Décroissance ou développement durable ? – Pour le bonheur national brut !

actualites.ca.msn.com, Éric Darier, Directeur de Greenpeace au Québec, le 2 juillet 2010

Décroissance ou développement durable ?

Pour le bonheur national brut !

Les symptômes de la crise économique actuelle (forte fluctuation de la bourse et des devises, instabilité des prix des matières premières, montée du chômage, déficits publics, actifs toxiques dans les institutions bancaires, endettement accrus des ménages, etc.) révèlent un malaise plus profond.

Même la relative reprise économique dans certains endroits comme au Québec ne doit pas être interprétée comme étant la fin de la crise pour autant. Derrière l’instabilité économique se cache une crise bien plus grave qui risque de faire empirer à terme… l’économie. Je veux parler notamment de l’effondrement de la biodiversité et des changements climatiques aux conséquences extrêmes et imprévisibles. Bref, on parle ici d’une crise écologique planétaire qui rend la survie de l’humanité plus incertaine. Vue de cette perspective, la crise économique n’est que le symptôme… de la crise écologique.

Croissance perverse

L’orthodoxie de la croissance illimitée se base un mode de calculs pervers. Par exemple, un accident sur la route va générer des dépenses en services d’urgence, en soin de santé, en réparation, etc. Toutes ces dépenses seront comptabilisées dans les indicateurs d’activités économiques additionnelles et positives alors qu’on devrait les comptabiliser comme une activité… négative.

Même chose, lorsqu’on coupe une forêt intacte, l’économie conventionnelle comptabilisera la vente du bois et les coûts d’extraction comme un plus dans l’activité économique. Nulle part ne sera comptabilisée la perte nette des services écologiques que nous fournissait gratuitement, et jusqu’alors, cette forêt intacte comme la filtration de l’eau et de l’air, la capture du CO2, un milieu de vie pour de nombreuses espèces, un paysage, etc.

Bref, l’orthodoxie de la croissance illimitée dans un contexte de finitude écologique n’est pas durable. Voilà la source fondamentale de la crise actuelle. Ne pas vouloir le reconnaître et faire comme si elle n’existait pas ne fera que retarder et rendre encore plus difficile notre adaptation collective à cette nouvelle réalité.

Le pire est que nous connaissons ce problème depuis longtemps. Déjà dans les années 1970, un groupe d’experts (le Club de Rome) avait, en vain, tiré la sonnette d’alarme dans leur livre sur les limites à la croissance : Halte à la croissance. Aurait-on perdu une génération à la course à la croissance illimitée?

Décroissance ou développement durable ?

Le concept de « développement durable », adopté en 1992 lors du Sommet de la Terre à Rio, représentait, à l’époque, une prise de conscience internationale sur les limites de la croissance illimitée sur une planète aux ressources, elles limitées. Le problème est que le terme de « développement durable » qui signifie un développement des activités humaines qui soit écologiquement et socialement durable, s’est retrouvé perverti avec le temps par les partisans de la croissance illimitée. En effet, pour ces derniers, l’expression « développement durable » signifie pour eux que la croissance (développement!) est durable, c’est-à-dire illimitée!

C’est pour cela que bon nombre d’écologistes actuels sont de plus en plus critiques par rapport au concept de « développement durable » et à juste titre!

Il existe actuellement un foisonnement de critiques notamment regroupé autour de la « décroissance » qui reprend, en gros, les prémisses de l’analyse du Club de Rome. L’avantage du terme « décroissance » a un effet-choc et attire l’attention. Cependant, il s’agit d’un terme négatif et pas très porteur d’un projet pour l’avenir! C’est pour cela qu’on y ajoute des termes comme « conviviaux » (exemple : « Mouvement québécois pour une décroissance conviviale »), ou qu’on parle de « prospérité sans croissance » comme le fait le professeur Tim Jackson dans son livre qui porte d’ailleurs ce titre.

L’hyperconsommation ne fait pas le bonheur…

La crise écologique actuelle doit nous faire réfléchir sur les objectifs et la finalité de la croissance économique illimitée basée sur une croissance de la consommation sans fin (l’hyperconsommation).

L’économie ne devrait être qu’un moyen pour satisfaire les besoins essentiels humains comme manger, boire, se loger, se vêtir, s’éduquer, et pouvoir avoir un style de vie sain pour demeurer en santé. La qualité de vie (le bonheur) dépend plus de nos relations avec les autres et vis versa que de notre pouvoir d’achat ou d’endettement. Bref, on peut être parfaitement heureux et content de sa vie sans devenir l’esclave de l’hyperconsommation.

Dans ce contexte, la simplicité volontaire est une des réponses que certains peuvent adopter à leur propre vie. Cependant, ne serait-il pas temps que, comme société et choix de société, nous adoptions de nouvelles valeurs qui permettent aussi d’éviter la crise écologique? Un petit pays, le Bhoutan nous montre peut-être le chemin. En effet, cet état à adopté le BNP (bonheur national brut) pour remplacer justement le fameux PNB (produit national brut) qui est un cul-de-sac d’un point de vue écologique.

Bien sûr, la transition vers une telle nouvelle économie verte présume aussi une forte réduction des inégalités dans le monde. Sinon, comment pourra-t-on avoir une chance de convaincre les Chinois et les Indiens, qui viennent à peine d’entrer dans une culture de consommation (copiée des pays riches), que l’hyperconsommation n’est ni écologiquement durable et ni une garantie de bonheur.

Le bonheur est probablement plus dans le pré… que dans le supermarché!

Pour en savoir plus :

À la défense de la planète Terre. Le Soleil

Réseau québécois pour la simplicité volontaire

Mouvement Québécois pour une Décroissance Conviviale

Manifeste pour la Terre et l’humanisme : pour une insurrection des consciences de Pierre Rabhi.

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