Cancún, un accord à tout prix

bastamag.net, Sophie Chapelle, le 17 décembre 2010

http://www.bastamag.net/article1354.html

Cancún, un accord à tout prix

Ils n’attendaient rien de Cancún ou si peu. L’enjeu pour les participants était de sauver un processus de négociations plombé un an plus tôt à Copenhague. Dès lors, tout valait mieux que l’absence d’accord. C’est donc dans une ambiance survoltée, ou plutôt théâtrale, que 193 pays – à l’exception de la Bolivie – se sont mis d’accord dans les dernières heures sur un texte qui ne fait qu’entériner Copenhague. Déroulé en cinq actes.

Chez tous les négociateurs la crainte était forte de partir de Cancún sans accord. Le fiasco de la conférence de Copenhague en décembre 2009 résonnait encore dans toutes les têtes. Paul Watkinson, chef de la délégation française dans les négociations climatiques, témoigne qu’« après Copenhague, le risque était très élevé de s’enfermer dans Cancún avec un deuxième échec ». Mais les séances plénières qui se déroulent dans la dernière nuit des négociations, du 10 au 11 décembre, vont donner le ton : tout vaut mieux que l’absence d’accord.

Alors que l’ensemble des participants ont dans leurs mains les dernières versions des textes (à lire en anglais ici et ici), ils accueillent sous une salve d’applaudissements Patricia Espinosa, la présidente de la Conférence. Il faut voir là, selon Pierre Radanne, président de l’association 4D, « la reconnaissance de la méthode mexicaine par l’engagement à écouter jusqu’au bout le point de vue de chacun et à gérer l’information et les négociations dans la transparence la plus grande ».

À ce moment-là pour l’assemblée présente, le processus de cette conférence est déjà une première victoire. « Le rôle des Nations unies et le multilatéralisme sortent renforcés de Cancún », se réjouit ainsi Paul Watkinson. Dans ces conditions, les critiques à cette heure avancée de la nuit sont malvenues dans l’enceinte onusienne. Et lorsque la Bolivie intervient en premier par la voix de Pablo Solon pour exprimer ses craintes sur l’accord en voie d’être conclu, c’est un silence glacial qui ponctue son discours.

Acte 1, une unité de façade

Critiquant l’objectif trop faible d’une augmentation des températures limitée à 2°C, l’absence d’engagement contraignant des pays industrialisés en termes de réduction d’émissions, l’inconnue sur les sources de financement du fonds d’adaptation au changement climatique, la Bolivie conclut par son rejet du document. Au sein du Moon Palace, l’hôtel de luxe qui accueille la conférence, l’isolement de la Bolivie va atteindre des sommets. Dans la foulée de son intervention, tous les pays, du Nord au Sud, expriment leur soutien aux deux textes. « Paquet équilibré », « engagements », « pragmatisme », reviennent tour à tour dans les discours du Lesotho, du Kenya, du Pérou, de la Suisse, de l’Union européenne, du Sénégal, des Maldives… Emblématique : les discours des États-Unis et de l’Arabie Saoudite, ambassadeurs en chef du tout pétrole, sont noyés sous les applaudissements. Même le Japon, qui avait douché les espoirs en annonçant son refus de s’engager dans une seconde période du Protocole de Kyoto, est Lire la suite

Qui veut la peau des emplois du Grenelle de l’environnement ?

http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2010/12/20/qui-veut-la-peau-des-emplois-du-grenelle-de-l-environnement_1455840_3244.html

lemonde.fr, Marie-Béatrice Baudet, le 20 décembre 2010

Qui veut la peau des emplois du Grenelle de l’environnement ?

Depuis quelques jours, c’est une série noire pour la croissance verte. Vendredi, 17 décembre, First Solar, le fabricant américain de panneaux solaires, et EDF ont annoncé le gel de leur projet d’usine à Bordeaux et des 400 emplois immédiats à la clé.

Motif ? La décision du gouvernement de suspendre pour trois mois l’obligation faite à EDF de racheter l’électricité aux conditions tarifaires actuelles. Un moratoire qui, selon les deux entreprises, brouille encore les perspectives de la création d’une filière photovoltaïque au sein de l’Hexagone.

La même semaine, on apprenait aussi la possible révision à la baisse des ambitions françaises en matière de parcs éoliens offshore – un marché de 10 milliards d’euros. Les pouvoirs publics tergiversent sur le montant de l’appel d’offres à lancer, laissant industriels et communes du littoral dans l’incertitude.

