L’autre écologie : l’écologie comme art de faire attention, née à la fois dans le mouvement écologiste et dans les expérimentations de pratiques alternatives

cip-idf.org, 2010

http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5220

L’autre écologie – Le Sabot, outil de liaison locale sur Rennes et ses environs

L’autre écologie

L’omniprésence de la « question » écologique ne fait maintenant plus de doute. D’une part, les données écologiques prennent une place centrale dans un « système-monde » en perpétuelle mutation et d’autre part, l’incapacité des états à établir des accords mondiaux sur les émissions de gaz à effets de serre marque un réel échec pour le capitalisme.

Cette incapacité chronique confirme qu’il n’y a rien à attendre d’une conversion verte du capitalisme, celle-ci signifiant généralement une accentuation des inégalités sociales et un écrasement de toutes expressions populaires, elle confirme également que l’écologie n’est pas l’apanage des nouveaux entrepreneurs de l’économie verte et des apprentis sorciers de la gestion écologique mondiale. Une autre idée de l’écologie persiste, une idée démocratique : l’écologie comme art de faire attention, née à la fois dans le mouvement écologiste et dans les expérimentations de pratiques alternatives, mais aussi de ceux qui dans certaines luttes s’emparent de cette question alors qu’ils sont jugés a priori incompétents dans ce domaine.

1. L’écologie au cœur des mutations du capitalisme

L’émergence depuis quarante ans de la question écologique, du dérèglement climatique ou de la destruction des écosystèmes et des espèces vivantes a mis en cause les principes du capitalisme industriel. Sous l’influence d’un renouveau dans la théorie économique, les entreprises et les états sont en train d’opérer une modification de leurs modèles productifs sur la base d’une maîtrise des milieux complexes (1) et de la biosphère. Ce renouveau de la théorie économique et cette tentative de maîtrise signifient que l’économie va désormais intégrer des éléments occultés auparavant : les interactions non-économiques ; et analyser quels bénéfices ou pertes elles provoquent sur les échanges économiques. Ainsi la prise en compte et la maîtrise des ressources naturelles rares, des ressources énergétiques, ou des ressources en eau ou en matériaux nécessaires au processus de production, et qui sont le fruit de processus naturels longs de plusieurs millions d’années, deviennent des tâches primordiales pour l’économie et cela constitue une modification fondamentale du capitalisme, celui-ci reposant jusqu’à il y a peu sur un principe de non-limitation des ressources (2).

Si cette révolution écologique est pour le moment sans grandes conséquences visibles sur la destruction des écosystèmes ou sur le réchauffement climatique, c’est que comme le dirait Yann Moulier Boutang ou comme ne cessent de le répéter les cabinets de management : les entreprises et les états n’ont pas encore pris toute la mesure de la mutation qui leur est demandée. Pour ce faire, les états doivent adopter de nouvelles réglementations qui encouragent les entreprises à intégrer la protection de l’environnement et ainsi leur faire prendre conscience que cette question n’est pas réservée aux secteurs spécialisés mais qu’elle concerne toutes les entreprises et que cela constitue un potentiel de croissance important, les premières entreprises à prendre en compte la protection de l’environnement étant celles qui connaîtront la croissance la plus forte et bénéficieront des avantages des nouvelles réglementations en la matière.

La crise actuelle montre que le modèle de développement du capitalisme industriel demeure la référence et ne se laisse pas détrôner aussi facilement par les nouveaux principes de l’économie verte et du capitalisme cognitif. Ceux qui font l’économie n’intègrent pas suffisamment les nouvelles interactions économiques (les externalités), les entreprises hésitent à intégrer les nouvelles données comme la protection de l’environnement, les coûts sociaux… Ou pour le dire autrement, le capitalisme n’exploite pas assez les opportunités qui lui sont offertes par la crise environnementale et la nouvelle économie verte qui en découle. Il faut qu’il soit mis en difficulté, en crise, pour qu’il accélère les transformations engagées. La crise de l’économie révèle ainsi que le capitalisme se confronte à une difficulté mais que cette difficulté va sans doute accélérer ses mutations.

