Miel : Les ruches envahissent Paris

moniblog.lemoniteur-expert.com, août 2009

Miel

Les ruches envahissent Paris. Après le traditionnel jardin du Luxembourg et son école d’apiculture, on a vu le Conseil régional d’Ile-de-France, et plus récemment le Grand Palais, l’Opéra, et  bien d’autres installations plus modestes mais tout aussi bourdonnantes. La banlieue n’est pas en reste. Les apiculteurs deviennent la coqueluche des grandes agglomérations.

La raison en serait la pollution. Non pas celle des villes, mais celle des campagnes. Peut-être parce que de nombreux services municipaux des parcs et jardins, à Paris et dans de grandes villes, réduisent leur consommation de produits phytosanitaires, l’air urbain est plus respirable par les abeilles que l’air des champs. On nous affirme que le miel de nos ruches citadines est exempt de toute pollution urbaine. Bonne nouvelle, qui ne compense guère la mauvaise, à savoir que les abeilles ne sont plus persona grata à la campagne.

Ce n’est pas la première fois qu’un tel phénomène se produit. Telle petite ville de Bretagne a conservé ses haies dans son espace bâti, la partie cultivée les ayant perdues à l’occasion d’un remembrement trop brutal. Résultat : les oiseaux sont plus dans la ville que dans les champs, et les citadins sont heureux d’entendre leurs gazouillis au printemps dès 5 heures du matin. La nature en ville, quel bonheur !

Les paradoxes de ce type sont nombreux. Les zones les plus artificielles deviennent des conservatoires de biodiversité. Une illustration intéressante de ce retournement de situation est donnée par les parcs zoologiques. Au début, on est dans le spectacle. Des animaux sauvages, voire féroces, vous sont donnés à voir, pour vous procurer des émotions et éveiller votre curiosité. Nous sommes dans l’exotisme, la découverte de ce monde qu’il nous est donné de conquérir, de domestiquer. Le prix à payer est lourd. Pour la nature, bien sûr. Des aventuriers se lancent dans ce business, braconnent à volonté, tuent les mères pour récupérer des petits. Ce sont les grandes chasses qui ont nourri le cinéma à une certaine époque. L’épopée des grands explorateurs et l’aventure coloniale sont implicitement présents dans ces zoos dont l’objectif premier était de montrer le maximum de bêtes sauvages dans le minimum d’espace. Les conditions de vie des animaux étaient souvent déplorables. Elles interdisaient dans les faits leur reproduction, et provoquaient une forte mortalité. Il fallait donc prélever dans la nature, encore et encore, pour satisfaire la curiosité et l’envie de frisson des populations de nos contrées. Le volet scientifique, naturaliste, était bien secondaire, surtout dans les nombreux établissements privés, plus proches du cirque et du parc d’attraction que de l’observation des mœurs animales.

Les choses ont bien changé. Des conventions internationales régissent la manière de prélever des animaux sauvages dans la nature ; la loi, en France et dans de nombreux pays, impose des garanties sur le traitement des animaux en captivité, de manière à leur laisser l’espace nécessaire pour une vie en bonne santé et pouvoir se reproduire. Et il se passe un autre phénomène, du type abeilles en ville. Ces zoos sont devenus des conservatoires de la biodiversité. Ils détiennent et protègent les derniers spécimens d’espèces en danger, parfois même disparues dans leur habitat d’origine et le monde sauvage. C’est le triste constat de l’appauvrissement de certains milieux, ou de leur évolution en peau de chagrin, comme des forêts primaires durement touchées par le défrichement.

Une partie du patrimoine génétique, animal ou végétal, qui y prospérait, a été quasiment Lire la suite

Effondrement spectaculaire des populations d’abeilles au Japon

Futura-Sciences, Jean Etienne, mai 2009

Effondrement spectaculaire des populations d’abeilles au Japon

Alors que le phénomène de disparition des abeilles semblait épargner le Japon, c’est un effondrement de 50% du nombre de colonies qui vient d’y être constaté.

Détectée pour la première fois aux Etats-Unis en 2006, le phénomène appelé syndrome d’effondrement des colonies semble faire suite à la réduction la réduction inhabituelle du nombre d’insectes pollinisateurs (car guêpes et bourdons sont aussi affectés). Comme une pandémie, il s’est rapidement étendu en Europe puis à Taiwan.

Les causes de cette surmortalité, qui prend des proportions préoccupantes, restent pourtant mystérieuses. Ou plus exactement, rien ne permet de faire émerger, parmi la quarantaine de causes potentielles pointées du doigt par l’Afssa, un facteur particulier. Aussi, face à cet inconnu, l’ampleur que vient de prendre le phénomène au Japon inquiète.

