Les résultats de la contre-étude diligentée par les élus de Nive-Adour, Errobi et Sud Pays Basque : la ligne actuelle est sous utilisée

sudouest.com, Pierre Sabathié, le 9 Septembre 2009

CONTRE-ÉTUDE. Les résultats de la contre-étude diligentée par les élus de Nive-Adour, Errobi et Sud Pays Basque renforcent les convictions des opposants à une ligne nouvelle

« La ligne actuelle est sous utilisée »

Les 29 élus représentant les trois communautés de communes (soit 100 000 habitants), Sud Pays Basque, Nive-Adour et Errobi, ont souhaité faire les choses dans l’ordre. Informer d’abord le sous-préfet des résultats de la contre-étude, avant de les présenter à la presse, puis aux populations concernées. Ils l’ont fait avec d’autant plus de plaisir hier soir que les conclusions du cabinet suisse qu’ils avaient mandaté, renforcent leur position. La ligne de chemin de fer actuelle entre Bayonne et la frontière espagnole est loin d’être saturée. Contredisant ainsi les prévisions et les motivations de Réseau ferré de France (RFF) pour construire une ligne nouvelle.

Le fret en question

À l’horizon 2050, en poursuivant les aménagements de la voie actuelle, il pourrait passer un maximum de 320 trains par jour quand RFF prévoit à cette même échéance un trafic maximal de 180. « La ligne actuelle est sous-utilisée, résume Michel Hiriart, président de la Communauté de communes Sud Pays Basque, à l’initiative de cette étude. Elle peut, non seulement, répondre aux besoins actuels (80 trains par jour), mais aussi à ceux de l’avenir avec 190 trains possibles en aménageant la voie, et même 320 avec des aménagements supplémentaires. Cette étude prend en compte toutes les contraintes pour éviter les saturations. »

Le président de Sud Pays Basque fait notamment référence au fret dont personne aujourd’hui ne peut prévoir l’avenir du trafic à moyen terme. « Avec 60 % de capacité des trains utilisée, on peut faire passer de 25 millions de tonnes de marchandises aujourd’hui à 40 millions par an », explique-t-il.

Pour renforcer la thèse du maintien, Michel Hiriart insiste sur l’absence de gain de temps d’une ligne nouvelle au sud de Bayonne « car les trains de marchandises ne peuvent dépasser les 100 km/h ». Et termine sa démonstration par l’argument massue : le coût, ou plutôt l’économie d’argent public réalisée sans ligne nouvelle. « La ligne nouvelle coûterait 27,5 millions d’euros le km, si elle est enterrée comme le prévoit le périmètre d’études à l’est d’Ascain, cela représente un coût de 53 millions d’euros le km. » Soit une dépense totale de 900 millions d’euros ou 1,2 milliard d’euros. Les chiffres de l’aménagement de la ligne actuelle ne sont pas connus, mais ils sont bien en deçà. « Il y a mieux à faire des deniers publics qu’une voie nouvelle », ajoute le président de Sud Pays Basque. « On est tous solidaires pour dire qu’il ne faut pas saccager notre territoire », insiste-t-il.

Confronter les avis

Les élus attendent maintenant de connaître la réaction de RFF à cette étude. Ils se disent prêts à confronter les résultats avec leur projet. « Que seront les transports dans cinquante ans », s’interroge Roland Hirigoyen, président de Nive-Adour. « Moi, je suis certain que cette ligne ne sera jamais saturée », répond son collègue Paul Baudry, président d’Errobi.

Désormais, les élus ont prévu d’assister à toutes les réunions sur la LGV et de rappeler, à chaque fois, leur position. Fin 2009, un fuseau d’un kilomètre sera retenu. Un an plus tard, l’avant-projet sommaire sera dévoilé. En 2011, l’enquête publique sera lancée.

Beaucoup de satisfaction, quelques craintes

Réactions à la présentation de la contre-étude, hier.

Alain Iriart, Saint-Pierre-d’Irube. « Cette étude ne fait que confirmer ce que beaucoup d’associations et d’élus disent depuis longtemps : les voies actuelles peuvent supporter le trafic, il n’y a aucune utilité à créer des voies nouvelles qui, traversant des zones très habitées, créeraient une véritable catastrophe en Pays Basque. Pourquoi une voie nouvelle pour seulement cinq ou six trains de voyageurs internationaux et pour un petit trafic de fret au sujet duquel, d’ailleurs, plus personne ne s’aventure à des prévisions ?

