Dur de se mettre au vert ! – Pionnière en matière d’environnement, Boulder (Colorado) a bien du mal à réduire ses émissions de GES

courrierinternational.com, N° 1008, The Wall Street Journal, Stephanie Simon, le 25 février 2010

Dur de se mettre au vert !

Réputée pionnière en matière de respect de l’environnement, la ville universitaire de Boulder, dans le Colorado, a pourtant bien du mal à réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Au printemps 2010, des techniciens embauchés par la mairie seront déployés aux quatre coins de la ville pour remplacer, aux frais des contribuables, les ampoules électriques de milliers de foyers par des modèles basse consommation. Pourtant, lorsque les responsables municipaux ont décidé, en 2006, de faire de Boulder une ville pionnière dans la lutte contre le réchauffement climatique, ils ne s’imaginaient pas qu’ils devraient jouer les nounous. La cause semblait parfaitement correspondre aux idéaux des résidents, pour la plupart progressistes et passionnés de plein air. “Mais nous nous sommes rendu compte qu’il est extrêmement difficile de convaincre une majorité de personnes d’agir”, souligne Kevin Doran, chercheur à l’université du Colorado.

Les objectifs de Barack Obama en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont ambitieux. Pour les atteindre, le gouvernement compte notamment adopter des mesures d’amélioration de l’efficacité énergétique. Le plan de relance de l’économie voté en 2009 prévoyait également des milliards de dollars pour l’isolation des bâtiments. Les autorités locales ont cependant découvert que les incitations financières et les campagnes de sensibilisation n’étaient pas suffisantes pour pousser les particuliers à agir. Boulder est pourtant l’une des villes les plus écolos du pays : on ne peut même pas acheter de chips à la buvette du stade parce que leur emballage n’est pas recyclable.

Les climatosceptiques ne se cachent plus

Prenez George Karakehian. Il se dit plutôt écolo. Il conduit une voiture hybride, recycle et utilise des ampoules basse consommation. Il refuse pourtant d’adopter les mesures d’efficacité énergétique les plus élémentaires et laisse la porte de sa galerie d’art ouverte même quand le chauffage ou l’air climatisé fonctionne. Il sait qu’il gaspille de l’énergie et s’en moque. “On m’a toujours dit que laisser les portes ouvertes incite les visiteurs à entrer”, explique-t-il. Et il n’est pas le seul dans ce cas. Depuis 2006, la ville de Boulder a accordé des subventions pour la réalisation d’audits énergétiques dans 750 foyers. Comme les propriétaires devaient tout de même débourser 200 dollars, seuls les plus motivés ont participé. Des études ont par la suite révélé que la moitié d’entre eux n’avaient pas suivi les recommandations, malgré de généreuses incitations. “Nous avons encore beaucoup de chemin à faire”, estime Paul Sheldon, consultant auprès des autorités municipales. Les habitants “devraient conduire des véhicules propres, mais ce n’est pas le cas. Ils devraient pratiquer le covoiturage, mais ils ne le font pas.” Et ils devraient changer eux-mêmes leurs ampoules, ajoute-t-il.

La validité scientifique du réchauffement climatique a récemment été contestée. Les auteurs d’un rapport phare sur le changement climatique, publié en 2007, ont admis certaines erreurs dans leurs travaux. Ils continuent cependant de penser que le réchauffement climatique est “sans équivoque” et “fort probablement” dû à l’activité humaine. Des experts britanniques du climat ont également fait l’objet de critiques à la suite de la publication d’extraits de leur correspondance électronique. Ceux-ci semblaient indiquer qu’ils cherchaient à étouffer les opinions divergentes. A Boulder, certains climatosceptiques ont commencé à exprimer leurs doutes en public. Les autorités municipales affirment cependant encore bénéficier du soutien de la majorité de la population, mais le plus difficile, c’est de pousser les citoyens à passer aux actes.