Un sondage récemment effectué sur 2.500 apiculteurs membres de la Japanese Beekeeping Association a montré que 25% d’entre eux avaient subi des « pertes soudaines d’abeilles » à grande échelle.

« Il y a eu des pertes d’abeilles à petite échelle depuis maintes années, mais un effondrement massif comme celui qu’a connu les Etats-Unis en 2006 est très inhabituel », s’alarme Kiyoshi Kimura, du National Institute of Livestock and Grassland Science, insistant sur l’importance d’étudier soigneusement le phénomène au Japon.

Au-delà du miel

Amateurs de miel, comme toutes les populations humaines de la planète, les Japonais en consomment plus qu’ils n’en produisent. Le point le plus inquiétant pour les agriculteurs nippons est la répercussion de la raréfaction des abeilles sur la pollinisation des cultures, indispensable pour une grande variété de fruits et légumes abondamment cultivés dans le pays.

Selon Osamu Mamuro, éleveur d’abeilles et fournisseur de ruches dans un but de pollinisation, les populations d’abeilles se sont brusquement réduites au point qu’il pense devoir réduire de moitié ses livraisons, mettant ainsi en difficulté une bonne partie de ses clients agriculteurs. « Si cela continue, ce sera la fin de mon commerce », constate-t-il.

En tout état de cause, la situation annonce déjà une augmentation significative des denrées alimentaires dans l’éventualité où les fermiers seraient contraints de polliniser manuellement, ou si les fournisseurs Lire la suite

En Europe, la nature disparaît à un rythme inquiétant

lemonde.fr, Laurence Caramel, le 5 mai 2009

Faire un bilan est toujours risqué. Stavros Dimas, le commissaire européen à l’environnement, s’est prêté à l’exercice à Athènes, les 27 et 28 avril, devant la fine fleur des experts de la biodiversité. Ce bilan ne s’imposait pas seulement parce que le mandat de la Commission arrive à échéance dans quelques semaines, mais aussi parce qu’il y a sept ans, la communauté internationale s’était fixé rendez-vous en 2010 – autant dire demain – pour mesurer les progrès accomplis en matière de lutte contre la disparition des espèces et la dégradation des écosystèmes constatées sur tous les continents.

L’objectif avait été adopté par les Nations unies, mais l’Union européenne (UE) avait choisi de se montrer encore plus ambitieuse en s’engageant à « stopper l’érosion de la biodiversité » à l’horizon 2010. L’état des lieux dressé par Jacqueline McGlade, la directrice exécutive de l’Agence européenne de l’environnement (AEE), montre qu’un peu de prudence aurait évité aux Européens de devoir assumer aujourd’hui un véritable échec. « L’objectif de 2010 ne sera pas atteint et la biodiversité européenne demeure très fortement menacée« , a-t-elle confirmé.

De 40 % à 70 % des espèces d’oiseaux et de 50 % à 85 % des habitats dans lesquels se déploient la faune et la flore européenne se trouvent ainsi dans « une situation de conservation critique« , selon les chiffres d’un rapport que l’AEE s’apprête à publier.

A-t-on au moins réussi à ralentir la cadence à laquelle la nature dépérit sous l’effet de la fragmentation du territoire, de l’extension des villes, des routes et de l’intensification de l’agriculture ? Le débat reste ouvert.

« Au niveau mondial, la moitié de la nature a disparu depuis l’ère préindustrielle et elle recule encore au rythme de 1 % par an. C’est peut-être moins en Europe depuis la création de Natura 2000« , avance Andrew Balmford, professeur à l’université de Cambridge (Royaume-Uni). Avec ses 25 000 sites couvrant 17 % du territoire européen, Natura 2000 constitue le premier réseau d’aires protégées au monde. Mais cette vitrine a surtout vocation à préserver les espèces dites « remarquables », pas la biodiversité que l’on pourrait qualifier d’ordinaire, sur laquelle repose l’essentiel des services rendus par les écosystèmes.

En 2006, l’UE a adopté un plan d’action pour la protection de la biodiversité. La mise en oeuvre n’a pas suivi. « Ce plan n’a aucun caractère contraignant. C’est sa grande faiblesse. Sans menaces de sanctions, il est illusoire de penser que les gouvernements ou les acteurs économiques prendront en compte la biodiversité« , remarque Tony Long, représentant du Fonds mondial de la nature (WWF).

Les scientifiques font aussi leur mea culpa : « Nous n’avons pas réussi à démontrer pourquoi la sauvegarde de la biodiversité est si importante« , a reconnu John Hutton, du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Alors que, grâce au travail du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), à celui de l’économiste britannique Nicholas Stern et à l’engagement de l’ancien vice-président américain Al Gore, le changement climatique s’est hissé au sommet de l’agenda mondial, la crise de la biodiversité reste dans l’ombre. Et peu d’hommes politiques en ont saisi la gravité.