DES SIGNAUX NÉGATIFS

Ces deux signaux négatifs suivent de près la mise en ligne mi-décembre d’un document de travail de la direction générale du Trésor, intitulé « Impacts macroéconomiques du Grenelle de l’environnement », dont les conclusions firent l’effet d’une petite bombe : si dans les cinq années à venir, les investissements verts devraient doper croissance et marché du travail, en revanche, sur le long terme, c’est la chronique d’une catastrophe annoncée : la hausse des prélèvements obligatoires nécessaires au financement des projets aurait un effet récessif et le Grenelle entraînerait même des pertes nettes d’emplois en 2023.

Une tout autre musique que celle jouée en juin 2009 par les experts du Boston Consulting Group (BCG), cabinet international de conseil en stratégie, qui pronostiquait « la création de plus de 600 000 emplois en moyenne sur la période 2009-2020, principalement dans les secteurs du bâtiment, des infrastructures et des énergies renouvelables« . Leur rapport commandé et payé par Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’écologie, avait été mis en avant le 22 juin 2009 par Nicolas Sarkozy, dans son discours prononcé devant le Congrès, à Versailles : « Je veux dire à ceux qui trouvaient que le Grenelle de l’environnement coûtait trop cher que c’est la dépense la plus rentable que l’on puisse imaginer. Elle va créer 600 000 emplois. »

Que s’est-il passé en six mois ? Quels prévisionnistes croire ? Que se cache-t-il derrière ces bagarres de chiffres et d’annonces ?

UNE BATAILLE INTERNE AU GOUVERNEMENT

Nathalie Kosciusko-Morizet, la nouvelle ministre de l’écologie, a immédiatement réagi à la publication de l’étude du Trésor : « un regard très Lire la suite

Le mouvement des objecteurs de croissance (MOC) : Masse critique et suffisance

les-oc.info, Michel Lepesant, le 5 décembre 2010

http://www.les-oc.info/2010/12/masse-critique-et-suffisance/

Masse critique et suffisance

Au cœur de la pratique politique du Mouvement des objecteurs de croissance (le MOC), se trouve la notion de « masse critique ». Dans cette manière de Penser et Faire la transition, sont en jeu : les expérimentations sociales, les alternatives concrètes, les rapports avec les autres partis/mouvements de la gauche anti-productiviste et anti-capitaliste, avec les décroissants, avec les mouvements sociaux. Cette expression ne doit pas être une « formule magique » et certaines confusions doivent être rapidement levées[1] : surtout ne pas réduire cette « masse critique » à une accumulation comptable de « vrais gens » dépolitisés !

La masse critique, c’est qui ?

La masse critique, c’est combien ?

La masse critique, c’est comment ?

La masse critique, c’est quand ? C’est « sans attendre, sans illusion ».

Il serait tellement plus simple de croire encore à la Révolution, celle du Grand soir, celle du prolétariat (comme sujet de la révolution). Les militants seraient encore l’avant-garde éclairée et éclairante, l’avenir serait écrit d’avance et garantirait sans aucun risque de scepticisme ou de pessimisme le sens de nos actions et de nos engagements !

Las, les objecteurs de croissance dénoncent déjà les illusions et les religions que le capitalisme – à chacune de ses phases – ne cesse d’utiliser à des fins de propagande pour modeler nos vies : le scientisme, la technologie, le mythe du progrès, la représentation… Il leur faut aussi ajouter à cette déjà longue liste une nouvelle croyance à rejeter : celle que la prise du pouvoir institutionnel est la condition préalable de toute transformation sociale et politique.

Croyance que partagent les capitalistes comme leurs adversaires socialistes, les sociaux-démocrates de la réforme comme les socialistes marxistes de la révolution, les adversaires trotskistes des léninistes comme les critiques anarchistes des trotskistes, etc. Manière pour les décroissants, quand ils assument d’entrer en politique de se mettre à dos à peu près tout le monde et ainsi de se sentir « décalés » dans presque tous les lieux traditionnels de militance.

Est-ce à dire alors que les décroissants doivent rejeter toute politique et ne plus continuer à poser la question du pouvoir ? Certainement pas mais la piste est escarpée, toujours menacée de glisser soit dans la pente du renoncement et du pragmatisme, soit dans la pente de la caricature et de la simplification. Comment agir politiquement sur la crête ?

La masse critique, c’est qui ?

Il serait tellement plus simple de croire qu’il existe une classe particulière porteuse du Lire la suite