Par conséquent, l’économie, face à ce qu’elle considère être un obstacle, ne fait que tenter de trouver une parade. Dans le meilleur des cas, elle peut établir un recensement et une gestion comptable des externalités. Mais ce dont elle est incapable c’est d’une attention. Parce que comme nous le dit Isabelle Stengers, ce n’est pas dans la nature du capitalisme d’être attentif, sa nature est « d’exploiter les opportunités, il ne peut faire autrement. La logique de fonctionnement capitaliste ne peut faire autrement que d’identifier l’intrusion de Gaïa (3) avec l’apparition d’un nouveau champ d’opportunités » (4).

Les économistes et responsables politiques considèrent que le réchauffement climatique ne remet pas en cause les fondements économiques du capitalisme, ils considèrent que la science et les innovations techniques permettront de surmonter ce qui, à leurs yeux, se résume à un défi technique et à une redéfinition de la gestion. Si l’irruption de l’élément environnemental ne bouleverse pas les lois économiques c’est parce que du point de vue des partisans du capitalisme vert (5), ces lois transcendent les nécessités écologiques. Et c’est un surcroît de maîtrise ( « la maîtrise des milieux complexes » selon Moulier Boutang), un recensement toujours plus étendu des risques qui permettent cette transcendance. Cette idée ne fait pas rupture avec la promesse du progrès qui a mû le capitalisme industriel où l’humanité pouvait se libérer de toutes lois s’élevant au dessus des réalisations humaines ( lois divines, lois de la nature) et où la conquête de la nature était rendue possible par le travail humain. L’économie entend ainsi substituer aux « lois de la nature » ses propres lois.

2. « Écologie et politique de l’émancipation

a. Les nouveaux enjeux du mouvement écologiste, entre nouvelle gouvernance et démocratie

Dans un futur proche, le capitalisme ne parviendra pas à enrayer de manière suffisante le réchauffement climatique pour éviter un certains nombre de catastrophes. Les états modernes, malgré les mesures prises sur leurs territoires respectifs pour limiter l’émission de gaz à effets de serre, sont dans l’incapacité de mettre en œuvre une gouvernance mondiale en matière de climat. Cette incapacité à faire prendre rapidement un virage au capitalisme va engendrer des catastrophes à répétition et une instabilité économique et sociale croissante, une reprise de la croissance mondiale étant subordonnée pour beaucoup à la conversion du capitalisme à la protection de l’environnement. Devant ces conséquences, les régimes politiques vont avoir recours de façon de plus en plus systématique à un état d’urgence où la ségrégation est la règle. On a pu voir cela dans les pays de l’Est après l’explosion du réacteur de Tchernobyl. Récemment, on a pu assister à cela dans un pays développé et « démocratique », les États-unis lors du passage de l’ouragan Katrina sur la Nouvelle-Orléans. On peut voir également que la ségrégation urbaine mise en place dans plusieurs endroits du monde, utilise l’argument écologique pour s’imposer aux populations : au Brésil a été dressée ce que les autorités ont appelé « une barrière écologique » servant à protéger la forêt primaire et qui est en réalité un moyen de couper les favelas de Rio des autres quartiers de la ville pour les protéger de la violence liée aux gangs et au narco-trafic (6).

Mais cette intrusion du réchauffement climatique dans l’économie et la gouvernance, et l’incapacité de celle-ci à répondre au problème marque un retour depuis une dizaine d’années des luttes écologistes. Ce retour intervient à un moment où une partie du mouvement écologiste, après une longue phase d’institutionnalisation, rencontre ses principales limites avec l’échec des différents sommets sur l’environnement (Grenelle, Copenhague), malgré une certaine réussite électorale de ses formations politiques, à l’échelle nationale et européenne.