Située au pied des Rocheuses, cette ville de 100 000 habitants a souvent montré l’exemple en matière d’écologie. Elle a été l’une des premières à créer une taxe pour protéger les espaces verts. Ses habitants sont vingt fois plus nombreux à se rendre au travail à vélo que dans le reste du pays. Et, en 2006, les électeurs de Boulder ont approuvé la première taxe carbone du pays – qui s’élève maintenant à 21 dollars par an par foyer – pour financer les programmes d’efficacité énergétique. Mais les émissions ont diminué de moins de 1 % entre 2006 et 2008. Elles ont même augmenté de 27 % par rapport aux niveaux de 1990, des résultats encore plus alarmants que ceux de l’ensemble des Etats-Unis, où les émissions n’ont augmenté que de 15 % sur la même période. “Si une ville comme Boulder, à l’avant-garde en matière environnementale, a tant de difficulté à mettre en place ces mesures, celles-ci ne pourront pas fonctionner à l’échelle nationale”, affirme Roger Pielke Jr., professeur à l’université de Boulder. Selon lui, une partie du problème réside dans le fait que les gens ne sont pas prêts à abandonner leurs gadgets. Le Pr Pielke a récemment dirigé un séminaire. A cette occasion, l’université a installé un système d’éclairage fonctionnant avec des détecteurs de présence afin que les lumières s’éteignent automatiquement lorsque les salles étaient vides. Mais l’alimentation des 42 appareils électroniques des 17 étudiants présents –iPods, téléphones et ordinateurs portables – a annulé toutes les économies d’énergie dues au nouveau système d’éclairage.

Les responsables municipaux de Boulder songent aujourd’hui à prendre des mesures plus énergiques. Le conseil municipal examinera bientôt la possibilité d’obliger les propriétaires d’appartements et de locaux commerciaux à améliorer les performances énergétiques de leur bâtiment. Les propositions actuellement examinées risquent d’être parmi les plus rigoureuses du pays. Elles pourraient exiger jusqu’à 4 000 dollars [2 940 euros] d’investissement par logement loué pour l’installation de nouvelles fenêtres et d’autres améliorations. La facture pourrait être encore plus salée pour les propriétaires de locaux commerciaux. L’objectif est d’atteindre, au cours des trois prochaines années, 650 millions de dollars d’investissements privés en matière d’efficacité énergétique. “Tous les habitants devront participer à l’effort”, insiste le conseiller municipal Matthew Appelbaum. A moins que la ville ne le fasse pour eux. Boulder prévoit en effet de prélever près de 1,5 million de dollars sur les fonds municipaux et 370 000 dollars sur l’argent accordé par le gouvernement fédéral pour embaucher des entrepreneurs qui feront les modifications essentielles pour les résidents.

L’électricité locale provient d’une centrale au charbon

Dans le cadre de ce programme, pas moins de 15 équipes vont faire du porte-à-porte pour demander aux propriétaires la permission d’isoler leurs fenêtres, de changer leurs ampoules et d’installer des pommes de douche à faible débit. Les techniciens installeront également des séchoirs à vêtements pour inciter les habitants à utiliser le moins possible leur sèche-linge. Ils iront même jusqu’à gonfler les pneus des voitures pour obtenir un rendement optimal du carburant. Certains se plaignent de ces intrusions dans leur vie privée. Mais, selon les autorités municipales, la plupart des résidents sont favorables à ces changements. S’ils ne les font pas eux-mêmes, c’est simplement qu’ils n’en ont pas le temps. “Nous voulons éliminer l’obstacle financier et le dérangement occasionné”, indique Kara Mertz, chargée des questions environnementales au sein de la municipalité. Cela ne sera peut-être pas suffisant. En effet, même si les habitants de Boulder adoptaient toutes les mesures d’efficacité énergétique qu’on leur propose, ils ne réussiraient pas à atteindre les objectifs de réduction des émissions qu’ils se sont fixés. Car, aujourd’hui encore, la majeure partie de l’électricité consommée par les habitants provient d’une centrale au charbon. Le responsable régional du développement durable, Jonathan Koehn, ressent fortement la pression. “Les gens disent : ‘Boulder est unique en son genre ! Vous y arriverez, c’est sûr !’ Je n’en suis pas si certain”, soupire-t-il.

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