La part de la voiture en recul dans toutes les grandes villes françaises

lesechos.fr, Olivier Noyer, le 1er février 2010

La part de la voiture en recul dans toutes les grandes villes françaises

La part modale de la voiture dans les déplacements urbains a diminué dans les plus grandes agglomérations françaises. Strasbourg et Lyon font figure de très bonnes élèves grâce, entre autres, à des politiques persévérantes.

Le centre d’études sur les réseaux, les transports et l’urbanisme (Certu) effectue régulièrement depuis plus de trente ans, à la demande, des « Enquêtes ménages déplacements » dans les plus grandes agglomérations. Ces solides enquêtes de terrain permettent de suivre, à méthode comparable, l’évolution dans le temps et entre villes de tous les modes de transports, y compris les deux-roues et la marche à pied. Trois études récentes publiées à Bordeaux, puis à Strasbourg et Toulon, confirment qu’une évolution, qui avait surpris en 2006 à Lille et à Lyon, s’est généralisée dans toutes les villes importantes : partout la voiture cède du terrain par rapport au transport public et aux modes doux.

Cette tendance lourde est corroborée par d’autres approches nationales (Comptes de la nation, ventes de carburants, enquêtes Insee-Inrets) et par les observations des autres pays ouest-européens. Pour Jean-Marie Guidez, expert en mobilités au Certu, « il est maintenant certain qu’une rupture s’est produite aux environs de 2004-2005. Jusqu’à cette époque, après des décennies d’envolée de l’usage de la voiture, les experts pensaient que 1 point de part de marché gagné serait une performance. Or on constate des gains de 7 points à Strasbourg et de 4 à 5 points dans plusieurs villes ».

Lyon, trente ans d’efforts

Les causes du reflux sont multiples : prix du carburant, politiques de transport et d’urbanisme sur plusieurs mandats électifs (lignes de métros, trams, train en périurbain, transports en sites propres, « effet réseau », limites à la circulation et au stationnement, plans de déplacements urbains (PDU)…), floraison de modes doux alternatifs (vélo, covoiturage, autopartage), glissement de la « voiture objet et patrimoine » vers la « voiture service », hausse de la conscience environnementale, proportion plus importante de retraités moins mobiles que les actifs…

Pour Jean-Marie Guidez, « les mêmes causes produisant les mêmes effets, la tendance devrait se confirmer : l’énergie pas chère est finie, les politiques de rééquilibrage urbain se renforcent, le vieillissement de la population s’accentue… » De nouvelles causes agissent dans le même sens, comme le resserrement des budgets des ménages, le développement de la journée continue qui supprime les déplacements du déjeuner, ou l’émergence d’un « e-comportement » qui rend plus sédentaire (on peut tout faire à la maison : courses, rencontres familiales…).

Toutes les municipalités aux politiques volontaristes n’ont pas forcément mené des enquêtes standardisées de ce type qui permettent la comparaison entre villes et dans le temps. Mais la synthèse (voir ci-dessus) met en valeur quelques « villes vitrines » aux politiques persévérantes qui ont le plus comprimé la part de la voiture comme Lire la suite

La France veut des bâtiments plus sobres en énergie

lemonde.fr, Grégoire Allix, le 10février 2010

La France veut des bâtiments plus sobres en énergie

Nom de code : RT 2012. En France, l’élaboration par le ministère de l’écologie de la future réglementation thermique des bâtiments, avec l’ambition de les rendre plus sobres en énergie, fait l’objet de vifs débats. Elle est censée s’appliquer à partir du 1er janvier 2011 pour les édifices publics et le secteur tertiaire, le 1er janvier 2013 pour le secteur résidentiel.

L’enjeu est considérable. Cette réglementation déterminera largement la capacité de la France à réduire sa consommation énergétique et ses émissions de CO2 – le secteur du bâtiment engloutit 42 % de la première et rejette 25 % des secondes. Si le total des émissions de gaz à effet de serre en France a baissé de 0,6 % entre 2007 et 2008, celles liées au bâtiment ont augmenté (+ 7,7 %).

Dans le maquis de la future réglementation se joue aussi l’avenir de filières industrielles, qui déploient en coulisses un intense lobbying. « Le gaz et l’électricité ne pensent qu’à se détruire l’un l’autre. Quant aux fabricants de convecteurs et de ballons électriques, ils sont prêts à tout pour sauver leurs produits », observe le député (UMP) Claude Birraux, président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), auteur en décembre 2009, avec Christian Bataille (PS), d’un rapport sur le sujet.

Prévue par le Grenelle de l’environnement pour remplacer l’actuelle RT 2005, la nouvelle bible de la performance énergétique marque une rupture décisive. Elle définit, pour la première fois, un plafond de consommation : 50 kWh/m2/an d’énergie primaire, contre une consommation de 150 kWh/m2/an pour les bâtiments neufs actuels et de 260 kWh/m2/an en moyenne pour le parc immobilier existant.