Dans ce contexte favorable à un renouveau des luttes écologistes, cela pourrait bien signifier que la préoccupation écologiste fasse retour dans les formes spécifiques de la politique. En tant que la politique se définie comme un conflit entre ceux qui affirment leur capacité à agir et à décider à partir d’une égalité reconnue et les institutions étatico-économique et ceux qui les représentent, et que par conséquent il n’y a de politique que démocratique ; ces dernières années on a pu assister à un retour de la question démocratique, dans son sens radical, dans les milieux de l’écologie politique et à un rapprochement entre l’exigence démocratique et le motif écologiste. Mais ce rapprochement reste pour le moment partiel et une large partie du mouvement écologiste demeure en attente de mesures de l’État pour s’opposer aux logiques du développement capitaliste, présupposant que l’État pourrait réguler une économie ne connaissant plus de limites, alors que celui-ci n’en a aucunement les moyens et ne bénéficie d’aucune indépendance mais doit au contraire offrir les conditions au développement économique.

En opérant cette séparation de l’économique et du politique, on opère du même coup une disjonction entre le motif écologique et le motif démocratique et on entérine également une défiance dans la capacité des luttes, capacité d’une irruption démocratique, populaire à s’emparer de ces questions. Le message diffusé est clair : « une chose aussi sérieuse que l’avenir de la planète ne peut être laissée entre les mains des populations et doit rester l’affaire des experts, scientifiques et responsables politiques ». Le point de vue de l’écologie institutionnelle constitue alors une déclinaison de ce que Jacques Rancière a qualifié de « haine de la démocratie »(7), il affirme que ce sont les excès de l’homme démocratique -le caractère irresponsable et égoïste des individus consommateurs- qui sont responsables des dérèglements climatiques et autres catastrophes.

b. Quelles conceptions de l’écologie pour une politique d’émancipation ?

La question posée aux mouvements d’émancipation n’est donc pas de savoir s’il faut ou non remettre en cause le terme d’écologie ou l’écologie en tant que telle, mais bien de savoir quelle voie nous allons lui faire prendre : la voie des luttes, la voie démocratique ou la voie d’une nouvelle gouvernance mondiale. Poser une telle alternative nécessite que l’on reconnaisse déjà que la réalité de la crise écologique se pose tout autant au capitalisme ayant atteint ses limites écologiques qu’à ceux qui veulent mettre en œuvre une politique d’émancipation. Cela nécessite aussi de voir que l’écologie peut être un point de faiblesse dans une économie-monde en mutation, parce qu’elle va être un outil de transition indispensable. Rien ne garantit alors que ce point de faiblesse ne devienne un point de force et que les luttes écologistes ne soient exploitées pour leur puissance d’innovation à cette fin (8). Mais il en va de même pour toute lutte qui se fixe pour but de renverser le capitalisme, c’est le pari qu’à proximité d’une transformation du capitalisme, une transformation révolutionnaire ou du moins émancipatrice n’est jamais loin.

L’enjeu sera alors pour les mouvements d’émancipation de ne jamais séparer le motif écologique du motif démocratique. On pourrait donner une définition minimale de ce que serait une écologie démocratique à partir de ceux qui se font porteurs d’une telle idée dans les luttes ou par leurs écrits. Dans Au temps des catastrophes , Isabelle Stengers propose d’envisager l’écologie comme l’art de faire attention, exigence de prendre en compte et d’apprendre à composer avec ce qu’elle appelle Gaïa. Idée tout à fait hétérogène à la logique du capitalisme, qui à travers la figure de l’entrepreneur exigeant la liberté de tout pouvoir transformer en occasion (9) sans se soucier des conséquences. Ainsi l’écologie est une politique de l’attention à l’égard de ce que provoque et induit l’activité humaine sur les écosystèmes et les espèces vivantes. Mais pas seulement, Félix Guattari dans ces Trois Écologies attire l’attention sur la concordance des processus de dégradation de l’environnement, des subjectivités et des rapports sociaux, et propose que le champ d’action de l’écologie se décline à partir des ces trois écologies (10).

