Le “peak oil” vu de France : des moulins, ma parole !

petrole.blog.lemonde.fr, Matthieu Auzanneau, le 13 avril 2010

Le “peak oil” vu de France : des moulins, ma parole !

Il paraît qu’un blog, ça sert aussi à défendre ses propres analyses. Alors résumons-nous.

Nous avons :

– le patron de la prospective sur le pétrole à Washington qui nous dit que la production mondiale de carburants pourrait décliner à partir de l’an prochain, et qui s’inquiète d’un manque de nouveaux projets d’extraction ;

– un rapport du Pentagone qui table sur de fortes pénuries de pétrole d’ici à 2015, évoquant des conséquences “économiques, politiques et stratégiques” graves ;

– un économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie qui prévient depuis cinq ans que le monde doit “sortir du pétrole” aussi vite que possible, afin d’éviterun mur, un grand test devant nous, si les puissances occidentales et aussi la Chine et l’Inde ne révisent par leur politique énergétique de façon substantielle” ;

– un ancien n°2 de l’Aramco, la compagnie pétrolière nationale saoudienne (de loin la première du monde), qui clame que les réserves mondiales officielles de pétroles sont exagérées d’un quart ;

et j’en passe

Mais pendant ce temps-là, dans notre beau pays…

Pas d’inquiétude, citoyens.

Le 9 avril se tenait à la Grande Arche de La Défense une conférence intitulée “Repenser la ville dans une société post-carbone“, parrainée par le ministère de l’écologie et de l’énergie. Ouf, comme toujours, les ingénieurs qui nous gouvernent ont tout prévu.

Ministère de l’écologie et de l’énergie, La Défense, 9/4/10. A droite, Jean Laherrère, co-fondateur de l’Association pour l’étude du peak oil (ASPO)

Sauf que…

cette réflexion autour d’une ville capable de fonctionner avec beaucoup moins de pétrole zyeute vers des horizons lointains, 2030, 2050,… alors que le danger pointé par Glen Sweetnam, Fatih Birol, Sadad al-Husseini et bien d’autres sources solides (voir plus haut) est là, imminent.

Les chiffres officiels sur les réserves de pétrole dites “prouvées” sont opaques : secrets industriels, voire politiques. Des secrets qu’il faut percer d’urgence : si le “peak oil“ n’intervient pas avant la prochaine génération, comme l’affirment la plupart des compagnies pétrolières, alors nous pouvons espérer avoir le temps de nous y préparer, et y faire face. Mais s’il advient plus tôt, je crois que nous risquons gros.

En 2005, j’ai publié une enquête dans Le Monde 2 (pdf) qui tentait d’expliquer les tenants de cette opacité, et surtout ses conséquences. Olivier Appert, président de l’Institut français du pétrole, reconnaissait alors : “Entre 1985 et la guerre du Golfe, en 1991, les principaux pays de l’OPEP ont presque doublé les chiffres de leurs réserves “prouvées”, sans qu’on sache quelles découvertes justifient des augmentations aussi énormes.”

A l’époque, l’administration française était peu suspicieuse. Sophie Galey-Leruste, alors directrice des ressources énergétiques et minérales au ministère de l’industrie, expliquait : “Nous nous appuyons sur la littérature existante”, c’est-à-dire sur les données purement déclaratives disponibles sur l’Internet. Il y a cinq ans, “aucune équipe” des services de renseignement français ne travaillait sur la question, spécifiait la fonctionnaire.

Manifestement, nous en sommes encore là.

Le 9 avril à La Défense, j’ai questionné le responsable de la mission prospective du ministère de l’écologie et de l’énergie, Jacques Theys : je souhaitais savoir si au sein de l’administration française, quelqu’un planche, gratte et scrute pour savoir si oui ou non le peak oil est pour demain.

M. Theys a répondu par la négative, précisant (si on peut dire) que la France “n’a pas les moyens de savoir”. Puis il s’est vite tourné vers Jean Laherrère, ancien patron des techniques d’extraction du groupe Total, et lui a posé une question — disons-le — naïve sur le montant des réserves mondiales “ultimes” d’hydrocarbures.

Jean Laherrère, qui depuis 1998 hurle dans une savane semi-désertique le même diagnostic (le montant des réserves mondiales de brut est exagéré, la plupart des régions pétrolifères historiques ont amorcé leur déclin, le peak oil est imminent) a répondu… poliment au patron de la prospective en France.

Bref, rien ne bouge,… au moment où, en Grande-Bretagne, des industriels somment le gouvernement de faire face à ses responsabilités. La taxe carbone m’en tombe.

La France compte pourtant des lanceurs d’alertes de premier ordre. Jean Laherrère, bien sûr, mais aussi Bernard Rogeaux et Yves Bamberger, de EDF R&D, et même Christophe de Margerie, directeur général de Total, première société privée de l’Hexagone, qui depuis quelque temps suggère au pouvoir politique que quelque chose s’apprête à clocher, mezza voce… (devant les médias anglo-saxons, il se montre sensiblement plus abrupt).

Rassure-moi Sancho, ces moulins, ce sont bien des éoliennes ?

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