Crise écologique, énergétique et crise de civilisation sont étroitement liées

La MNE développe depuis juillet 2007 un projet de « mobilisation des associations environnementales d’Aquitaine ». Nous avons travaillé sur l’analyse qui guide ce projet. Il s’agit d’une position à un moment donné. Elle a vocation à être mise en débat et à évoluer dans le cadre d’une « démocratie participative écologique » à inventer.

La crise écologique : conséquences prévisibles et enjeu

Si l’on prolonge la courbe d’évolution de la température annuelle moyenne en France, nous arrivons d’ici 2100 à une augmentation d’environ 5°. Cinq degrés, en moins cette fois ci, c’est la température qui nous sépare de la dernière glaciation il y a 20 000 ans (un niveau des mers inférieur de 100 m, une agriculture impossible du fait des sols gelés, une population « française » de quelques dizaines de milliers de chasseurs de rennes…).

Les indicateurs environnementaux (réchauffement climatique, biodiversité, pollutions, ressources naturelles non renouvelables…) passent les uns après les autres au rouge. Au delà des conséquences environnementales, sociales et économiques prévisibles (catastrophes climatiques, réduction de la production agricole, pénurie d’eau potable, élévation du niveau des mers, afflux de réfugiés climatiques….) nous savons que les effets cumulés de changements continus dans l’environnement peuvent atteindre des seuils qui se traduisent par des changements brutaux et irréversibles.

Cette idée de point de basculement ne s’applique pas seulement au changement climatique, mais aussi au phénomène de désertification, de baisse des nappes phréatiques, d’effondrement d’écosystèmes… La poursuite des trajectoires actuelles conduit inéluctablement à ces points de rupture. La destruction systématique des ressources naturelles de la Terre atteint un point où la viabilité des économies est en danger, et où la facture que nous laisserons à nos enfants pourrait être impossible à régler. La crise écologique s’articule aux crises énergétiques et de civilisation. Elles ne peuvent être dissociées.

Depuis une trentaine d’années, les initiatives françaises en matière d’environnement et de « développement durable » montrent que dans ce domaine, la mise en place d’une politique intégrée reste inaboutie. Les décalages sont flagrants entre les intentions affichées et l’empirisme fluctuant de décisions qui sont souvent hexagonales, provenant de « recyclage de l’ancien », se souciant davantage de rattrapage que de prévention, privilégiant l’annonce à la constance ou s’égarant dans les compromis pour ne pas bouleverser les comportements ou désorganiser les bases électorales.

L’enjeu est politique. On peut avoir tendance à l’oublier en considérant que ce sont plutôt les modes de production et de consommation qui sont au cœur de la problématique de l’environnement et du développement. Ceux-ci ne sont pourtant que l’expression d’orientations entretenues dans des politiques suivies à travers des générations, de même que toute inflexion dans ces orientations ne peut venir que d’autres choix politiques sur le long terme. Le politique ne se réduit pas à l’action de l’Etat et des collectivités territoriales, mais on peut considérer celle-ci comme une expression des choix sociétaux validés par la grande majorité des citoyens à chaque élection. Il serait trop facile de faire des élus et entreprises les seuls responsables, nous le sommes tous.

Pour relativiser ce constat apocalyptique, il faut rappeler qu’une bonne prophétie, c’est précisément celle qui suscite les réactions évitant ainsi la catastrophe qu’elle prédit. C’est bien là notre démarche. L’avenir de l’espèce humaine dépend des choix politiques qui seront effectués. C’est par une mutation des politiques publiques, la redéfinition des critères de décisions collectives, des rôles et responsabilités nouvelles de chaque acteur du corps social, que nous pourrons aboutir à l’indispensable et profonde transformation sociale.

La politique doit réellement devenir la dimension stratégique d’un développement écologique avec tout ce que cela signifie en terme d’autorité, d’arbitrage, de débat, de compromis, de décisions instituantes, de législation, de production de normes, de relation entre le central et le local, de jeu des acteurs étatiques et non étatiques, de démagogie et de rapport de force nationaux et internationaux.

Il nous semble que pour avancer trois acteurs clés doivent apprendre à travailler ensemble pour construire ce que l’on pourrait appeler une « démocratie participative écologique » : les pouvoirs publics, les entreprises et les citoyens.

Un modèle démocratique à bout de souffle

Alors que les indicateurs décrivent une situation chaque jour plus alarmante, le débat de société piétine. Le mouvement social qui imposerait la prise en compte de celle-ci dans les enjeux électoraux n’est pas organisé. Aucun parti ne semble avoir mesuré les enjeux de cette crise écologique.

