LGV : les points chauds

sud-ouest.com, Jean-Bernard gilles, le 21 Mars 2010

TRANSPORTS. La manifestation de samedi à Toulouse rappelle que construire la ligne à grande vitesse ne sera pas un long fleuve tranquille

LGV : les points chauds

Ils étaient environ 150 manifestants hier à la gare Matabiau de Toulouse. Leur but : protester contre les tracés envisagés par Réseau ferré de France pour la construction de la ligne nouvelle à grande vitesse entre Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne) et Saint-Jory (Haute-Garonne). Il faut rappeler qu’en Midi-Pyrénées, peu de monde conteste la création d’une ligne nouvelle. L’abandon du projet du second aéroport toulousain a créé un consensus politique et territorial autour du TGV. C’est davantage le futur tracé de la ligne nouvelle qui est ici remis en cause que la ligne elle-même.

Proposition à Montauban

La députée maire de Montauban, Brigitte Barèges (UMP), et le président du Conseil général du Tarn-et-Garonne, Jean-Michel Baylet (PRG), ont chacun un projet de gare TGV distinct au sud du chef-lieu. Prudemment, le comité de pilotage de janvier dernier, présidé par le préfet d’Aquitaine, a mis le sujet entre parenthèses le temps de la campagne, à la demande des Toulousains. Le second tour à peine terminé, les associations sont déjà mobilisées.
Au sud de Bressols, le fuseau envisagé par RFF traverse plusieurs zones habitées et empiète sur le vignoble du Frontonnais. Fin mai, de nouvelles variantes seront révélées, le long de la vallée de la Garonne ou vers la zone d’activités départementale de Montbartier, le long ou à travers la forêt du Montech. « Nous, nous souhaitons un autre tracé le long de l’autoroute entre Castelsarrasin et Bruguières, six fois moins dommageable pour les populations et qui épargne le vignoble », explique Thierry Fourcassier, porte-parole du collectif d’associations réunies hier à Toulouse devant la permanence électorale de Martin Malvy.

Vigilance en Albret

En Aquitaine, les manifestations ont eu davantage de succès : 2 500 personnes ont défilé le 6 mars dernier à Nérac (47). Sur les coteaux de Feugarolles et de Vianne en Lot-et-Garonne, le fuseau annoncé quitte la vallée de la Garonne pour sinuer au-dessus de la Baïse, où la construction de ponts sera nécessaire. « Nous voulons que la priorité soit donnée à l’utilisation de la voie existante », défend Catherine Aime, vice-présidente de Très grande vigilance en Albret, une association opposée à la LGV dont l’audience va croissant. Pendant ce temps, le consensus s’est tout de même réalisé à Agen pour bâtir une nouvelle gare sur la rive gauche de la Garonne capable d’accueillir le TGV. Elle nécessitera d’importants aménagements routiers de raccordement, en discussion.

« À la sortie de Bordeaux, la ligne nouvelle empiétera sur les Graves »

En Gironde, des isolations phoniques à Ambarès, au nord de Sainte-Eulalie mais aussi à Talence, à Bègles et à Villenave-d’Ornon, sont à l’étude. « Nous progressons mais cela coûtera cher », estime Gilles Savary, vice-président du Conseil général de la Gironde.

À la sortie de l’agglomération bordelaise, du côté de Saint-Médard-d’Eyrans, la ligne nouvelle empiétera sur les Graves, où s’annoncent aussi des négociations délicates. Enfin, l’avenir dira si le Sud-Gironde, déjà traversé par l’A 65, l’itinéraire à grand gabarit de l’A380 et un gazoduc se satisfera de la nouvelle gare TER de Captieux, actée en janvier.

Le refus basque

Au-delà de ces points de fixation, c’est surtout au Pays basque que la colère se montre frontale. Le dialogue est rompu avec de nombreux élus. Le Collectif des associations de défense de l’environnement (Cade) conteste les chiffres de RFF qui, depuis Dax, travaille sur un projet de ligne nouvelle mixte, voyageur et fret. « Nous pouvons sur la ligne actuelle accueillir 18 TGV, 30 TER et 41 trains de marchandises dans les deux sens », affirme Victor Pachon, leader de la Cade. Fin mai, le comité de pilotage proposera d’enfouir près de la moitié des 35 kilomètres de ligne nouvelle entre Bayonne et Hendaye, pour un coût estimé à 1 milliard d’euros. Cela suffira-t-il à calmer la fronde qui gronde en Pays basque ? La manifestation d’Hendaye avait réuni 15 000 personnes le 23 janvier dernier.

Des calendriers bien distincts

Avec les premières opérations de déboisement, la construction de la ligne à grande vitesse entre Tours et Bordeaux, qui mettra la gare Saint-Jean à 2 heures de Paris en 2016, a commencé. Le concessionnaire (Bouygues, Vinci ou Eiffage) sera connu début avril. Il investira environ 3,6 milliards d’euros, la moitié de l’investissement, et se « remboursera » pendant 40 à 50 ans par un loyer versé par Réseau ferré de France (RFF). Son montant dépendra du trafic et donc des péages payés par les utilisateurs, la SNCF notamment.

L’autre moitié de l’investissement sera assumée par l’argent public. Si l’État avait financé seul les TGV Paris-Lille ou Paris-Lyon, les plus rentables, en chargeant à l’époque la dette de la SNCF, il ne veut plus pratiquer ainsi. Pour financer Tours-Bordeaux, il a mis à contribution 55 collectivités locales du Grand Sud-Ouest pour quelque 1,8 milliard d’euros. Certaines (Gironde, Landes et Pyrénées-Atlantiques) négocient encore la facture. La Région Midi-Pyrénées figurait parmi les plus motivées à participer puisque l’on souhaite, à Toulouse, que la construction de la ligne vers Toulouse soit menée en même temps que celle vers Hendaye.

Personne ne connaît le calendrier de ces extensions. On évoque à RFF une enquête publique commune en 2011 ou 2012, une déclaration d’utilité publique en 2014 et un démarrage des cinq ans de travaux en 2015. Bordeaux-Saint-Jean à une heure de Toulouse et à 55 minutes de Bayonne en 2020 n’est donc pas impossible. Reste le mode de financement de ces 440 kilomètres. Rien sur ce point n’est à ce jour décidé.

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