L’idée d’une nécessaire attention au monde et à ces différentes dimensions que sont Gaïa, le sensible et le social, favorise, dans une certaine mesure, le retour d’une autre idée de la politique. Ce que met à jour l’écologie de manière encore plus criante, c’est qu’il existe un monde dont on ne peut s’extraire et que personne ne peut prétendre être à l’abri des conséquences qui découlent de la destruction écologique, éthique et sociale. (Même si l’idée d’un monde unique et d’une catastrophe permanente et globale peuvent créer un sentiment de dépossession et d’impuissance face à l’ampleur de la catastrophe.) Cette idée met en difficulté le sentiment d’extériorité au monde qui laisse une large part aux responsables politiques dans la possibilité de confiscation de l’espace public et des décisions qui l’affectent.

Un autre penseur de l’écologie politique André Gorz envisage l’écologie et sa genèse en deux temps. Elle prend naissance dans la défense spontanée de ce qu’il appelle le « monde vécu » (11) et dont il voit les premières expressions en Amérique du Nord dans l’opposition aux « méga-technologies ». Dans un second temps, le mouvement écologiste prend une dimension politique lorsque ce qu’il a dévoilé coïncide avec les conclusions de plusieurs scientifiques sur les limites de la production industrielle, c’est ainsi qu’il revêt un caractère universel : « L’écologisme pouvait donc devenir un mouvement politique puisque la défense du monde vécu n’était pas simplement une aspiration sectorielle et locale sans portée générale, mais se révélait conforme à l’intérêt général de l’humanité et du monde vivant dans son ensemble » (12).

On peut situer en France la naissance du mouvement écologiste dans des luttes emblématiques comme celle de l’opposition à l’installation du camp militaire sur le plateau du Larzac ou encore dans les oppositions au programme de développement de l’industrie électro-nucléaire, dont la lutte de Plogoff marque l’apogée et où de nombreux militants des quatre coins de l’hexagone et de toutes les tendances de la gauche anti-stalinienne se sont retrouvés. Comment comprendre ces luttes si on les identifie à la défense d’un hypothétique rapport intuitif au monde ou à l’expression d’une expérience communautaire ? Il s’agit plutôt d’un processus d’ouverture à l’altérité, de constitution d’un sujet politique antagoniste au capitalisme où la légitimité de la parole n’est pas liée à l’appartenance. C’est ici le geste militant, la création d’un espace politique qui donne un monde commun à vivre et qui justifie a posteriori sa propre défense, et non la simple appartenance ou un hypothétique rapport intuitif au monde qui produirait un « monde vécu », une communauté préexistante à toute volonté politique et qu’il faudrait préserver (13). C’est l’événement qui crée la communauté. D’ailleurs il est intéressant de noter que pour Gorz l’écologie politique ne se définit pas à partir d’une idée communautaire de la politique : où les manières d’êtres et les formes de vies fonderaient le commun. Pour lui, l’écologie a pris une dimension politique lorsque le mouvement écologiste a participé à construire une vérité collective, construite également par une parole scientifique (14).

L’idée première de défense d’un monde vécu pour caractériser l’écologie est donc une idée apolitique de l’écologie. A la différence de Gorz qui différencie une phase pré-politique du mouvement écologiste d’une phase politique, il nous faut au contraire en affirmer une idée d’emblée politique. Et pour ce faire, on peut s’appuyer sur la « tradition » d’opposition aux « méga-technologies », sur ces luttes écologistes qui, de part les moyens mis en œuvre et les motifs avancés, ont d’emblée défendu une idée politique, c’est à dire démocratique, de ce qu’allait devenir l’écologie. Ainsi l’écologie n’est pas la simple défense de la nature ou des espèces en voie d’extinction, elle se définit nécessairement en négatif des principes du capitalisme comme art de faire attention, là où le capitalisme ne fait qu’appliquer une gestion comptable des externalités.