Une révolution qui nécessitera d’importants progrès dans les techniques d’isolation, de ventilation et de chauffage, selon ses promoteurs. Une occasion gâchée, plutôt, dénoncent les écologistes. « Le gouvernement n’a pas saisi cette opportunité pour réformer une comptabilité qui oublie, en moyenne, la moitié de la consommation réelle des bâtiments« , regrette Alain Bornarel, ingénieur au bureau technique Tribu et membre de l’Institut pour la conception environnementale du bâti (ICEB).

Traditionnellement, l’éclairage, le chauffage, l’eau chaude, la ventilation et la climatisation sont comptabilisés, mais pas l’électroménager, les parkings, les ascenseurs, la bureautique, l’informatique, les cuisines des restaurants, les plateaux techniques des hôpitaux… « Ce sont des consommations sur lesquelles le concepteur du bâtiment n’a qu’un impact réduit », justifie Jean-Christophe Visier, directeur de l’énergie, de la santé et de l’environnement au Centre scientifique et technique du bâtiment, le principal conseiller technique du ministère de l’écologie.

Autre point de discorde : les « coefficients de conversion« . Ceux-ci permettent de Lire la suite

Photovoltaïque en Gironde : Panneaux très encadrés

sudouest.com, Julien Rousset, le 11 Février 2010

ÉNERGIE SOLAIRE. La préfecture veut mieux réglementer l’implantation de fermes photovoltaïques. Les promoteurs craignent un tour de vis

Panneaux très encadrés

Du photovoltaïque, oui… mais pas à tout prix. Confrontée, depuis l’an dernier, à une avalanche de projets, la préfecture est en train de préciser les règles encadrant l’implantation de fermes de panneaux solaires.

Ces règles étaient jusqu’ici assez floues. Et le phénomène marginal : il n’existe à ce jour pas, en Gironde, de ferme photovoltaïque à proprement parler.

Du « solaire » est apparu ici ou là, sur de menues échelles. Un site expérimental à la pépinière technopole Montesquieu de Martillac, une petite centrale récemment inaugurée au Barp… À part ça, rien. Rien, en tout cas, de concret. En revanche, que de projets ! « Plusieurs dizaines » de demandes ont afflué ces derniers mois à la préfecture. Pourquoi ? Parce que les projets validés avant le 31 décembre 2009 pouvaient bénéficier d’un rachat, par EDF, de l’énergie produite à un tarif préférentiel – tarif qui vient d’être révisé à la baisse (1).

En forêt ? Oui mais…

Cette aubaine a stimulé des projets partout en France. Face à cet appel d’air, un premier cadre a été posé : depuis le mois de novembre, toute installation de centrale photovoltaïque est soumise à permis de construire, enquête publique et étude d’impact.

De son côté, la préfecture est en train d’élaborer sa « doctrine » en la matière. Une doctrine qui varie selon trois catégories de site. Premier cas de figure, le plus consensuel : les sites dits « artificialisés » – zones industrielles, carrières, parkings… Installation facile, paysage neutre : ces lieux sont propices aux champs photovoltaïques. Deuxième option : des panneaux sur du bâti, en ville, sur des toits. Dans ce cas, gare au patrimoine et aux sites protégés (voir ci-contre)… Troisième et dernière option, la plus délicate : les surfaces naturelles – zones forestières, viticoles ou agricoles.

C’est sur ces terrains que fleurissent les demandes, et les polémiques. Bronca par exemple dans le Pays foyen, quand, en décembre dernier, un propriétaire de Saint-Quentin-du-Caplong envisage d’arracher 60 hectares de vigne pour les draper de panneaux solaires. Chasseurs, agriculteurs, viticulteurs… s’y opposent, estimant que cet équipement va blesser le paysage et contribuer à la baisse continue de la surface agricole dans le département. Pour l’instant, le maire, Rolland Grenouilleau, attend le permis de construire pour se prononcer (2).

« Quand il s’agit de zones naturelles, nous regardons avec beaucoup d’attention. Le risque, c’est Lire la suite

Les militants du climat restent mobilisés après Copenhague

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 8 février 2010

Les militants du climat restent mobilisés après Copenhague

Comment rebondir après Copenhague ? La question ne se pose pas seulement aux diplomates et aux gouvernements, mais aussi au mouvement social. Elle a été au coeur des discussions du collectif Urgence climatique, justice sociale, réuni à Paris samedi 6 février. Plus de cent délégués y ont participé, représentant des partis (Verts, Parti de gauche, NPA), syndicats (FSU, Solidaires), associations (Attac, Amis de la Terre, Réseau action climat), et des collectifs locaux (Bordeaux, Rouen, Lille, Marseille, Saint-Nazaire…).

Créé avant Copenhague, Urgence climatique, justice sociale vise à articuler l’enjeu écologique et la question sociale. Il a rejoint pendant la conférence tenue dans la capitale danoise, en décembre 2009, les mouvements internationaux Climate Justice Action et Climate Justice Now, qui ont organisé des manifestations réussies pendant la durée de la conférence sur le thème : « Changez le système, pas le climat« . Mais après le succès militant de Copenhague, le retour à la maison a été décevant.