Les décideurs politiques sont tétanisés face à ce qui est un « projet de civilisation » à réinventer, une révolution à mener. Nous sommes face à une mutation de société dont les conséquences seront, au moins, du même ordre que la révolution industrielle ou la mondialisation. Plus nous attendons, plus la transition sera douloureuse. A l’évidence c’est d’un déficit politique – au sens d’une interrogation sur les modalités de décision collective – que souffre la problématique du « développement durable ».

Ces décideurs ont tendance à n’agir que dans une vision privilégiant le court terme, avec des objectifs qui visent pour l’essentiel à la poursuite de la croissance économique. Quand il faut arbitrer budgétairement, entre les conséquences catastrophiques à moyen/long terme de la crise écologique et le court terme des échéances électorales auquel s’ajoute les pressions des lobbies économiques, les choix sont vite faits.

Le modèle démocratique actuel qui repose sur un mandat que confie le citoyen à un élu pour le représenter pendant une période déterminée, avec éventuelle reconduction à son terme, montre ses limites. Le citoyen doit rester présent et participer activement aux débats publics et aux choix de société.

Une société a les élus qu’elle mérite. Les pouvoirs publics ne mettront en œuvre des politiques « impopulaires » d’éco-développement (1) (réduction drastique de la place de voiture, écotaxes…) privilégiant le moyen terme au court terme que si l’opinion publique, les citoyens-électeurs leur imposent. Il est même possible de poser l’hypothèse que les élus qui ont pris conscience de la problématique attendent cette pression de l’opinion publique pour agir.

Un modèle économique condamné

Nous vivons dans un système capitaliste profondément injuste et inégalitaire, qui contribue à l’accroissement des inégalités et à la dégradation accélérée de la planète, mais c’est à ce jour le seul système qui fonctionne. Ce sont les entreprises qui créent les emplois, fabriquent et distribuent les produits qui permettent aux occidentaux de vivre et à la majorité de la population mondiale de survivre. Le seul objectif d’une entreprise c’est de faire gagner de l’argent à ses actionnaires. Elle s’intéresse au « développement durable » dans ce cadre extrêmement contraint, cela va donc être pour :

  • anticiper, éviter ou influer sur les réglementations nouvelles
  • améliorer ou restaurer son image auprès des consommateurs, des investisseurs, des partenaires, des salariés, des pouvoirs publics…
  • se positionner sur de nouveaux marchés (les perspectives ouvertes par « l’économie verte » sont considérables)
  • améliorer sa position concurrentielle et lui conférer les avantages de leader
  • améliorer l’efficacité du process de production (dont la consommation d’entrants) et abaisser les coûts de production.

N’attendons pas de l’entreprise qu’elle soit naturellement citoyenne, elle ne le sera que si l’Etat le lui impose par un cadre juridique et si les citoyens-consommateurs parviennent à faire de leur acte d’achat un acte politique, privilégiant une entreprise ou un produit et boycottant l’autre.

Dans une société droguée à l’hyper consommation ce n’est pas gagné, mais quelle autre alternative avons-nous que d’imposer aux entreprises une politique environnementale et sociale vertueuse en échange de nos achats ?

Une mobilisation des citoyens et des associations à organiser

En tant qu’électeur, consommateur, actionnaire, salarié ou chef d’entreprise, syndicaliste, militant politique ou associatif, élu… chaque citoyen, s’il est convaincu de l’urgence écologique, dispose d’espaces où il peut, plus ou moins, individuellement ou collectivement, agir concrètement pour un éco-développement.

Si l’on fait le constat que pouvoirs publics et entreprises sont, par nature, contraints au court terme et de ce fait dans l’incapacité d’apporter seuls des réponses de moyen terme à la crise écologique, les citoyens doivent s’organiser, se mobiliser collectivement et construire les rapports de force qui permettront d’apporter les réponses pertinentes à la crise écologique, énergétique et de civilisation que nous connaissons.

La complexité des questions à aborder et l’ampleur des réformes envisagées exigent qu’un important effort de formation et de pédagogie soient entrepris. Le cœur de cible des actions de formation doit évidemment être le citoyen. L’information est le pivot de la plupart des actions à conduire. Dans tous les cas on ne peut appeler à la mobilisation sociale sans avoir d’abord donné les clefs de sa nécessité et fourni les moyens d’apprécier les enjeux, les conséquences des actes ou les éléments essentiels conditionnant ce choix.

