Peut-on être féministe et écolo ?

ecologie.blog.lemonde.fr, Audrey Garric, le 16 février 2010

Peut-on être féministe et écolo ?

Elisabeth Badinter a provoqué un grand raout médiatique avec la sortie de son dernier livre, Le Conflit. La Femme et la Mère (Flammarion, 270 p.). Allaitement, couches lavables, retour de l’accouchement à la maison ou encore pilule en retrait car considérée comme “artificielle” : la philosophe et essayiste dénonce l’influence du naturalisme, un courant d’écologie pure et dure qui, au nom de Mère Nature, irait à l’encontre de l’émancipation féminine. Une fausse opposition pour la chercheur Virginie Maris, spécialisée dans la philosophie de l’environnement au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (Cefe), qui a publié un article en octobre 2009 sur l’écoféminisme. Selon elle, écologie et féminisme sont deux combats qui doivent être menés de front.

 L’écologie a-t-elle sa part de responsabilité dans la régression de la situation des femmes que dénonce Elisabeth Badinter ?

Il y a une confusion entre les différents mouvements de pensée autour de l’écologie. Elisabeth Badinter parle d’écologie radicale lorsqu’elle cite Nathalie Kosciusko-Morizet, ancienne secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, qui envisageait une taxe sur les couches jetables, et Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, qui faisait la promotion des couches lavables. Or, ces deux personnalités ne sont absolument pas représentatives de l’écologie radicale. La “deep ecology”, comme le disent les Anglais, prône une séparation presque totale avec la société de consommation. Ce mouvement, fondé par le philosophe norvégien Arne Næss, induit effectivement une régression par rapport à certains acquis, des hommes et surtout des femmes. Mais ces approches restent marginales et non représentatives du paysage écologique français.

Par ailleurs, Elisabeth Badinter s’est essentiellement prononcée sur trois gros enjeux de consommation liés à la maternité : le lait en poudre (alternative à l’allaitement), les couches jetables (alternatives aux couches lavables) et les petits pots (alternatives à une nourriture maison voire bio). Sa bataille pour le combat féministe s’apparente ici à une bataille contre la décroissance. En tant qu’actionnaire de l’agence de communication Publicis, elle devrait être plus prudente quand elle prend parti, indirectement, pour ces trois noeuds de la consommation de masse. D’autant que la sobriété en matière de consommation ne va pas forcément à l’encontre des droits des femmes. Par exemple, en réduisant leur dépendance à ces produits, les ménages réduisent aussi les importants budgets alloués au bébé, qui pèsent lourd sur les femmes ayant des bas salaires.

Mais certains discours écolos ne sont-ils pas culpabilisants pour les femmes ?

Pas plus que pour les hommes. Il est clair qu’il faut s’attaquer à une meilleure répartition des tâches domestiques au sein du couple mais la sobriété écologique n’est pas davantage un problème pour les femmes que pour les hommes. Par ailleurs, il y a d’autres critères de justice que ceux de l’égalité hommes/femmes tels que la nécessité de développer un rapport plus sain avec la nature. Prôner le bien-être et la liberté de choix d’une poignée de femmes occidentales, qui veulent utiliser des petits pots, des couches jetables, et retourner au travail deux semaines après avoir accouché, alors que ce système de surconsommation est générateur d’inégalités à l’échelle internationale, est problématique. L’écologie et le féminisme sont deux combats qui peuvent et doivent être menés ensemble.

Comment concilier féminisme et écologie ?

Respecter l’autonomie de la femme et la laisser réellement choisir devraient nous orienter vers des choix de consommation plus sobres. Car l’hyperconsommation liée à la maternité nous est plus imposée qu’il n’y paraît. Elle est liée aux pressions du monde du travail et des structures sociales, de la nécessité de toujours aller plus vite, retourner travailler peu de temps après avoir accouché, être efficace pour tout. On en demande trop aux femmes : d’être des super-mamans, des super-travailleuses, des super-amantes. Prendre son temps et se rapprocher de l’autonomie, en termes de consommation, pourraient permettre aux femmes de se désaliéner.

L’écoféminisme existe-t-il encore de nos jours ?

Oui, ce mouvement est plus dynamique qu’à ses débuts alors que de manière générale, les mouvements militants s’étiolent au profit d’un principe de rationalisation du monde, de recentrement sur soi. Il existe toujours des figures fortes, à droite comme à gauche, qui portent ce combat conjoint. Nathalie Kosciusko-Morizet et Cécile Duflot en sont des exemples, mais aussi Eva Joly, l’Américaine Carolyn Merchant, l’Indienne Vandana Shiva ou la Kenyane Wangari Muta Maathai. L’écoféminisme s’est structuré comme un vrai champ académique, avec des productions régulières.

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2 Réponses

  1. salut,

    intervention courte :

    pour l’allaitement, le truc c’est le changement de mentalités et de lois par rapport au fait de voir les femmes allaiter. Si sortir un ou deux seins dans le bus ne posait pas de problème, ca serait bien plus simple.

    pour les couches jetables …. on en recausera quand toutes les mousses à raser seront en format boite.

    J’ai accouché chez moi parce que j’y étais plus à l’aise. et en maison de naissance à berlin parce que je m’y sentais mieux. C’est par pour un blabla sur la nature.

    J’ai arrêté la pillule quand les règles ont coulé noir et sec. Ca peut pas être bon. Les capotes, le diaphragme, c’est très bien. Pas du tout pour une histoire de nature.

    Trop de confusion entre nature et physiologie.

    et pour les petits pots, d’abord, il y en a des bio, mais cher. Ensuite, on peut faire de la purée en poudre ou des purées surgelées. Le délire, c’est l’alimentation spécial-bébé. La plupart des petits pots sont infects, et c’est du blabla de vouloir les donner aux petits sous prétexte que c’est plein de prétendues bonnes choses. Enfin, on confond le fait du bio et des additifs alimentaires plutôt toxiques. Gros mélange.

    Et soit dit en passant, que si les réunions féministes se faisaient sans clope, ou en extérieur (comme la réunion parisienne de la meute), ca serait plus simple aussi.

    Claire

  2. Merci,

    Peut-on être pro-femme et contre le féminisme ? L’intérêt de toutes les femmes est-il bien défendu avec le seul féminisme ? ou certaines femmes sont-elles victimes du « trop de féminisme » ? .. Quand est-il des femmes si elles ont moins de 10 ans ? … ->

    http://affairesfamiliales.wordpress.com/2012/01/17/reponse-dun-homme-au-feminisme-lache/

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