Et si on s’unissait pour produire notre énergie renouvelable ?

rue89.com, Andrea Paracchini, le 21 février 2010 

Et si on s’unissait pour produire notre énergie renouvelable ?

Pas question de tapisser de panneaux photovoltaïques tous ses biens ou d’installer une éolienne sur sa casquette pour recharger la batterie du portable. Mieux vaudrait unir ses efforts à ceux des autres partisans des énergies renouvelables et financer la création d’installations de taille.

En effet, malgré une augmentation de 11% par rapport à 2007, notamment grâce à la progression de l’hydraulique, la production d’énergie issue de sources renouvelables (hydraulique, photovoltaïque et éolien) reste marginale. Elle ne représentait que 13% des 549 077 gigawatt heure (GWh) d’électricité produits en 2008.

L’idée

Mais pourquoi attendre que les gros acteurs nationaux du marché de l’électricité passent à la vitesse supérieure alors qu’il est d’ores et déjà possible de booster la croissance des énergies renouvelables ?

Le statut coopératif permet à tout particulier de financer la création de centrales hydrauliques, parcs éoliens ou solaires.

En Flandre (Belgique), la coopérative Ecopower a démarré en 1991 avec le financement de petites installations hydrauliques. « Aujourd’hui, notre parc génère 19 200 mégawatt heure (MWh), distribués à 21 000 clients », explique la directrice Relinde Baeten.

Entretemps, 200 panneaux photovoltaïques, cinq éoliennes, trois moulins hydrauliques et une centrale de cogénération ont fait leur apparition. Cela grâce aux 24 500 sociétaires qui ont cru dans la démarche, permettant à Ecopower d’atteindre un capital de 13 millions d’euros.

Et en France ?

Enercoop est la seule société coopérative d’intérêt collectif (Scic) présente sur l’ensemble du territoire métropolitain. Le principe : distribuer à ses 5 000 clients l’énergie issue de sources renouvelables générée par des producteurs indépendants.

Créée en 2004, lors de l’ouverture du marché de l’électricité à la concurrence, elle réinvestit une partie des bénéfices (s’il y en a) pour encourager la création de nouvelles centrales. Moins de la moitié des 19 000 MWh distribués en 2009 par la coopérative vient de ses membres producteurs (60 des 3 000 sociétaires). Patrick Behm, directeur général d’Enercoop admet : « Aujourd’hui, on est obligé d’acheter plus de la moitié de notre énergie auprès d’Energie Ouest Suisse (EOS), un producteur hydraulique suisse qui nous vend ses surplus »

Comment la mettre en pratique ?

Enercoop Ardennes est le premier exemple de cette nouvelle démarche. Elle trouve ses racines dans l’Agence locale des énergies des Ardennes, association créée en 2001 pour sensibiliser les Ardennais à la maitrise de l’énergie et au développement des énergies renouvelables.

Entre 2004 et 2006, la communauté de communes des Crêtes Préardennaises demande à l’Agence d’étudier un projet de parc éolien avec un cahier des charges très précis.

« La collectivité souhaitait garder la maitrise du projet, explique Stéphane Chatelin, aujourd’hui directeur d’Enercoop Ardennes. Et elle tenait à ce que les bénéfices issus du parc soient équitablement redistribués sur le territoire ».

L’idée est donc d’intégrer communauté et riverains dans la démarche en leur permettant d’investir directement dans le projet. Le parcours de l’association rejoint celui d’Enercoop et une société coopérative d’intérêt collectif est créée en 2009.

Sur le papier, c’est un parc de huit éoliennes de deux millions de watts chacune qui devrait surgir d’ici 2012 sur un terrain de la commune de Saulces-Champenoises et sur des terres agricoles louées. Reste à trouver les financements, car le capital de 50 000 € rassemblé par les 90 membres de la Scic ne suffit pas.

Pour atteindre les 26 millions du budget, Enercoop Ardennes ne pourra pas compter sur les seuls Ardennais. Elle va souscrire un prêt à hauteur de 80% du montant.

Et pour le reste, elle vient de s’associer avec Enercoop et d’autres structures pour lever 2,6 millions d’euros à l’échelle nationale. Un financement de 200 000 € a été demandé à l’Ademe pour mener cette levée de fonds.

« En Belgique, ce type d’appel à l’épargne est beaucoup plus facile à mettre en place », constate Stéphane Chatelin, un brin envieux de la croissance fulgurante de ses voisins d’Ecopower. Et pourtant, il n’y a pas que les réglementations qui freinent les projets indépendants en France.

Le tarif d’achat mis en question

Pour Patrick Behm, l’ennemi numéro un reste le tarif d’achat :

« Du fait du régime d’obligation d’achat, l’Etat impose un prix fixe d’achat pour les énergies nouvelles et offre à EDF – et à lui seul, en sa qualité d’opérateur historique – une compensation qui comble la différence entre le prix de marché et ce prix imposé ».

Or, le prix de l’énergie sur le marché est de six cents le kilowatt heure, alors que le prix imposé varie en fonction de la source d’énergie. Il est de 6-8 cents pour l’hydraulique, 8-9 cents pour l’éolien, 10-15 cents et 30-50 cents pour la biomasse et le photovoltaïque.

« Sans compensation, seuls l’hydraulique et, dans une moindre mesure, l’éolien sont à peu près rentables », conclut Raphael Claustre du Comité de liaison pour les énergies renouvelables. Le marché français est difficile car les prix pratiqués par l’opérateur historique sont très bas.

« Avec ses 14 cents le KWh, Enercoop est le fournisseur le plus cher du pays, rappelle Stéphane Chatelin. Chez nos voisins belges, un tarif de 16 cents fait d’Ecopower le moins cher de la place ! »

Ce que je peux faire

Malgré ce contexte défavorable, le cas d’Enercoop Ardennes fait déjà école : en Rhône-Alpes, une association va donner naissance à la Scic Enercoop Rhône-Alpes courant 2010. La constitution d’une association est d’ailleurs le préalable commun à ces projets.

Elle permet de mobiliser les adhérents, d’entamer le dialogue avec les riverains et de sensibiliser les collectivités locales. Elle donne aussi le temps d’étudier les spécificités des Scic, un statut au montage assez complexe.

Certes, il existe aussi un autre moyen, beaucoup plus simple, de s’engager au côté des pionniers des énergies renouvelables. Il suffit d’investir dans l’une des coopératives déjà existantes.

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