Espagne – Enfin une touche de vert dans le paysage politique

courrierinternational.com, Hebdo n° 1034, Rafael Méndez, le 26 août 2010

http://www.courrierinternational.com/article/2010/08/26/enfin-une-touche-de-vert-dans-le-paysage-politique

Espagne – Enfin une touche de vert dans le paysage politique

Longtemps inexistants, les écologistes espagnols ont décidé de se constituer en parti et entendent imposer leur présence dès les élections locales de 2011. Avec Europe Ecologie comme modèle.

Juantxo López de Uralde vient de quitter Greenpeace Espagne, qu’il a dirigée pendant dix ans, pour lancer un parti vert, avec le soutien de tous les groupes écologistes. Difficile de prévoir ce que donnera son entrée en politique. Les optimistes ont quelques raisons de penser que ce sera un succès. Les enquêtes montrent que les Espagnols s’intéressent autant que les autres Européens à l’écologie, le sujet est négligé par le Parti socialiste au pouvoir et le désenchantement vis-à-vis des grands partis peut donner des ailes aux écologistes. Il est temps que l’Espagne ait un parti vert. C’est maintenant ou jamais.

Les pessimistes, eux, invoquent la crise économique, disent que les gens sont plus préoccupés par l’emploi que par le changement climatique et que les verts ne parviendront pas à surmonter leurs divisions ataviques. Ce sera quitte ou double, l’avenir le dira. En attendant, l’écologie politique espagnole vit un moment de grande excitation.

Le parti se démarquera de la gauche traditionnelle

Uralde et Alejandro Sánchez, qui a quitté la direction de l’ONG environnementale SEO/BirdLife pour le rejoindre, sont les figures de proue d’un processus d’union plus large. Le troisième pilier est le Parti vert européen, quatrième force politique du Parlement européen, qui appuie l’initiative espagnole. “Les eurodéputés verts ne peuvent pas se permettre de n’obtenir qu’un seul représentant [Raúl Romeva, du parti écolo-communiste Initiative pour la Catalogne Verts (ICV)] dans le cinquième pays de l’UE par son PIB, c’est pourquoi ils soutiennent ce processus d’union”, confie Florent Marcellesi, porte-parole de la Coordination verte, qui apporte au projet des groupes de militants disséminés dans toute l’Espagne.

Le dernier pilier de la future formation est le parti ICV, qui possède un député au Parlement espagnol, Joan Herrera, et des représentants au gouvernement régional de Catalogne et à Bruxelles, et qui est membre du Parti vert européen.

Depuis deux ans, tous ces acteurs parlent de s’unir pour de bon, de présenter une candidature commune aux élections et d’en finir avec cette anomalie qu’est l’inexistence des verts en Espagne. Dans un premier temps, ils vont créer une fondation pour fédérer tout ce monde et chercher des soutiens en vue des élections législatives de 2012 et des européennes de 2014. S’ils parviennent à se présenter aux municipales et régionales de 2011, cela pourrait avoir valeur de test. Mais les délais sont courts.

Ils n’aspirent pas à faire aussi bien que les Verts allemands, qui ont obtenu 10,7 % des voix aux législatives de 2009 (17 % à Berlin). Ils regardent plutôt du côté d’Europe Ecologie, le parti français qui a obtenu 13 eurodéputés et 16,28 % des voix aux européennes de 2009.

“L’environnement est absent du débat politique en Espagne, déplore Uralde. En Europe, 10 % des électeurs votent écolo. Et nous pensons qu’en Espagne aussi on peut atteindre ce pourcentage.”

Le parti sera de gauche, mais se démarquera de la gauche traditionnelle. Par exemple sur la fiscalité. La fiscalité écologique implique un grand nombre d’impôts indirects – sur les carburants, les déchets, l’électricité… – pour pénaliser le gaspillage des matières premières et encourager l’efficience, alors que la gauche traditionnelle a une prédilection pour les impôts directs, pour ne pas grever les ménages les plus modestes.

Les Espagnols sont-ils prêts à soutenir une option écologique ? Les signes sont contradictoires. Il n’y a pas a priori de gène “anti-environnement” dans l’ADN espagnol. Le dernier sondage Eurobaromètre sur le sujet montre que seuls 5 % des Espagnols placent la détérioration de l’environnement parmi les deux problèmes qui les touchent le plus. Loin des 24 % de la Suède, mais exactement dans la moyenne des Vingt-Sept.

Avec l’entrée en politique d’Uralde, c’est bien un pas qui sera franchi, car s’il y a déjà eu des élus verts, ils se sont toujours présentés sous l’étiquette d’autres partis. Après le référendum sur le maintien de l’Espagne dans l’OTAN, en 1986, “où l’on a vu apparaître un grand mouvement pacifiste à composante écologique, le Parti communiste espagnol a fondé Gauche unie et a absorbé ces groupes”, rappelle Ladislao Martínez, membre du mouvement écologiste depuis 1979. “Cela ne s’est pas produit en Allemagne, ce qui a permis la naissance des Grünen dans les années 1970.”

“L’écologie politique a apporté un bol d’air frais dans des démocraties qui s’ennuyaient, mais ce n’était pas le cas de l’Espagne, encore marquée par la transition démocratique [1975-1982]”, résume Angel Valencia Saíz, professeur de sciences politiques et bon connaisseur du mouvement écosocialiste.

La prochaine apparition d’un parti vert ne semble pas inquiéter outre mesure le gouvernement. Mais Uralde redoute qu’à l’approche des élections les appels au vote utile se multiplient pour décourager son électorat potentiel : “L’écologie politique, avant, c’était les phoques et les baleines. Aujourd’hui, cela concerne des domaines beaucoup plus vastes et il est légitime que nous voulions être une option politique. L’aventure est peut-être folle, mais les aventuriers que nous sommes sont sensés.”

Leader

Juan López de Uralde, 47 ans, a dirigé pendant dix ans la section espagnole de Greenpeace. Il s’est fait connaître du grand public à l’occasion du sommet de Copenhague sur le changement climatique. Le 17 décembre 2009, avec d’autres militants écologistes, il s’était introduit dans un dîner de gala, chez la reine du Danemark, en déployant une banderole destinée aux chefs d’Etat et de gouvernement présents : “Les politiques parlent ; les leaders agissent”. Uralde avait écopé, avec trois autres membres de Greenpeace, de vingt et un jours de prison.

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