Du Vert dans le Rouge : renforcer la prise en compte de l’écologie mais rester à gauche.

legrandsoir.info, Christian Delarue, le 3 août 2010

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Du Vert dans le Rouge : renforcer la prise en compte de l’écologie mais rester à gauche.

Pour des raisons de fond comme pour des raisons d’alliances politiques contre le sarkozysme en France il importe de relier l’écologie et le social. Pour ce faire, une maitrise politique et démocratique de l’économie est nécessaire au lieu de la laisser à la logique marchande (produire des marchandises) et capitaliste (faire du profit). Il n’y a pas de capitalisme vert dit Michel Husson (1) ! La question dépasse évidemment l’horizon national.

I – Avancer des positions théoriques conséquentes à gauche sur le respect de la nature.

1. QUELLE CROISSANCE ? QUELLE PRODUCTION ?

La gauche de gauche écologiste et socialiste (pas au sens de social-démocrate) pense qu’il faut sortir du dogme de la croissance infinie et de la production anarchique non pas pour tordre le bâton dans l’autre sens avec un dogme de la décroissance généralisée et du ne rien produire du tout mais en se posant des questions sur le contenu et les modalités de la production . Il y a toujours besoin de construire des écoles, des logements, des hôpitaux, et nombres de biens utiles. D’autres productions sont inutiles voire nuisibles. La production de voitures ne va pas baisser sans une politique sectorielle transitoire.

Pour avancer, il faut lier les deux questions celle du contenu et celle du mode de production : Si vous voulez construire moins de voitures, moins d’avions et plus de trains par exemple il faut, outre le changement d’imaginaire, surement changer le mode de production tellement les paramètres en jeux sont importants. On peut user de façon transitoire de certaines taxes pour interdire l’accès aux voitures mais cela ne portera que contre les moins solvables (qui sont nombreux) mais c’est un capitalisme dictatorial qui est alors en place ; clairement contre les intérêts du peuple. On s’en approche ceci dit. On peut aussi baisser beaucoup plus les tarifs de transport ferroviaire ce qui suppose une très forte réhabilitation des services publics et de la fiscalité pour les faire fonctionner. Même ainsi, cela ne résoudra pas toutes les questions.

En fait, il est fort peu probable que le mode de production capitaliste orienté vers a valeur d’échange et le profit sache aller vers cette orientation. Dépasser les régulations marginales suppose d’aller vers le socialisme et pour cela il faut mettre le politique et la démocratie au poste de commande, pas le marché et le capital même avec quelques régulations.

2. TOUS RICHES AU NORD ?

Faut-il faire ici la critique de l’empreinte écologique ou celle de son usage ? Si l’empreinte écologique est pertinente, il faut alors se garder d’une interprétation intégriste de cet outil d’analyse. En effet, à écouter certains écologistes, usant de l’empreinte écologique comme critère, la question de la répartition des richesses est mondiale et oppose le Nord surconsommateur au Sud insolvable. Pourtant disposer d’une automobile ne fait pas le riche dans le vécu ordinaire des travailleurs. Ce qui n’empêche pas qu’ une ville comme Londres a une empreinte écologique 120 fois supérieure à sa superficie . La répartition des richesses se pose aussi au Nord. Il faut continuer à défendre le bouclier social et fiscal des 3000 euros et moins par mois dans les pays comme la France. Cela n’empêche pas de vouloir une bonne répartition des revenus au plan mondial et un meilleur accès au services publics. Mieux, il y a tout lieu de penser que si l’égalité avance au Nord, la volonté de justice sociale grandira alors pour le Sud. Il faut enfin préciser aussi qu’il y a du nord au sud. Il y a dans de nombreux pays du sud une bourgeoisie compradores qui émarge à la mondialisation capitaliste et qui place ses fortunes en Suisse et dans les paradis fiscaux.