Le moyen d’action collectif le plus efficace c’est de s’engager dans une des associations environnementales. Elles rassemblent les plus militants de ces citoyens qui ont pris conscience de la problématique. Elles se sont fait connaître au niveau international comme ONG environnementales en s’opposant aux Etats, incapables ou non désireux d’imposer des contraintes fortes aux multinationales responsables pour une grande part de cette dégradation. Au niveau local elles agissent sur des thèmes précis : naturaliste, éducation à l’environnement, lutte contre les projets économiques dégradant l’environnement, mobilité alternative, promotion de l’efficacité énergétique et de l’éco-construction, protection des paysages et du patrimoine…

Il est souvent admis que les associations environnementales sont les principales actrices d’un éco-développement. Elles jouent leur rôle d’opposants aux lobbies économiques en rappelant sans relâche les principes de cet éco-développement et en dénonçant les retards des Etats à appliquer les textes internationaux. Elles ont inventé un rôle de traduction des problèmes environnementaux en un langage scientifico-militant (diagnostic de la réalité, construction de problématique) qui les légitime.

Nous n’avons pas de solutions magiques à proposer, les réponses doivent être co-construites avec les pouvoirs publics et les entreprises. Mais il nous semble que ces associations pour pouvoir peser, doivent se fédérer, coordonner leurs actions au niveau local et régional et proposer aux pouvoirs publics la mise en place d’un dialogue organisé. Il s’agit de la même logique que celle qui a conduit les associations à se regrouper au niveau national dans France Nature Environnement ou pour peser sur la négociation du Grenelle de l’environnement dans l’Alliance pour la planète.

Le rôle des associations environnementales va être déterminant. Elles doivent évoluer pour devenir à l’environnement et plus largement à l’éco-développement, ce que sont les syndicats (en ne reproduisant pas leurs faiblesses) aux relations sociales.

Construire collectivement un nouveau rapport au monde

Le sursaut salvateur ne peut venir que d’un immense bouleversement de nos rapports à l’homme, aux autres vivants, à l’environnement naturel. C’est toute l’idéologie occidentale depuis Descartes, qui faisait l’homme sujet dans un monde d’objets, qu’il faut renverser. Ce qui est en jeu outre la stabilité mondiale c’est le contenu même de nos modèles de civilisation industrielle : contenu matériel de la croissance, dynamique des transports, besoin de mobilité et forme urbaines, type d’habitat, technologies fondées sur l’exploitation des stocks plutôt que sur des flux renouvelables…

Il nous faut inventer un développement écologique, de nouvelles régulations, de nouvelles organisations, bref une démocratie participative écologique susceptible de favoriser la concertation, la confrontation dynamique entre des intérêts parfois contradictoires, la négociation, la médiation dans une perspective d’éco-développement ; modifier les relations de l’être humain et de son environnement naturel en redistribuant des droits et des responsabilités entre les pouvoirs publics et la société civile.

Un apprentissage collectif, où interagissent la production de connaissances et la prise de décisions, doit être mis en œuvre. Cela suppose un véritable esprit de responsabilité et la création d’un espace de dialogue, de concertation et de participation au sein duquel puissent s’établir des relations confiantes entre pouvoir public et société civile et où chacun puisse se reconnaître.

Voilà qui en appelle à la volonté politique et engage à refonder la République.

(1) Développement écologique, nous n’avons pas souhaité utiliser le terme trop ambigu de développement durable

Principales sources: Le développement durable : enjeux politiques, économiques et sociaux – La documentation française – Octobre 2007 sous la direction de Catherine Aubertin et Franck-Dominique Vivien ; Le rapport du Grenelle de l’environnement – Novembre 2007 ; L’an 1 de l’ère écologique – Edgar Morin – Janvier 2007 ; www.manicore.com – Site de Jean-Marc Jancovici

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4 Réponses

  1.  »nous savons que les effets cumulés de changements continus dans l’environnement peuvent atteindre des seuils qui se traduisent par des changements brutaux et irréversibles. »
    Quelles sont les études qui prouvent ce que vous avancez ?

  2. Le rapport GEO 4 du PNUE (ONU) http://www.pan-europe.org/article.php?article_id=285&rubrique_id=
    Cordialement

  3. où en est ce projet de « mobilisation des associations environnementales d’Aquitaine « , à quoi cela correspond-il, comment y participer …. ?

    comment vous contacter pour en parler ??
    en vous remerciant de votre réponse !

  4. Bonjour,
    Je vous propose de m’envoyer par mail à pascalbourgoisATaol.com un numéro de téléphone fixe et un créneau horaire ou je puisse vous joindre. Je vous donnerai plus de détails sur l’évolution du projet de la MNE
    Cordialement

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