Agriculture – Paris prêt à bouger sur l’Europe verte, selon Bruno Le Maire

rmc.fr, Avec Gus Trompiz, édité par Gilles Trequesser, le 17 février 2010

Paris prêt à bouger sur l’Europe verte, selon Bruno Le Maire

PARIS (Reuters) – La France est prête à faire preuve d’audace sur la réforme de la Politique agricole commune pour peu qu’elle débouche sur des perspectives d’avenir et de revenus pour les agriculteurs, a dit mercredi Bruno Le Maire.

Le ministre français de l’Agriculture n’aborde pas les discussions sur le budget de l’UE après 2013, et donc de la première politique commune européenne, comme l’a souvent fait la France dans le passé, défendant derrière une ligne Maginot une Europe verte dont elle est la principale bénéficiaire.

« La France est prête à bouger, à faire preuve d’audace, à faire preuve de mouvement« , a-t-il déclaré dans une interview à Reuters. « La France n’est pas dans une position figée. »

Pour l’étoile montante du gouvernement de François Fillon qui, à 40 ans, a connu une ascension fulgurante sans renier son amitié avec l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin, rival de Nicolas Sarkozy, un système qui fait que le prix de vente est inférieur aux coûts de production doit être changé.

« Le modèle n’est plus le bon« , a-t-il dit.

La négociation-clé de l’Union européenne, qui se déroule tous les sept ans et provoque souvent des psychodrames internes, commence selon lui sous de meilleurs auspices que dans le passé.

« Je suis persuadé que nous trouverons un accord. Ce qui est en jeu, c’est l’avenir politique européen« , a-t-il dit.

LES LIBÉRAUX ALLEMANDS CHANGENT LA DONNE

Le temps où l’Europe verte, qui absorbera en 2010 45% des 123 milliards d’euros de budget de l’UE, était considérée comme un dinosaure voué à la disparition est d’après lui révolu.

L’incertitude sur la capacité à nourrir la planète en 2025, des phénomènes comme le rachat des terres agricoles par des pays riches dans le tiers monde, la déstabilisation d’un certain nombre de pays par les émeutes de la faim et les déplacements de populations rurales vers les villes prouvent sa nécessité.

Vingt-deux pays européens se sont en outre mis d’accord en décembre dernier à l’instigation de la France sur quelques grands principes qui assureraient la pérennité d’une Pac modifiée, même si cinq pays manquent à l’appel — Malte, Danemark, Pays-Bas, Suède et, surtout, Royaume-Uni.

Mais Bruno Le Maire sait qu’il se heurtera à forte opposition et prévoit des négociations « longues et difficiles ».

Grand connaisseur de la politique allemande, parfait germanophone, il n’ignore pas que la situation a changé en Allemagne avec l’arrivée dans la coalition avec les chrétiens-démocrates des libéraux, qui ont toujours voulu rogner les ailes de la Politique agricole commune.

« L’Allemagne a changé en matière agricole, cela, chacun doit en avoir conscience », a-t-il souligné.

Alors que tous les pays, dont l’Allemagne, font la chasse aux dépenses pour réduire des déficits en explosion, la tentation sera en effet grande pour les libéraux de lorgner sur le pactole de plus de 55 milliards d’euros par an de la Pac.

La compétitivité de l’agriculture allemande, dotée à l’Est de grandes exploitations héritées du communisme mais désormais très efficaces et qui gagnent des parts de marché sur la France, change également la donne dans ce domaine.

Le Royaume-Uni, qui a toujours combattu l’Europe verte depuis son adhésion en 1973, pose un autre problème de taille, surtout dans la perspective du retour au pouvoir des conservateurs, donnés gagnants par tous les sondages en 2010.

RÉGULATION INDISPENSABLE

« Avec les Britanniques, les choses seront plus difficiles », souligne-t-il tout en annonçant des initiatives communes de Paris et Londres pour enrayer la volatilité des cours agricoles.

La situation sera d’autant plus délicate que, si la France est prête à bouger, elle ne transigera pas sur l’essentiel.

« La France est prête à faire preuve d’imagination et de beaucoup de volontarisme mais nous défendrons les intérêts et les intérêts de nos agriculteurs », a-t-il souligné.

La nouvelle Pac, estime-t-il, doit offrir des garanties de sécurité alimentaire, sanitaire et environnementale, tout en évitant des variations de prix qui ne permettent pas aux agriculteurs de « vivre dignement de leur production ».

Même s’il est « trop tôt » pour dire ce qu’il adviendra du montant des aides européennes, une régulation des marchés est pour le ministre indispensable mais elle ne signifie pas « un retour à une économie agricole administrée ».

« La régulation, c’est remettre de la raison, de la stabilité et de la visibilité dans l’économie agricole », a-t-il dit.

Bruno Le Maire milite donc pour le maintien des « dispositifs d’intervention quand les crises se manifestent », notamment pour les céréales, alors que ces mécanismes ont été laminés.

Sur le plan interne, le récent plan d’urgence en faveur du monde agricole est selon lui un succès: les prêts sont accordés et les demandes d’allègement des cotisations dépassent l’enveloppe prévue.

Reste à donner un coup d’arrêt à la disparition des terres agricoles – l’équivalent d’un département tous les dix ans.

Si l’idée d’une taxation des plus-values de 100 à 200% réalisées lors de la transformation de terres agricoles en terrains à bâtir est acquise, la proposition de Bruno Le Maire de les affecter à des aides aux jeunes agriculteurs se heurte aux réticences du ministère de l’Economie.

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