« Nous n’avons pas un indicateur simple – Lire la suite

Biosphere-hebdo : spécial « oxymores »

biosphere.ouvaton.org, biosphere-hebdo n° 17.2009 (spécial « oxymores  »), le 2 mai 2009

(Extraits de La politique de l’oxymore de Bertrand Méheust)

La pression de confort (techniques imbéciles)

La pression du confort est une notion décisive. Il est sous-entendu (hors discussion, sauf dans les milieux encore marginaux de la décroissance), que le confort moderne, au sens large où nous l’entendons aujourd’hui, est un acquis irréversible. Cette façon de penser est largement due au fait que les générations nées depuis les années 1970 n’ont pas connu d’autres conditions de vie et ne dispose pas d’éléments de comparaison. Un jeune des banlieues déshéritées, aujourd’hui, dispose de moyens de confort que n’avait pas le roi Louis XIV, notamment l’eau chaude au robinet, les WC et le chauffage. Cette révolution du confort est le premier moteur de la pression sur la nature entraînée par nos gestes quotidiens.

Or un univers psychique qui n’admet par principe aucune limitation, aucun interdit, court vers l’abîme. Pendant la Seconde guerre mondiale, la vitesse des voitures aux Etats-Unis a été plafonnée à 55 km/h pour économiser le carburant. Il a fallu une menace extérieure pour mettre en place cette mesure qui devrait s’imposer aujourd’hui. Le danger du système libéral, c’est que, ayant disqualifié tous ses concurrents, il n’a plus d’extérieur et ne peut se contraindre lui-même dans des délais utiles. Aucun effort méthodique pour prévoir le futur et organiser le décrochage du pétrole n’a été conduit : si c’était le cas, cela se saurait, des voitures ultralégères seraient déjà disponibles depuis longtemps sur le marché, leurs moteurs seraient bridés, etc.

Les Hikikomoris, ces jeunes japonais gavés d’informatique qui ne sortent plus de leur chambre, sont un des premiers symptômes de l’épuisement vital vers lequel nous tendons. En moins d’un siècle, le marché, couplé à la technologie, en instrumentalisant et en artificialisant les désirs, aura stérilisé tout ce qui donnait aux hommes le goût de vivre depuis des millénaires. La publicité, cette forme moderne, insidieuse et inédite de contrôle des esprits, que l’on devrait débaptiser et nommer une fois pour toutes propagande, va bien au-delà de tous ce qu’on pouvait imaginer dans les débuts optimistes et naïfs de la « réclame » d’après guerre.

La pression démocratique (écologie appliquée/action politique)

Il se trouve qu’aucun système démocratique ne semble pouvoir fonctionner aujourd’hui en dessous d’une certaine pression de confort. Si une Sparte démocratique existe quelque part dans le monde contemporain, je demande qu’on me la montre. Inéluctablement, la démocratie moderne, c’est-à-dire la démocratie libérale où l’individu prime sur le collectif, démultiplie les besoins des hommes et augmente la pression sur l’environnement. Partout où l’individu devient une valeur centrale, ses besoins personnels s’accroissent avec l’étendue de sa sphère personnelle ; son espace vital minimal augmente en même temps que ses exigences de mobilité ; il lui faut manger plus de viande ; il lui faut consommer davantage de produits culturels ; il veut tout cela, et plus encore, pour ses enfants.

L’aveuglement des élites et le formatage subséquent de l’opinion via les médias Lire la suite

Un avenir sans pesticides ?

metrofrance.com, Nadia Loddo, le 22 mars 2009

Un avenir sans pesticides ?

La Semaine sans pesticides (du 20 au 30 mars) est l’occasion de faire un point sur l’utilisation des pesticides en France

Chiffres clé

50%
Les chiffres du plan de surveillance de la DGCCRF publiés en janvier indiquent qu’en 2007, près de 50% des fruits et des légumes contrôlés ne contenaient pas de résidus. Les limites maximales de résidus ont été dépassées dans plus de 7% des cas.

1
La France est le premier consommateur de pesticides de l’Union européenne et le quatrième au niveau mondial. Ce classement s’explique aussi car la France est le premier producteur agricole en Europe.

4,45 kg

C’est la quantité de pesticides par hectare en France, ce qui est dans la moyenne européenne. Malgré une tendance générales à la baisse, ces deux dernières années ont vu une augmentation de l’utilisation de phytosanitaires qui s’expliquerait par des conditions météo défavorables.

91%
Selon le rapport 2007 de l’Ifen, 91% des eaux des rivières et 55% des nappes souterraines contiennent des résidus de pesticides.

