Nouvelle LGV : un gouffre qui nuit au Pays basque

sudouest.com, Eric Mailharrancin, Professeur agrégé d’économie lycée Louis-de-Foix (Bayonne), tribune libre, le 13 Février 2010

Nouvelle LGV : un gouffre qui nuit au pays basque

Comme la réforme des collectivités locales, le schéma national des infrastructures ferroviaires renforce le pouvoir des métropoles régionales. La création de la nouvelle LGV atlantique ne fait pas exception. En Aquitaine, elle bénéficiera à l’agglomération bordelaise qui sera mieux reliée à Paris au nord, à Bilbao et Madrid au sud.

Quand des élus basques invoquent l’argument du développement économique du Pays basque pour défendre la construction d’une ligne nouvelle entre Bayonne et Hendaye, ils sont naïfs ou de mauvaise foi. Le couloir LGV est conçu pour aller vite de Paris à Madrid via Bordeaux et non pour satisfaire les intérêts des zones traversées.

La création d’une gare TGV à Bayonne n’est qu’un leurre destiné à rallier le député Jean Grenet à la cause de la LGV. En effet, il est peu vraisemblable que les trains s’écartent de leur parcours pour desservir Bayonne. Si ce détour était effectué, les TGV n’atteindraient jamais la grande vitesse jusqu’à Hendaye et l’investissement pharaonique de la nouvelle ligne ne serait plus justifié. Quelques TGV de voyageurs transiteront peut-être chaque jour par la gare de Bayonne, mais les autres fileront tout droit à travers les Landes et le Pays basque. En fin de compte, les Basques paieront des impôts pour financer des trains qui ne s’arrêteront pas.

Le scandale du recours aux impôts locaux pour financer la nouvelle LGV

La mise à contribution des taxes locales pour financer la nouvelle LGV est une anomalie antidémocratique qu’un seul de nos conseillers généraux, Alain Iriart, a eu le courage de dénoncer.

Ces impôts sont destinés à créer des services de proximité et non à financer une politique ferroviaire internationale ! Si on poursuit dans cette voie, les taxes locales seront bientôt affectées au budget de l’armée ou de la justice !

Tous les habitants du Pays basque et pas uniquement les riverains de la nouvelle ligne paieront donc le prix fort pour un investissement démentiel aux arguments écologiques non démontrés.

Les dégâts environnementaux de la nouvelle LGV

Le nouveau couloir LGV détruirait des milliers d’habitations, saccagerait les paysages basques en créant une hideuse balafre du nord au sud, avec une enfilade de tunnels et de viaducs en béton. Solution moins coûteuse, l’aménagement des voies existantes éviterait ces dégâts irrémédiables pour l’environnement.

Sur le plan écologique, il est possible que la croissance du fret ferroviaire désengorge le trafic routier et réduise les émissions de carbone dans l’atmosphère. Mais toutes les études montrent que les lignes actuelles sous-utilisées absorberaient une forte augmentation du transport de marchandises.

La limite principale des autoroutes ferroviaires est qu’elles accentuent un mode de développement destructeur pour la planète. Les produits transportés à grande vitesse par les TGV continueront à parcourir des milliers de kilomètres du producteur au consommateur. Le bien-être des générations futures exige au contraire le retour à des approvisionnements de proximité qui diminueraient l’intensité du fret sur les routes comme dans les trains.

La nouvelle LGV est un gaspillage financier au service d’une politique centralisatrice qui va à l’encontre des priorités du développement durable : l’encouragement de l’agriculture paysanne, la relocalisation des activités industrielles, la recherche d’une croissance soutenable respectueuse des hommes, des peuples et de l’environnement.

Publicités

Une Réponse

  1. Pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, l’industrie est en train de disparaître en France et aussi en Europe. Le fret ferroviaire (ou fluvial) est un fret massifié. Si la route a pris autant de place aujourd’hui, c’est à cause du changement de structure de notre économie. Et la tendance est de plus en plus vers de la consommation « tout de suite » et « personnalisée ». Ne nous leurrons pas, ce n’est pas un problème de prix ou de contrainte que changera la répartition du transport de marchandises. Les infrastructures routières sont dimensionnées pour accueillir les flux de trafic des départs en vacances pas pour gérer la congestion des camions qui n’existe pas ou est marginale. Tout ce que nous possédons, un camion nous l’a apporté. Travaillons au partage et à la meilleur utilisation des infrastructures si la volonté est vraiment d’obtenir des résultats performants en termes d’environnement ou d’économie. Faire rouler des trains qui coûtent déjà plus de 12 milliards d’euro par an; moi je dis STOP.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :