élevage de 25 %. Celles destinées au fourrage ont été réduites de 50 %.

Avec son éthanol fabriqué à partir de canne à sucre, dont il est le deuxième producteur mondial, le Brésil éclipse ses voisins latino-américains. La ruée vers les agrocarburants est pourtant chez eux aussi une réalité de plus en plus criante. L’organisation non gouvernementale Friends of the Earth (Amis de la Terre) a publié, mercredi 10 septembre, un rapport dans lequel elle dresse un état des lieux de cette nouvelle donne régionale. Lire la suite