« Il y a un sentiment d’impuissance dans la population qui pense que l’ONU, c’est le bazar », a résumé Chantal Delmas, du Val-d’Oise. « On subit le contrecoup de l’échec de Copenhague« , juge Sophie Zafari, de la FSU, tandis que la poussée des « climato-sceptiques » pèse aussi sur l’opinion.

Mais l’atmosphère n’était pas au pessimisme. Laurent Hutinet, des Amis de la Terre, a rappelé que « l’analyse écologique est née dans les années 1970 de la critique du système énergétique, indépendamment de la question du changement climatique. Même si le GIEC avait tout faux, cela ne changerait rien : l’explosion à venir des prix de l’énergie va rendre intenable le modèle de la maison et de la voiture individuelles. »

« L’universel, c’est le local »

Et, résumant un avis largement partagé, il a conclu : « Pour mobiliser nos concitoyens, il faut préciser les analyses, mais aussi les solutions : la relocalisation, qu’il faut mettre en oeuvre comme le paradigme universel. L’universel, c’est le local ! » « Mais sans s’y enfermer ! », s’est exclamée Geneviève Azam, d’Attac, selon qui « il faut travailler la question de la transition vers une économie écologique et sociale, et présenter les alternatives crédibles« .

Proposer des alternatives, mais aussi lutter différemment : l’association Bizi de Bayonne a ainsi été présentée comme un modèle – ses représentants étaient absents en raison d’une manifestation conduite le même jour au Pays basque : « Ils sont partis de questions très concrètes sur le transport et le travail le dimanche, a expliqué un militant de Nanterre, et, surtout, ils mènent une lutte joyeuse, pleine d’humour, les gens prennent du plaisir à militer dans ce mouvement qui a un fonds théorique très important. »

L’assemblée a aussi réfléchi au suivi des Lire la suite

L’artificialisation des terres agricoles s’accélère, un phénomène qualifié de « catastrophe » par Nicolas Sarkozy

lemonde.fr, le 8 février 2010, Hervé Kempf et Clément Lacombe

La forêt ne gagne plus de terrain en France

L’artificialisation des terres agricoles s’accélère, un phénomène qualifié de « catastrophe » par Nicolas Sarkozy

C’est la rupture d’une tendance historique de plus d’un siècle : en 2008, la forêt a cessé de gagner du terrain en France, après une progression continue pendant plus de cent cinquante ans. Ce tournant majeur dans l’occupation du territoire a été observé par les statisticiens du ministère de l’agriculture, dont l’enquête Teruti sur l’utilisation du territoire a été publiée fin 2009 (Agreste, Chiffres et données, n° 208). Menée chaque année depuis les années 1960, l’enquête observe l’occupation des terrains sur plus de 300 000 points du territoire. En 2008, il est apparu que les sols boisés reculaient (16,946 millions d’hectares) par rapport au relevé précédent (16,974).

Ce tournant s’inscrit dans un phénomène général et continu de conversion des terres agricoles vers d’autres usages : jusqu’à présent, ce mouvement s’opérait partie par boisement, partie par urbanisation. C’est maintenant l’urbanisation, ou « artificialisation des sols », qui absorbe les terres agricoles abandonnées. Les chiffres montrent aussi que l’urbanisation des sols s’accélère : de 54 000 hectares par an dans la décennie 1982-1992 à 74 000 hectares par an sur les années 2006-2008. Ce rythme dépasse largement la croissance de la population.

Le sujet est pris au sérieux au plus haut niveau : le 25 janvier, lors de l’émission télévisée « Paroles de Français », Nicolas Sarkozy a ainsi dit : « Nous avons besoin de protéger les terres agricoles, parce que les terres agricoles, c’est l’équivalent d’un département qui disparaît par an, c’est une catastrophe. » C’est en fait en dix ans que l’équivalent d’un département est absorbé par l’artificialisation, mais le danger est réel. « Le gaspillage des terres agricoles continue inexorablement, écrit André Thévenot, président de la fédération des Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer). L’étalement urbain ne cesse de s’amplifier au détriment des espaces agricoles, forestiers et naturels périurbains, au risque de perturber les équilibres écologiques et territoriaux. »

Un spécialiste du cabinet d’études Solagro, Philippe Pointereau, s’inquiète même pour l’autonomie du pays : « Au rythme actuel de perte des terres agricoles, la France pourrait devenir franchement importatrice de denrées agricoles en 2050, et perdre son indépendance alimentaire. »

La cause essentielle du gaspillage de l’espace est le décalage entre le revenu agricole et le prix du foncier : il est toujours plus intéressant de vendre une terre à la construction que de la conserver en culture. Ainsi, le prix national des terres et prés libres est d’environ 5 170 euros l’hectare en 2008, selon les Safer. Mais si le terrain devient constructible, sa valeur est d’un coup multipliée par quatorze dans la Creuse, par cinquante dans la région toulousaine et même par… trois cents en région parisienne. Rares sont d’ailleurs les agriculteurs à tirer profit de cette culbute, puisque plus des deux tiers des exploitations sont en fermage.

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