Ce que nous demandons, c’est qu’on reprenne de façon sérieuse les études sur les voies existantes, permettant d’assurer le trafic de voyageurs et de marchandises, de Bayonne à Astigarraga. »

Peyuco Duhart, conseiller régional, maire de Saint-Jean-de-Luz.

« Cette étude montre que la ligne actuelle ne serait pas saturée avant 2050. Je dis encore une fois : mettons à plat d’abord le problème du fret. Rien n’est clair par rapport à son passage. Une fois ce problème résolu, on ne parlera plus de lignes nouvelles. Cette étude donne une indication plus précise de la capacité de la voie actuelle, et prouve que l’on peut faire aussi de belles économies. »

Paul Baudry, Bassussarry, président d’Errobi.

« Il y a deux ans, j’étais encore partagé. Je ne refuse pas le progrès. Mais lors des réunions publiques, j’ai constaté que personne n’était capable de dire comment seraient les transports de demain. Des hypothèses qui peuvent être remises en cause, c’est inquiétant. C’est ce qui m’a amené à revoir ma position. Pourquoi ne pas laisser les générations à venir décider de ce qu’il y aura lieu de faire ? D’autant qu’il y aura alors des techniques plus performantes qui permettront de ne pas saccager l’environnement et de dépenser moins d’argent. À Bassussarry, nous sommes moins touchés par ce projet qu’à l’origine, mais j’ai agi en solidarité avec toutes les populations concernées. »

Jean-Marie Berckmans, président de la CCI de Bayonne.

« Les voies existantes, je veux bien, mais dans 30 ans, on passera où ? 30 ans, ce n’est rien. Il faut, impérativement, réserver, dès aujourd’hui, des terrains pour les lignes futures. Car les lignes actuelles ce sera rapidement l’enfer pour les 33 000 riverains qui, depuis le XIXe siècle, se sont agglutinés autour de cette voie et devront supporter 30 à 40 trains par heure. On va assister à la création de nombreuses associations de riverains mécontents. Alors que la LGV, avec ses tunnels, ses voies semi-enterrées, ne dérangera quasiment personne. »

Dominique Lesbats, Ustaritz.

« Le résultat de la contre-étude prouve que l’on peut continuer dans notre idée de garder la voie actuelle. Il faut poursuivre notre mobilisation. Nous organisons à ce sujet une réunion demain soir entre élus, à Ustaritz. Je souhaite également solliciter un entretien à Paris avec Dominique Bussereau à l’occasion du Congrès des maires. »

Albert Larrousset, Guéthary.

« Le résultat de l’étude prouve ce que l’on pensait. Si l’on maintient la ligne actuelle, il faudra prendre en compte les nuisances avec 320 trains par jour. Cela montre que les trains de marchandises doivent passer ailleurs et qu’il faut conserver les rails pour un transport de voyageurs type RER. Que les 240 trains de marchandises passent où ils veulent mais pas par là. C’est là-dessus qu’il faut se battre, car le fret ne nous amène rien. »

Jean-Louis Laduche, Ascain.

« Je confirme mes propos tenus il y a quelques jours. Je regrette que RFF n’ait pas attendu les résultats de cette contre-étude. Cette dernière souligne que nous sommes tout à fait dans les clous pour les 50 ans à venir. Maintenant, on va avoir une position commune pour ramener à la raison les porteurs de ce projet État, RFF, etc. On est d’autant plus satisfaits que le cabinet qui a réalisé cette étude est reconnu par toutes les institutions comme très compétent. »

Odile de Coral, Urrugne.

« Je suis rassurée de voir que d’ici 2050 la ligne existante est capable d’absorber le trafic de fret et de voyageurs. On reste solidaires sur le fait qu’il n’y a pas besoin de ligne nouvelle entre Bayonne et la frontière. Nous sommes d’accord pour que Bayonne ait sa gare. On espère que ses élus soient avec nous pour réaliser un aménagement des lieux actuels. »

Roland Hirigoyen, Mouguerre, président de Nive-Adour.

« Je suis satisfait de constater que cette étude est largement favorable à notre position. À Mouguerre, nous sommes particulièrement touchés par cette nouvelle ligne qui doit traverser la commune sur une partie très urbanisée. Le référendum organisé lors des élections de 2008 a montré que 80 % de la population était hostile à cette voie nouvelle. Nous la représentons. »

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