3. POUR UN DÉVELOPPEMENT SOCIALISTE SOUTENABLE

Le socialisme c’est la démocratisation de l’économie qui devient un moyen au lieu d’être une fin en soi, un fétiche au-dessus des humains. Le socialisme c’est l’encadrement du marché et des marchandises et donc de la surconsommation. Cependant, la chose est entendu le socialisme qui résout la question de la propriété des moyens de production et celle de la répartition des richesses produites ne répond pas aux enjeux de la période . Nous l’avons dit plus haut les citoyens et les travailleurs salariés doivent pouvoir intervenir politiquement et non comme consommateurs solvable pour décider des grandes orientations de la production. Quel mode de transport ? Quel type de logements ? Il faut pour cela étendre la sphère politico-démocratique contre la sphère économico-marchande. En soumettant la sphère économico-marchande à la décision collective de production et d’investissement on replace l’humain au centre de la société et d’un monde viable. Il devient alors possible de « prôner la décroissance là où c’est nécessaire et la croissance là où c’est possible et souhaitable ». Sous le capitalisme cela ressort du voeu pieux ou de la déclaration d’intention du type « changeons les mentalités ». Pour changer les mentalités il y a une industrie spécialisée dans l’incitation à la surconsommation qui se nomme publicité mais aussi télévision. Et cela se couple sur l’abrutissement au travail qui crée le besoin de divertissement. Culpabiliser les travailleurs « aliénés » est contre-productif si le système travailliste n’est pas transformé.

4. LE SOCIALISME REPOSE SUR UNE AUTRE RICHESSE : LA VALEUR D’USAGE.

La richesse ne peut et ne doit pas être considérée comme résultant de la valeur d’échange marchande résultant de la simple application de loi de l’offre et de la demande, reposant sur le désir et la solvabilité. Il est grand temps de reconsidérer la richesse en la basant aussi sur l’utilité sociale et le débat politique. En d’autres termes, il est temps de mettre fin à la suprématie de la richesse marchande sur toutes les autres richesses, dont celle productrice de valleur d’usage.

La participation de tous à la production de l’existence sociale reste un impératif moral en plus d’être une nécessité et un moyen d’intégration social. C’est un espace-temps central. D’où la nécessité de transformer le travail et d’émanciper les travailleurs en sortant du travaillisme. Cela passe par une RTT non compensée par de l’intensification du travail et sans perte de salaire pour les moins de 3000 euros par mois. Cela permettra de valoriser les activités humaines dites non économiques comme les activités associatives, les activités artistiques, les activités politiques et les activités familiales.

II – Pour un front populaire à gauche d’orientation anti-capitaliste, anti-productiviste, écosocialiste.

A gauche vraiment suppose de défendre via un nouveau front populaire le bloc social des prolétaires et même au-delà le peuple-classe français contre la classe dominante alliée à l’oligarchie mondiale. Au-delà aller vers une alliance des peuples-classe d’Europe via la transcroissance des luttes nationales et un mouvement social européen. Mais quelle gauche ? La question n’est pas épuisée. Débat à poursuivre.

5. QUELLE GAUCHE ?

Geneviève AZAM (2) d’ATTAC France écrivait il y a quelques années qu’il « reste un non-dit, un point aveugle, celui du productivisme. Ce dernier consiste à faire de l’augmentation continue de la production et des richesses matérielles un absolu, une finalité indiscutable, quels que soient le contenu de cette production et la manière de l’obtenir. Dans sa version « écologisée », il nourrit l’espoir d’une croissance « verte » avec l’utilisation de technologies propres et la croyance dans les possibilités infinies de substitution du capital naturel par du « capital humain » ou du capital technique. »

Un texte récent situé « à gauche » ne parle pas de production matérielle mais aborde franchement la question du productivisme rapporté au capitalisme (3) qui est notre mode de production présent. Il aborde aussi un aspect longtemps négligé : l’existence d’une industrie spécifique productrice du désire de consommer à savoir la publicité et les médias. En effet comment rompre aussi avec « l’imaginaire » productiviste et consumériste ? Par des refus d’augmentation de salaire pour la masse des travailleurs salariés ? Par l’injonction morale du consommer « correct » ? Ne faut-il pas plutôt rejeter les propositions droitières et ou individualistes pour aller s’attaquer aux racines du système aux fondamentaux du capitalisme productiviste.