Dans un petit livre intitulé Non au Capitalisme vert (15), Paul Ariès, rédacteur en chef du journal la Décroissance, propose de replacer l’écologie « au cœur des luttes ». On peut saluer dans ce livre la démarche qui consiste à dresser des ponts entre les motifs syndicaux (hausse du pouvoir d’achat, maintien des emplois, luttes contre les licenciements…) et les motifs écologiques ( remise en cause du modèle de développement, réduction des émissions de gaz à effets de serre… ) qui se trouvent presque toujours disjoints. Le mouvement écologiste voyant dans les revendications des salariés une attirance aveugle pour les sirènes du productivisme et les syndicats prenant la question écologique comme une question de deuxième ordre n’intervenant pas directement dans les conditions de vie et de travail des salariés. En revanche, certaines propositions posent problème, comme celle affirmant que l’État doit compenser les pertes d’emplois dans l’industrie par des créations d’emplois dans les secteurs écologiques, dans les énergies renouvelables par exemple. (Cette idée commence à faire son chemin, avec quelques nuances, dans les rangs de la gauche avec la mise en avant de revendication telle que la création d’emplois « écologiquement soutenables » dans les services publics.) Ce que cette proposition dit de façon implicite, c’est que les écologistes doivent appuyer, quel qu’en soient les modalités et de manière opportuniste, le démantèlement de l’industrie pour promouvoir le développement d’emplois écologiques. À travers ce démantèlement ce qui apparaît c’est encore une fois l’application des lois d’airain du capitalisme, le mouvement naturel de l’histoire à l’œuvre. Mais ce mouvement de l’histoire peut être contrarié et la production peut être réappropriée et redéfinie par ceux-là mêmes qui la font, comme ce fût le cas à l’usine Philips de Dreux où le passage sous « contrôle ouvrier » a permis d’envisager une reconversion de l’usine dans une fonction de recyclage. Ainsi, l’exigence écologique de redéfinition de la production ne s’oppose pas aux revendications salariales, aux refus des licenciements et à l’amélioration des conditions de travail. Car ce sont dans les luttes et dans les expériences de réappropriations de l’outil de travail qu’une redéfinition écologique des finalités productives peut être envisagée sérieusement de manière démocratique sans la mainmise du pouvoir économique.

On pourra alors se demander également si dans les temps à venir une des tâches qui nous incombera ne sera pas d’articuler les luttes pour le maintien de l’emploi, pour les salaires et les conditions de travail avec les luttes contre le développement des grandes infrastructures urbaines, industrielles ou de transport (l’opposition au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes par exemple) qui s’appuient le plus souvent sur l’argument des créations d’emplois pour se faire accepter ou plus largement avec des luttes qui tentent d’imposer une baisse des émissions de gaz à effets de serre et un changement de modèle de production. Et donc de refuser le chantage aux créations d’emplois, au moment même où est mis en avant la reconversion du modèle productif au profit de secteurs plus écologiques. Cette articulation viendra de ceux qui auront réussi à constituer des liens entre des catégories aussi hétérogènes que ceux des salariés qui s’opposent aux restructurations capitalistes, des chômeurs qui remettent en cause ici et maintenant leur subordination à l’économie et des écologistes qui contestent la faiblesse des décisions prises pour la question climatique ou de ceux qui expérimentent des pratiques alternatives en matière d’énergie, d’habitat, de production agricole ou industrielle.

1) Les milieux complexes sont, nous dit Moulier Boutang, des milieux naturels, des biosystèmes qui fournissent des ressources renouvelables tant qu’un certain équilibre est maintenu. Dès lors qu’ils sont dégradés, leurs ressources se raréfient il est impossible qu’ils produisent à nouveau des ressources renouvelables.

2) Cette analyse est plus amplement développée par Yann Moulier Boutang dans : Le Capitalisme Cognitif, La Nouvelle Grande Transformation, éditions Amsterdam, Paris, 2007, chapitre 1.

3) Pour un développement sur le choix de cette dénomination pour qualifier l’intrusion de la question écologique : Isabelle Stengers, Au temps des catastrophe. Résister à la barbarie qui vient, La Découverte, Paris, 2009, et l’entretien avec I. Stengers dans ce numéro.

