Juste en sortant d’ « Avatar », entrez dans une autre salle de cinéma. Et allez voir « La fin de la pauvreté ? »

altermondes-sans-frontière.com, Jean-Luc Porquet, Le Canard enchaîné N° 4652, le 23 décembre 2009

Juste en sortant d’ « Avatar », entrez dans une autre salle de cinéma. Et allez voir « La fin de la pauvreté ? » Bien sûr, ce documentaire passe dans cent fois moins de salles que le blockbuster de James Cameron. Il est moins distrayant. Il ne fait pas rêver. Mais il dit la même chose. Il raconte la même histoire.

La seule différence c’est que celle-ci est vraie. Dans ce film, le réalisateur Philippe Diaz montre comment le monde où nous vivons a été façonné par cinq siècles de pillage. Comment à partir de 1492, au moment où en Europe la noblesse a déjà confisqué les terres communales qui permettaient aux pauvres de subsister, les conquistadors ratissent le Nouveau Monde : sitôt découvert, sitôt ravagé.

Il suffit de relire « Très brève relation de la destruction des Indes » (La Découverte), le témoignage effaré du dominicain Bartolomé de Las Casas publié en 1552 : « Si les chrétiens ont tué et détruit tant et tant d’âmes et de telle qualité, c’est seulement dans le but d’avoir de l’or, de se gonfler de richesses en très peu de temps et de s’élever à de hautes positions disproportionnées à leur personne ».

Pourquoi aujourd’hui trois milliards de personnes vivent-elles avec deux dollars par jour ? Parce que, à leur manière, d’autres conquistadors ont continué et continuent le pillage. Aujourd’hui, du Brésil au Kenya, des décennies après les indépendances, les terres sont toujours aux mains des grands propriétaires terriens et des multinationales. Les pays du Sud sont toujours étranglés par la dette, et du coup contraints de produire des biens de base bon marché pour les pays du Nord.

H.W.O. Okoth-Ogendo, professeur de droit kenyan : « Les ressources du Sud sont fondamentales au développement du Nord. Et la manière d’accéder à ses ressources et de les contrôler devient cruciale pour le Nord. C’est là que le combat s’est toujours déroulé, et ce durant des siècles, et cela continue. Surtout en ce qui concerne les ressources minières. Regardez autour de vous. Pourquoi la guerre d’Angola a-t-elle été si longue ? Ou celle du Congo ? Pourquoi ne sommes-nopus pas intéressés par ce qui se passe en Somalie ? Car il n’y a rien à exproprier là-bas. Mais il y a des choses à exproprier au Soudan, au Congo, en Angola et dans d’autres pays. Donc les guerres de ressources vont continuer ».

Oui, nous sommes toujours dans « Avatar » : les colons continuent d’exploiter les Na’vis. Susan George : « Je pense que les gens ne comprennent pas qu’en fait c’est le Sud qui finance le Nord. Si on regarde les mouvements d’argent du Nord vers le Sud et du Sud vers le Nord, on s’aperçoit que le Sud finance le Nord à hauteur de 200 milliards de dollars par an ».

Mais comme à Copenhague les pays du Nord ont promis-juré qu’ils donneraient la moitié de cette somme aux pays pauvres à partir de 2020 pour lutter contre le réchauffement climatique, on est tout de suite rassurés !

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