Des solutions existent

Basée à St Malo, la société Goëmar, crée en 1974, propose des engrais et des pesticides 100% naturels fabriqués à base d’algues. 100% naturels, ils permettent aujourd’hui de réduire de 50 à 60% l’utilisation de phytosanitaires chimiques dans les cultures céréalières et de fraises. Une preuve qu’avec la recherche, des solutions alternatives peuvent être trouvées.

Les pesticides font peur. Les associations de protection de l’environnement ainsi que de nombreux documentaires dénoncent régulièrement leur impact sur la santé humaine et leur responsabilité dans la disparition des abeilles, ces insectes pollinisateurs auxquels on doit l’existence de 80% des végétaux de la planète. La Semaine sans pesticides, qui se déroule jusqu’au 30 mars, est l’occasion de faire un point sur l’utilisation de ces produits, appelés phytosanitaires, et des risques éventuels sur notre santé.

A la suite du Grenelle de l’environnement, le ministère de l’Agriculture a mis en place le plan d’action « Ecophyto 2018 » dont l’objectif est Lire la suite

L’abeille a des serial killers aux trousses

Sud-Ouest, Jacques Ripoche, le 22 Mars 2009

ENVIRONNEMENT. Entre varroa, virus et pesticides, l’abeille meurt de plus de quarante causes identifiées. Les apiculteurs le vivent au jour le jour. Exemples en Lot-et-Garonne

L’abeille a des serial killers aux trousses

«C’est surprenant de ne pas vouloir accepter que les insecticides tuent les abeilles, c’est même fait pour ça. On peut s’étonner qu’il en reste encore ! », ironise Maurice Coudoin. L’apiculteur de Verteuil-d’Agenais (47), vétéran de la lutte contre les pesticides et les OGM, balaye d’une phrase définitive la hiérarchie des causes de surmortalité des abeilles établie par l’Afssa : « Le varroa, tous les apiculteurs sérieux le maîtrisent ! »

Le varroa est un acarien qui s’accroche à l’abeille et lui prélève le sang. L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) vient de désigner « ennemi numéro 1 » ce parasite venu d’Asie dont la présence dans l’Hexagone est attestée depuis 1982 (lire entretien ci-contre). Mais Maurice Coudoin n’en démord pas : « Quand vous voyez une colonie dynamique à l’automne et qu’elle meurt durant l’hiver, il ne faut pas chercher bien loin : pesticides ! »

M. Coudoin possède plus de 600 ruches, ce qui en fait l’un des plus gros apiculteurs de la région. Elles sont disposées dans un rayon d’une quinzaine de kilomètres autour de son exploitation. Le premier miel de l’année, le miel de colza, arrivera d’ici quelques semaines. Les conditions actuelles ne lui paraissent pas trop défavorables : « On n’atteindra pas les 30 à 50 % de mortalité déjà connus, mais on restera bien au-dessus des 10 % » (le taux « normal »), estime-t-il.

« Il y a un léger mieux, du moins en Lot-et-Garonne », concède-t-il. Pour des raisons qui vont dans le sens de son « antipesticisme » militant : « On a diminué l’enrobage des semences et l’on n’utilise plus le Gaucho et le Régent depuis trois ans. »

Il en faudra toutefois davantage pour apaiser le sexagénaire, engagé désormais dans le combat contre le Cruiser, temporairement autorisé sur les semis de maïs : « Les sols restent gavés de matière active, les épandages produisent des cocktails de résidus qui s’accumulent d’une année sur l’autre. »

Signalements peu fiables

À quelques kilomètres de là, à Pardaillan (47), son jeune confrère, Thomas Mollet, 36 ans, est plus nuancé : « Le varroa, j’y fais très attention. J’espère que je le maîtrise mais le traitement n’est pas toujours efficace à 100 % et il y a un problème de disponibilité de molécule. »

Entre le varroa et les pesticides, Thomas Mollet ne choisit pas. Il pense que la surmortalité des abeilles, phénomène mondial, repose sur un ensemble de causes et non une seule. Pour autant, il lui semble qu’il faut pousser beaucoup plus loin les investigations : « Je ne mets pas en doute la sincérité de l’Afssa quand elle dit ne pas être en mesure d’infirmer ou de confirmer leur rôle. Mais, sur le terrain, un apiculteur voit bien quand une intoxication est due aux pesticides. En fait, il y a un très mauvais fonctionnement de la surveillance. Il y a une différence entre le nombre de signalements et la réalité des intoxications. Il y a des problèmes dans le prélèvement et l’acheminement des échantillons. »

Entre souci et plaisir

Thomas Mollet reste toutefois optimiste : Lire la suite