Nice – Agriculture : La population brandit des paniers vides pour signifier qu’elle soutien les agriculteurs

developpementdurablelejournal.com, Gérard Pla, le 8 juin 2010

Agriculture : La population brandit des paniers vides

La population brandit des paniers vides pour signifier qu’elle soutien les agriculteurs. Ici la demande en produits locaux est loin d’être satisfaite

Plantation de légumes sur le béton de la place Garibaldi, panier vides brandis par des habitants des Alpes Maritimes, cagettes vides déposées par les agriculteurs, chefs cuisiniers préparant des mets à partir des produits locaux, tous défendent l’agriculture de proximité et la condition de son existence : la préservation des terres fertiles.

Inédite, la journée d’action pour la défense des terres fertiles qui a eu lieu à Nice ce dimanche 6 juin. Inédite parce que convergente. Sur la place Garibaldi se retrouvent une cinquantaine d’agriculteurs du département, des jeunes candidats à l’installation, plusieurs centaines de citoyens, et des chef cuisiniers. Tous sont là pour dire, « on a besoin de vous, vous avez besoin de nous » Et chacun le démontre.

Plantation symbolique sur le béton

Les symboles seront forts en cette journée. Le premier illustre parfaitement le problème de ce département :le bétonnage des terres fertiles et la spéculation foncière. Venant de tous les coins du département, des agriculteurs ont apporté avec eux des sacs de terre. Ils les étalent tour à tour sur un petit périmètre de la place. Et ils y plantent salades poivrons, oignons, tomates, blés, bref une partie de ce qui vient sans difficulté sur ce coin béni de la nature…. à condition d’avoir accès à la terre. Or cette denrée devient de plus en plus rare et de plus en plus chère. Résultat : 10 000 Agriculteurs en 1970, et seulement un peu plus de 600 aujourd’hui. Etienne Hengy fait du maraîchage bio dans la plaine du Var (Saint Blaise) depuis 30 ans. Pour lui les outils pour préserver les terres existent, mais ce qui fait défaut c’est la volonté politique. Et de citer des terres agricoles qui ont été remblayées dans la Plaine du Var pour ensuite changer d’activité, (devenir industrielles par exemple) au vu et au sus des élus et des autorités. « Comment les élus peuvent-ils revendiquer cette appartenance à un paysage qui a été façonné par les agriculteurs et puis ne rien mettre en œuvre pour préserver cette agriculture. Elle a une vocation à occuper largement l’espace. Partout où elle est présente, elle règle le problème des incendies, réduit le risque inondation, structure le paysage. Qui voudrait venir vivre dans les Alpes Maritimes s’il n’y avait pas un paysage agricole »

Panier vides, cagettes vides

« Il faut considérer l’agriculture comme une activité fondamentale » Responsable de la confédération paysanne 06 et oléiculteur-maraîcher à la Trinité, Henri Derepas est l’un des organisateurs (1) de cette journée. Il considère que l’intervention et l’implication conjointe des citoyens et des agriculteurs est fondamentale. Et cela s’est traduit par des centaines de personnes qui brandissaient des paniers vides. A côté d’eux, des cagettes vides empilées. « cela met en évidence dit Henri Derepas, la forte demande de la population locale de s’alimenter sainement avec des produits de proximité et la difficulté aujourd’hui pour les agriculteurs de pouvoir abonder et répondre » Pourtant les candidats à l’installation sont légions. Ainsi, Anne et Rémy, un jeune couple qui souhaite s’installer à la Brigue, dans le Haut Pays, pour y faire des petits fruits.

Aujourd’hui, ils rencontrent la population en présentant leur projet. Formés et disposés à travailler, il leur manque de l’argent pour acheter l’hectare de terrasses et la vieille bâtisse à rénover. Alors il se sont tournés vers Terre de Lien,(2), l’association qui sort des terres de la spéculation pour les laisser à l’agriculture. Anne et Rémi expliquent à la fois leur projet et comment en achetant des actions à Terre de Lien, la population peut intervenir. « je sens qu’il se passe quelque chose » dit Pierre Fabre administrateur de Terres de liens « Une journée comme celle là sert à sensibiliser. La problématique est à la porte des gens, mais tous ne le ressentent pas car les supermarchés sont pleins de produits. Mais comme le dit Pierre Rahbi dans le film de Coline Serreau , Solutions locales pour désordre global, bientôt quand on se mettra à table on se dira bonne chance et pas bon appétit » Manger, enfin plutôt déguster de rapides compositions de fruits et légumes voilà ce que proposaient une association de chefs cuisiniers « Les Toques Brûlées »

« Leurs valeurs sont nos valeurs, leurs produits sont nos produits. Il n’y a pas de bonne cuisine sans bon produits. Ces agriculteurs, ce sont nos fournisseurs. Avec des bons produits on peut faire de la mauvaise cuisine, avec de mauvais produits on ne peut pas faire de la bonne cuisine » David Faure est responsable de cette association de chefs qui est venue dire la nécessité de développer cette agriculture là. Depuis le matin ils sont une dizaine à composer des assiettes « free style » à base de produits locaux. Évidemment immense succès et discussions vantant saveurs, parfums des fruits et légumes et imagination des chefs. L’après-midi, au cours des débats où les élus du département étaient tous invités, on a noté leur absence.

Des associations de défense de terres fertiles n’ont pas manqué de faire remarquer les responsabilités des élus : réduction de 50 hectares de terres agricoles à Mougins dans l’établissement du futur Plan Local d’urbanisme (PLU), dépenses inconsidérées à Levens (rond point à 1 million d’euros) et bétonnage de terres fertiles. Le grand dossier de l’aménagement de la Plaine du Var « une catastrophe agricole et écologique » selon des intervenants, a lui aussi été évoqué. Et comme pour signifier une fin de non recevoir à la problématique de cette journée, Christian Estrosi, ministre de l’industrie, maire de Nice et Président de la Communauté Urbaine a, dans un communiqué, parlé de « souiller la place Garibaldi » par la terre déversée. « Évidemment le béton sur les terres ne souille pas. » faisait remarquer, narquois, un agriculteur. 

1 ADEAR 06, la Confédération Paysanne, Artisans du monde, Attac, Alliance Provence, Les AMAP du 06, Le Pecos, Shahmaran, Colibris et Monte Cala Vai

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