Climat, tabac : une même stratégie de dénigrement de la science

lesechos.fr, Jeffrey D. Sachs, le 1er mars 2010

Jeffrey D. Sachs est professeur d’économie et directeur de l’Institut de la terre (Columbia University)

Climat, tabac : une même stratégie de dénigrement de la science

Depuis, et avant même, la conférence de décembre à Copenhague sur le changement climatique, les critiques se sont multipliées contre la communauté scientifique.  Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a été accusé d’avoir fait preuve de partialité. Ce qui a suscité une certaine émotion dans l’opinion publique. S’il n’y a pas d’accord sur l’existence d’une crise climatique, pourquoi alors dépenser des milliards pour sauver la planète ? 

Ces critiques existent pourtant depuis longtemps. La tactique, qui a été affinée pendant plus de vingt-cinq ans, consiste à faire croire que d’importants désaccords existent afin d’empêcher toute action contre le réchauffement climatique. Le tout financé par des groupes d’intérêt comme Exxon.

Un ouvrage à paraître prochainement, « Merchants of Doubt » (les marchands du doute), de Naomi Oreskes et Erik Conway, s’intéresse aux petits jeux des « climato-sceptiques ».  Selon les auteurs, le même groupe d’agitateurs a constamment essayé de discréditer les travaux sur le réchauffement climatique.

Ceux qui aujourd’hui plaident pour l’inaction face au réchauffement climatique sont en général soutenus par les mêmes groupes de pression, les mêmes organisations qui hier défendaient les fabricants de tabac en discréditant le travail scientifique établissant un lien entre cigarette et cancer. Ensuite, les mêmes s’attaquèrent à ceux qui, scientifiquement, démontraient que les rejets des centrales à charbon étaient à l’origine des « pluies acides ». Ce qui est incroyable : c’est que, même sans fondement, ces critiques continuent de semer le doute. La vérité c’est qu’il y a beaucoup d’argent derrière les détracteurs du changement climatique, que ce soit des entreprises qui ne veulent pas payer le coût de nouvelles réglementations, que ce soit des idéologues de l’économie de marché qui s’opposent à toute forme de contrôle de l’Etat.

La dernière salve s’articule autour de deux épisodes. Le premier est le piratage du système informatique d’un centre de recherche en Angleterre. Les courriels détournés suggèrent un manque de bonne foi dans la présentation de certaines données climatiques. Quels que soient les détails de ce cas particulier, les études en question ne représentent qu’une infime partie de l’ensemble imposant de preuves prouvant la réalité et l’urgence du changement climatique dû à l’activité humaine.

Le second épisode fut une grossière erreur à propos des glaciers apparue dans une étude du Giec. Il faut savoir que le Giec peut, parfois, se tromper. Mais il s’agit plus de la preuve de l’imperfection de la nature humaine que de défauts fondamentaux dans la recherche. A la suite de ces révélations, une violente campagne a été lancée dans le « Wall Street Journal ». Ces critiques prétendent que les scientifiques fabriquent des preuves pour obtenir des fonds publics pour la recherche. Une accusation sans fondement, avais-je d’abord pensé, car ces chercheurs ont voué leur vie à la quête de la vérité et n’ont certainement pas amassé des richesses comme celles des financiers.

Mais l’un de leurs arguments – sur la conspiration visant à se rallier le monde des affaires – est identique à celui mis en avant par le passé pour le tabagisme, actif et passif, le trou dans la couche d’ozone, les pluies acides…  

L’objectif de ces idéologues, de ces « think tanks » conservateurs est le même : discréditer la recherche scientifique.

La science du changement climatique est pourtant une merveilleuse aventure intellectuelle. Le message est clair : une utilisation extensive du pétrole, du charbon et du gaz est une menace pour la planète. En conséquence, nous devons changer nos modes de consommation d’énergie et nos systèmes industriels pour réduire le dangereux impact de l’activité humaine sur le climat. Il est de notre responsabilité d’écouter et de comprendre ce message, du Giec et des climatologues, pour agir.

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