Pays Basque : BIZI. En quelques mois, le mouvement « écologiste et social » a prouvé sa capacité à mobiliser

sudouest.com, Pierre Penin, le 2 Janvier 2010

BIZI. En quelques mois, le mouvement « écologiste et social » a prouvé sa capacité à mobiliser. Il aborde déjà une nouvelle étape de son existence et doit fixer ses priorités

Radicaux et pragmatiques

En six mois d’existence, Bizi s’est fait une place plus que visible, dans le paysage militant local. Passé d’une vingtaine d’adhérents à sa création, à une centaine aujourd’hui, il est un interlocuteur pris au sérieux. Après le sommet de Copenhague, son échéance fondatrice, Bizi doit aujourd’hui assimiler sa croissance et tracer ses nouvelles priorités.

Jean-Noël Etcheverry, membre fondateur, se projette dans les mois post-Copenhague.

« Sud Ouest ».

Quel est le concept essentiel de Bizi ?

Jean-Noël Etcheverry. On est des militants qui veulent créer un mouvement mêlant social et écologie. C’est ce qui nous différencie d’organisations comme par exemple le NPA (Nouveau parti anticapitaliste) d’un côté, et les mouvements purement environnementaux de l’autre. Je veux dire par là que nous sommes à la fois pour la taxe carbone et pour la gratuité des transports en commun. Le NPA est contre la taxe carbone pour des raisons sociales, et des associations environnementales s’opposent à la gratuité totale des transports. Nous voulons faire la synthèse des deux.

Pensez-vous cela vraiment possible sans contradiction ?

La réussite des idées écologistes ne sera pas possible sans la préoccupation sociale. Tout ce qui va vers la préservation de la planète doit s’accompagner de justice sociale et de redistribution. C’est le seul moyen d’impliquer les plus pauvres dans les questions environnementales. L’exemple de la taxe carbone vaut ici. Pas celle de Sarkozy, trop timorée donc peu dissuasive, avec son principe de neutralité fiscale. Mais une taxe plus importante qui permettrait des investissements pour anticiper l’explosion à venir du coût du pétrole, profiterait aux plus modestes.

Si vous deviez résumer la méthode Bizi…

Nous marions radicalisme et pragmatisme. Radicalisme parce que nous voulons changer le système. Nous prônons une évolution profonde des modes de consommation et de production. Je dis radical parce que nous ne sommes pas pour la croissance verte, qui revient à agir à la marge. Nous ne voulons pas traiter les symptômes, mais nous attaquer aux racines. Pour autant, nous ne rêvons pas de Grand soir. Nous sommes pragmatiques parce que déterminés à soutenir les actions qui vont dans le bon sens. Prenez notre soutien à Chronobus : nous avons manifesté pour, aux côtés de mairies de droite. Nous sommes indépendants, mais nous nous associerons ponctuellement aux bonnes idées.

Est-ce à dire que dans l’opposition classique entre idéal et pragmatisme, vous favorisez le second ?

Si vous voulez dire que nous ferons tout ce que nous pourrons pour faire avancer concrètement les choses, je réponds oui. Que nous ne serons pas que dans la protestation, mais dans la proposition, je dis encore oui. Mais cela en restant fidèle à l’idée de bouleversement du système.

Cela pose la question de votre positionnement vis-à-vis du politique. Et du politique vis-à-vis de vous, d’autant que Bizi se développe de façon importante. Existe-t-il pour vous un risque de récupération ?

Ce qui est clair, c’est notre indépendance politique. Après Copenhague, nous commençons aujourd’hui un travail de réécriture de notre charte. Elle fixera ce principe d’indépendance. Dira certainement que l’on ne peut pas être à Bizi et élu par ailleurs. Par rapport aux politiques, on veut raisonner en terme de constat, de concret. Juger les actes. Mais personnellement, je n’ai pas de défiance vis-à-vis des politiques. Je respecte leur engagement qui n’est pas le choix de la facilité. Ceci dit, nous entendons être un contre pouvoir, un aiguillon.

Quelle sera l’attitude de Bizi lors des élections diverses ?

Pendant les régionales, nous serons occupés à la réflexion sur la suite de notre mouvement. Mais Bizi ne soutiendra ni ne participera aucune liste politique.

Dans les débats du moment, il y a la LGV.

Vous avez manifesté contre le tronçon Bayonne-Espagne. N’est-ce pas paradoxal de manifester contre le train, pour une association écologiste ?

On devrait être pour si on considère que grâce à la LGV, les gens prendront moins l’avion. Mais ceux qui prennent l’avion aujourd’hui vont-ils s’arrêter de le prendre parce que Paris sera à trois heures au lieu de cinq ? Non. C’est du ripolinage de façade. On est encore dans le toujours plus vite, dans l’accélération perpétuelle des choses. Pour aller à Copenhague, on a mis 27 heures en train et ça nous a coûté trois fois plus cher que l’avion : ça, c’est un problème. Le problème, c’est aussi que les gens puissent vivre près de leur lieu de travail. Il faut relocaliser, y compris les loisirs. Nous y serons contraints par l’augmentation des énergies fossiles, alors anticipons-le.

Quelle sera votre attitude dans le procès de Laborantza Ganbara ?

Nous avons décidé de nous impliquer aux côtés de ses défenseurs, parce qu’elle défend une agriculture durable et responsable. Parce que se pose la question de la liberté : ce sont les idées de Laborantza Ganbara qui sont attaquées. Parce que ce sont des acteurs du Pays Basque qui veulent se prendre en main.

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