Luc Ferry : « l’écologie est une affaire de bobos « 

lexpansion.com, Reuters/Charles Platiau, le 28 janvier 2010

Luc Ferry : « l’écologie est une affaire de bobos  »

Luc Ferry, philosophe, ancien ministre de l’éducation nationale, auteur du « nouvel ordre écologique » publié aux éditions Grasset en 1992

Pourquoi les classes populaires ne semblent pas aussi enthousiastes que les cadres à adopter un mode de vie estampillé vert ?

Il y a une réponse évidente, et une autre, qui l’est peut être moins. La réponse évidente, c’est que,  quand la vie est difficile, quand le pouvoir d’achat n’est pas ce qu’on espérait alors, les préoccupations touchant la  protection de l’environnement passent au second plan. Mais il faut, je crois, aller plus loin : à bien des égards, les enquêtes sociologiques le confirment largement, l’écologie est une affaire de « bobos », pour ne pas dire d’intellectuels. Pas exclusivement, bien entendu, mais assez largement quand même. Pourquoi ? Tout simplement parce que les questions touchant l’environnement sont à la fois globales et lointaines. Elles engagent une réflexion qui va loin dans le temps (les générations futures, l’état du monde en 2050, etc.) et dans  l’espace (c’est aujourd’hui l’entrée de la Chine et de l’Inde dans la mondialisation qui pose le plus de problème…). Or il n’est pas sûr que ces questions lointaines soient « populaires », d’autant qu’elles supposent souvent un haut niveau d’étude, notamment scientifiques…

Vous affirmez donc que l’écologie est un luxe de « riches » …

Oui, bien entendu et cela vaut d’ailleurs tout autant pour les individus que pour les nations. Il était totalement déraisonnable, et même absurde d’imaginer que la Chine et l’Inde allaient se passionner à Copenhague pour le climat ou la réduction des gaz à effet de serre. J’ai entendu maintes fois des écolos convaincus m’expliquer que « les chinois ne sont pas idiots ». Justement, c’est bien pour cela qu’à leurs yeux le développement est prioritaire. Un point de croissance en moins dans la Chine d’aujourd’hui, ce sont des émeutes sanglantes dans les mines ou ailleurs, et ce genre de considération est évidemment prioritaire. Voilà pourquoi nous avons eu tout faux à Copenhague : il fallait réfléchir tout autrement que notre gouvernement ne l’a fait : il fallait, non pas essayer d’obtenir que les nouveaux entrants signent un traité, encore moins nous infliger une absurde taxe carbone, mais au contraire investir à fond dans la recherche scientifique permettant de vendre au reste du monde des modes de consommation moins dévastateurs. Là est notre vraie carte à jouer, à nous les Européens, et certainement pas dans un bras de fer aussi ridicule que perdu d’avance avec les Chinois et les Indiens. Je crois que nos politiques ne comprennent rien à l’écologie.

Ce problème d’équité sociale ne risque-t-il pas d’entraîner à terme un rejet des politiques écologiques ?

Oui, vous avez raison, et on le voit bien avec la taxe carbone qui, malgré tous les efforts du gouvernement, n’est pas du tout populaire. Elle a d’ailleurs été censurée par le conseil constitutionnel au motif qu’elle était par trop inégalitaire. Mais, encore une fois, avec ce genre de taxes, le problème est mal posé. Ce n’est pas en taxant qu’on résoudra le problème posé par les flux de consommations, mais en innovant radicalement, en inventant des voitures électriques qui marchent vraiment, des bâtiments à basse consommation, etc. Ce n’est pas la décroissance qui sauvera le monde mais la croissance verte, si du moins on parvient à donner un sens à cette formule qui pour l’instant n’en a pas beaucoup, il est vrai.

Y a-t-il une écologie de gauche et de droite?

Je dirais plutôt que jusqu’à une date récente, il y avait surtout une écologie d’extrême gauche, et une autre d’extrême droite, ou pour mieux dire, contre révolutionnaire, et ce pour une raison de fond : elles communiaient toutes deux dans la haine de la modernité libérale capitaliste. L’écologie politique d’extrême gauche était bien entendu la plus voyante, mais l’autre n’était pas négligeable pour autant. Ce n’est en réalité que tout récemment que les partis démocratiques de gouvernement se sont vraiment intéressés à l’écologie. Il est évidemment plus facile d’être écolo quand on est révolutionnaire (ou contre révolutionnaire) que lorsqu’on est réformiste.

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2 Réponses

  1. Oui, il y a une certaine « écologie » qui est l’affaire du bobo. La preuve : http://unoeil.wordpress.com/2009/10/02/le-temps-des-nomades/

  2. Dans son livre le nouvel ordre écologique luc ferry parle surtout de son dégout de l’écologie d’extreme gauche. Il ne parle pas du tout (en 1992) de la crise écologique qui venait; dommage pour quelqu’un reputé brillant et cultivé.
    Son raisonnement ici est aussi léger; comment se fait il que les français n’aiment pas la taxe carbone? (aiment ils une seule taxe?) .
    Nous devons diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre et cette injonction des scientifiques n’est absolument pas prise en compte par Luc ferry qui s raccroche à la croissance verte en se demandant dans la meme phrase si ce terme a un sens.

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