G AZAM économiste a raison de remettre en question le paradigme de Kuznets adopté par la droite et la gauche et qui constitue la base du productivisme et de ses deux compléments le travaillisme et le consumérisme. En 1955, l’économiste Simon Kuznets suggère un lien entre la croissance économique mesurée par le revenu par habitant et les inégalités : au-delà d’un certain seuil, la croissance économique s’accompagnerait de la réduction des inégalités. Le consensus autour de cette proposition fut quasi général, même si, pour les sociaux-démocrates d’alors, ce lien ne saurait se réaliser spontanément, et nécessite l’action correctrice et redistributrice de l’État.

Si le rapport Meadows du Club de Rome en 1972 (Halte à la croissance) et le sommet de Stockholm des Nations unies en 1972 (Nous n’avons qu’une terre) n’ont pas été entendus on peut dire que les consciences ont commencé à changer doucement en 1987 avec le rapport Bruntland sur le développement durable. Mais en 20 ans la gauche et les écologistes n’ont guère trouvé de compromis. Soit les écologistes se sont noyés dans la gauche plurielle soit ils sont resté dans le radicalisme hors du champ politique classique. Maintenant certains écologistes et une certaine gauche arrive à trouver un terrain d’entente qui prend en compte l’écosystème et le rapport capital-travail.

Si nous prenons toute la dimension des transformations actuelles du capitalisme, de ses possibilités d’extension à travers notamment les industries biotechnologiques, des nouvelles formes de colonisation de la nature, du vivant et de nos représentations, ce n’est pas seulement le travail qui se trouve enchaîné à la mécanique prédatrice du capitalisme, mais l’ensemble des conditions de la vie et de sa reproduction. La profondeur et l’accélération des destructions écologiques, le sacrifice de générations entières d’exclus rendent impératives la mobilisation et la mise en œuvre de véritables projets politiques qui articulent les questions sociales et écologiques. Les morts de l’amiante, les réfugiés climatiques, les paysans spoliés par la marche forcée de l’agriculture productiviste, les victimes de la sécheresse en Afrique et de l’utilisation des pesticides aux Antilles, et tant d’autres, ne sont pas seulement les victimes de l’exploitation du travail. Ils sont les victimes d’une instrumentalisation sans limites de la nature, de sa soumission à la logique du profit et d’un imaginaire capitaliste selon lequel notre destin, en tant qu’humains, est d’augmenter sans cesse la production et la consommation.

Encore faut-il que les Verts aborde plus franchement la critique du travaillisme sans dévier vers le revenu inconditionnel ( voir 4) Pour qu’une partie de l’électorat populaire sorte du piège du « Travailler plus pour gagner plus » et de la « France qui se lève tôt » pour aller vers le « travailler moins pour travailler tous » et sans intensification du travail ni perte de salaires pour les prolétaires (3000 euros et moins par mois), il faut dire les choses franchement… et tenir ses promesses.

http://amitie-entre-les-peuples.org…

1) Un capitalisme vert est-il possible ? Michel HUSSON

http://www.contretemps.eu/archives/…

2) La gauche au défi du productivisme par Geneviève AZAM

http://www.mouvements.info/La-gauch…

2) Capitalisme productiviste : le travail et la consommation, l’émancipation et le socialisme.

http://amitie-entre-les-peuples.org… ?article1181

3) Verdir le temps de travail pour favoriser les autres temps. Mais encore.

http://www.legrandsoir.info/Verdir-…

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