4) I. Stengers, Au temps des catastrophe. Résister à la barbarie qui vient, La Découverte, Paris, 2009, p.65.

5) Il ne faut pas s’y tromper « le capitalisme vert » n’est pas qu’une creuse formule marketing visant à faire accepter aux citoyens le règne absolu de l’économie en temps de crise écologique, les mutations du capitalisme sont bien réelles même si elles restent pour le moment relativement contenues. L’émergence de nouvelles formes de travail, l’importance de la production de connaissance dans le processus de valorisation capitaliste, l’intégration de nouvelles données économiques comme la protection de l’environnement sont des tendances lourdes du capitalisme, mais elles sont également au cœur d’un conflit entre les franges modernisatrices du capital et les franges conservatrices qui ne veulent pas abandonner les principes du capitalisme industriel. Certains comme Moulier Boutang préconise d’accompagner les mutations du capitalisme, de soutenir ces franges modernisatrices pour sauver la planète. On peut au contraire estimé que même s’il y a conflit interne au capitalisme, l’écologie doit être une politique anti-capitaliste et qu’il n’y a pas de ce point de vue à séparer capitalisme cognitif et capitalisme industriel mais plutôt à tenter de s’opposer à la domination économique dans son ensemble.

6) Les murs ou la marque visible de l’exclusion : construction de barrières de sécurité dans les villes de Rio de Janeiro et de Buenos Aires. Jean-Sébastien Blanc La Chronique des Amériques N°07. Canada, Novembre 2009.

7) Jacques Rancière, La haine de la démocratie, La Fabrique éditions, 2005.

8) Même s’il nous est difficile d’imaginer aujourd’hui que le capitalisme intègre réellement la question écologique, il est risqué de faire reposer une politique sur le pari qu’il n’y parviendra pas. Depuis toujours le capitalisme survie à ses crises économiques ou politiques grâce à sa formidable puissance d’adaptation, et ce sont ces adaptations qui lui permettent de ne pas subsister à l’identique, d’évoluer, de s’étendre, de trouver de nouvelles opportunités et de nouvelles sources d’accumulation. Il va être contraint d’ intégrer les problématiques écologiques mais il trouvera également moyen d’en tirer profit. En tout état de cause, la récupération ne peut pas être un prétexte pour disqualifier le mouvement écologiste, elle est le propre du capitalisme, et non celui des luttes ou de l’écologie. 9) Au temps des catastrophes, p81.

10) On se reportera au texte : Faut-il rompre avec l’écologie ? Le point de vue de la pieuvre, dans ce même numéro du Sabot.

11) André Gorz, Ecologica, Editions Gallilée, Paris, 2008, p.48-49.

12) A. Gorz, Ecologica, p.54.

13) On objectera que les luttes des communautés primitives pour la sauvegarde de leur mode de vie et de leur espace vital s’appuient bien sur la défense d’un monde vécu. Mais la défense d’un mode de vie ou d’une identité ne suffit à construire une communauté politique. C’est lorsque ces luttes prennent pour argument la mise en péril d’un équilibre écologique et la destruction d’un écosystème ou lorsqu’elles sont rejointes par d’autres mouvements ou franges de la population qu’elles se politisent et donnent lieu à une communauté de lutte qui porte attention à son extériorité et non exclusivement à ceux et celles qui la composent.

14) En effet pour Gorz c’est lorsqu’une parole scientifique est venue en quelque sorte valider les motifs de la lutte que l’écologie a pris une dimension politique, la parole scientifique et la parole militante venant construire une nouvelle vérité collective. On peut supposer que c’est véritablement de la rencontre de ces deux paroles qu’est née l’écologie. Ce qui ne veut pas dire que le mouvement écologiste à besoin d’user de l’autorité scientifique pour faire valoir ses idées mais qu’elle a pu faire et continue à faire, à profit, un usage militant de paroles scientifiques tout en tentant de conserver son indépendance vis-à-vis du pouvoir scientifique.

15) Editions Parangon

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