ARCACHON. Les huîtres seront désormais soumises à un test chimique

sudouest.com, Chantal roman, le 2 Janvier 2010

ARCACHON. Les huîtres seront désormais soumises à un test chimique

Le test de la souris a vécu

Les douze coups de minuit de l’année 2010 n’avaient pas encore sonné, jeudi soir, que déjà tous les ports ostréicoles étaient au courant : le fameux test souris était abandonné au profit du test chimique. Autant dire que les voeux de bonne année, envoyés par textos de cabane en cabane, ont tous salué la bonne nouvelle. Une mesure appliquée, bien évidemment, à tout le littoral français, mais qui réjouit avant tout le bassin d’Arcachon, dont les fermetures ont été récurrentes depuis cinq ans (lire ci-contre).

Olivier Laban, président de la Section régionale conchylicole, explique : « Nous avons eu la communication officielle par un courrier du ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire, daté du 31 décembre. Aussi ai-je voulu annoncer tout de suite la nouvelle aux collègues. Nous l’avons envoyée, par SMS, sur les téléphones portables, comme nous l’avons fait tout cet été lors de l’annonce des résultats des tests hebdomadaires. Ces fameux SMS qui terrorisaient la profession chaque semaine… »

Un grand ouf

Exit, donc, le test souris, contesté depuis des années par les ostréiculteurs ? « Il existera toujours, mais ne sera plus prédominant dans les décisions de fermeture des bassins ostréicoles, précise Olivier Laban. Ce seront les résultats des tests chimiques qui en décideront. Mais le maintien du bio test sur souris permettra d’être vigilant quant à l’apparition éventuelle de nouvelles toxines émergentes. » (1)

Dès ce mois de janvier, dans le cadre de la surveillance mensuelle des huîtres et des moules, c’est donc le test chimique qui servira d’indicateur. « Avec des prélèvements effectués le 16 janvier pour un résultat donné le 22 janvier », selon le président Laban.

On imagine volontiers que les ostréiculteurs ont poussé hier un grand ouf de soulagement. « Nous avions grand espoir, dit encore Olivier Laban. Bruno Le Maire avait réaffirmé à plusieurs reprises que le test chimique serait appliqué au 1er janvier, la France pouvant obtenir une dérogation dans le cas où ce nouveau test ne pourrait être validé à temps par les tous les pays européens. Mais voir enfin noir sur blanc la décision entérinée, c’est autre chose… Et nous allons pouvoir nous consacrer à des dossiers autrement essentiels pour le Bassin, à savoir le réensemencement des parcs ostréicoles afin de pallier le manque de stocks. »

« Le ministre a tenu parole »

Hier, Marc Druart, ancien président des ostréiculteurs, ne cachait pas non plus sa joie. Il faut dire qu’il avait démissionné de la présidence, n’en pouvant plus de se battre contre « des moulins à vent ». « Aujourd’hui, je suis heureux, dit-il. Et pour les ostréiculteurs, et pour Olivier Laban qui a repris le combat. Ce n’était pas facile. Il a fallu trois ministres, Dominique Bussereau, Michel Barnier et enfin Bruno Le Maire, pour arriver à obtenir le test chimique ! Et je dois dire que Bruno Le Maire est le seul à avoir tenu sa parole. Il a pris ses responsabilités, il a fait son boulot. »

Marc Druart garde cependant une amertume : « Je ne peux pas oublier l’annonce faite le 6 septembre 2006 par Dominique Bussereau à propos de deux personnes décédées « après avoir mangé des huîtres ». La suite a bien sûr innocenté les huîtres, nous n’en avions jamais douté, mais je l’avoue, j’en garde un souvenir très amer. Cela nous a fait très mal. À tous. »

(1) Le bio test consiste à injecter des extraits de glandes digestives de coquillages à des souris. Si deux souris sur trois meurent dans les vingt-quatre heures, les coquillages sont interdits à la vente.

La qualité des eaux en question

L’abandon du test de la souris ne va pas magiquement résoudre tous les problèmes du Bassin. Le plan d’eau subit les conséquences d’une pression démographique galopante. Entre 1999 et 2006, le Bassin a gagné 18 000 habitants, pour un total avoisinant désormais les 130 000. Plus d’habitants, c’est plus de rejets d’eaux usées, plus d’espaces bitumés et plus de ruissellement et de pollution dans le milieu marin.

La tendance se poursuit. Dans une note datée de 2008, les services de l’État estiment que le Bassin gagnera à ce rythme 100 000 habitants supplémentaires à l’horizon 2030… Un ouvrage cristallise les polémiques : le wharf de la Salie, qui rejette à l’extérieur des passes du Bassin les eaux usées (et traitées) des ménages et de la papeterie Smurfit de Facture. Financée par le Siba (Syndicat intercommunal du bassin d’Arcachon), Smurfit et l’Agence de l’eau Adour-Garonne, effectuée par le groupe de physico et toxico-chimie de l’environnement (LPTC) du CNRS-Bordeaux 1, une étude lancée en 2008 vise à recenser toutes les molécules présentes dans les 50 000 mètres cubes d’effluents qui s’en vont rejoindre quotidiennement l’Océan.

L’étude est toujours en cours. Mais, d’ores et déjà, on sait qu’on trouve à peu près tout en sortie des stations d’épuration du Bassin (comme de tous les équipements similaires) : des médicaments, des phtalates (plastique), des détergents, des antiparasites du bois, du benzène, du toluène… Les concentrations sont très faibles. Mais reste à savoir dans quelle mesure ces polluants peuvent être accumulés par les mollusques.

La pression du tourisme

À la pression démographique et foncière s’ajoutent les effets d’un tourisme balnéaire dévorant. Une autre étude, publiée en janvier 2008 par l’Ifremer et le laboratoire LPTC, pose le problème de l’impact des activités nautiques. Sur le Bassin, en été, s’agrège une ville flottante. Qui croira qu’une bonne partie des eaux usées de cette ville-là ne va pas rejoindre directement le milieu naturel ?

Les données tirées de l’étude laissent perplexes sur le caractère « durable » de l’envahissement. On recensait près de 12 000 bateaux à flot en permanence en 2006, augmentés du transit occasionnel. Entre 2002 et 2005, la quantité de carburant vendue aux plaisanciers dans les ports du Bassin a augmenté de 37 %. Au total, en 2005, 4,1 millions de litres de fioul ont été vendus pour être consommés – très majoritairement – sur le plan d’eau.

Au final, la contamination des huîtres des Jacquets – un site du Bassin – par les HAP (hydrocarbures) était, entre 2000 et 2004, la plus élevée sur les 29 points contrôlés sur le littoral Manche-Atlantique, à l’exception de la rade de Brest.

Les services de l’État, comme les élus du Bassin, le savent. Ils procèdent aux choix de développement en connaissance de cause. Si des soucis sanitaires devaient perdurer, les autorités ne pourraient prétendre être surprises.

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