La trajectoire verte de Nicolas Sarkozy

lefigaro.fr, Charles Jaigu, le 16 décembre 2009

La trajectoire verte de Nicolas Sarkozy 

Le chef de l’État arrive ce jeudi à Copenhague, où se tient la conférence sur le climat. Depuis 2002, il s’est progressivement rallié aux idées écologistes.

C’était pendant la traversée du désert de Nicolas Sarkozy, il y a plus de dix ans. Sonné par la défaite de Balladur, le quadra du RPR avait du temps. Et, comme il le dira plus tard, il «prend conscience de ses manques». Un jour, il croise dans un mariage à Neuilly Allain Bougrain-Dubourg, le fondateur de la Ligue pour la protection des oiseaux. Le maire de la ville le salue d’un «vous savez je ne suis pas chasseur !» «Ça tombe bien, moi non plus», répond l’ancien compagnon de Brigitte Bardot et militant antichasse. Ce dernier lui explique que l’écologie n’a pas vocation à être le monopole de la gauche. Le propos intéresse Nicolas Sarkozy, qui lui demande de venir le voir. «Nous avons eu depuis de nombreuses réunions de travail.» Au menu : biodiversité, règne animal en péril. Nicolas Sarkozy papillonne autour de ces sujets désertés par la droite, mais il est loin, très loin d’avoir accompli sa mue. Il se montre simplement conscient que la droite doit élargir son spectre vers les sujets plus sociétaux.

En 2002, Claude Guéant devient son directeur de cabinet au ministère de l’Intérieur, et il demande à la toute jeune Chantal Jouanno de suivre les dossiers environnementaux. «J’étais l’emmerdeuse qui travaille sur les sujets considérés comme risibles», se souvient-elle. Ancien haut fonctionnaire au ministère de l’Environnement, Guillaume Sainteny se souvient d’ailleurs que le ministère de l’Intérieur restait «totalement indifférent à ces problématiques». Aujourd’hui Chantal Jouanno est devenue secrétaire d’État chargée de l’Écologie. Elle a été la première issue du cabinet de Nicolas Sarkozy à entrer au gouvernement. Quand elle se retourne sur la trajectoire verte du président, elle indique une date : le début du mois de janvier 2007, quand Nicolas Sarkozy, qui a accepté de signer le pacte de Nicolas Hulot, se présente devant un parterre de militants associatifs au Musée de l’homme, pour y lire un texte dont la durée a été limitée à dix minutes précises. Mais le candidat dépasse d’une minute le temps prescrit : il est sifflé par une partie de la salle. Il ressort ulcéré de ces mauvaises manières. Pourtant, selon Jouanno, ce fut un moment décisif : «Nicolas Sarkozy avait mal vécu la pression exercée par Hulot pour signer le pacte. Dans les coulisses ils se sont expliqués franchement, mais il a apprécié des vrais pros qui connaissaient leur sujet», explique la secrétaire d’État.

Sarkozy endosse donc le combat de Hulot, qui fut si longtemps celui de Chirac. Il y voit un intérêt politique – ne pas laisser Ségolène Royal coloniser cet espace politique. Et il y est sans cesse encouragé par une partie de son cabinet, dont Claude Guéant et Emmanuelle Mignon.

La rencontre avec Al Gore

Dans l’intervalle, Sarkozy fait la connaissance de Yann Arthus-Bertrand, lors d’un déplacement resté fameux en Guyane, où il est accompagné de Cécilia Sarkozy. Survol en hélicoptère de la marée verte des huit millions d’hectares de la forêt guyanaise. Le photographe lui parle beaucoup de l’importance capitale des forêts primaires. Message reçu : c’est devenu, au fil des rencontres, l’un des sujets de prédilection du chef de l’État. Le jour de son arrivée à l’Élysée, le 18 mai 2007, le premier hôte de Nicolas Sarkozy sera d’ailleurs Arthus-Bertrand. «On a découvert ensemble son bureau de président», avoue le photographe qui a renoncé au vote vert pour voter Sarkozy, encore tout étonné de voir le tout nouveau chef d’État essayer devant lui le fauteuil de Chirac, et ouvrir la fenêtre pour admirer la vue.

Dès les premières semaines de son quinquennat, Nicolas Sarkozy reçoit les grands experts en matière d’écologie, avant de lancer le Grenelle de l’environnement. Il voit l’économiste Nicholas Stern, auteur d’un rapport sur le péril climatique commandé par Tony Blair, ou Al Gore, alors en tournée de présentation de son film, Une vérité qui dérange, qu’il rencontre trois fois en 2007. «C’est à ce moment-là qu’il s’est forgé une vraie conviction», raconte Chantal Jouanno : «Il était devant des experts de renommée internationale, ce qui le sortait du débat politicien avec les Verts.» Ils lui expliquent alors, diagrammes à l’appui, que le réchauffement climatique actuel – plusieurs degrés en trente ans – n’a rien à voir avec le cycle interglaciaire classique qui s’étale sur 150.000 ans, objection classique des «climato-sceptiques de droite devenus aujourd’hui pro-Allègre», résume l’un de ses collaborateurs. «Sur l’environnement, Sarkozy est à 50% sincère et à 50% dans la stratégie politique», conclut Nicolas Hulot. «C’est lui qui a porté le paquet climat en Europe, c’est lui qui va monter au créneau à Copenhague», ajoute-t-il. «De toute façon, il en aura fait plus que Royal», confie-t-il à des proches. «Et il a déjà été beaucoup plus loin que Chirac.»

L’enfant des Trente Glorieuses n’est pas devenu pour autant un tenant de la décroissance et des randonnées dans le Larzac. C’est l’envolée des prix du pétrole qui finit de le convaincre qu’il y a urgence à changer de mode de développement. «Il a été élu avec un baril à 65 dollars, en juillet 2008, il était à 145 dollars !», résume un proche. Quand il reçoit le prince Charles, le 11 novembre 2008, il est désormais presque converti. Il écoute avec intérêt l’héritier de la couronne raconter son combat contre la déforestation. Un sujet qu’il veut porter lui aussi. Il répète tous azimuts que les forêts du bassin du Congo et celle d’Amazonie sont les deux poumons de la planète. «L’Amazonie a l’un des plus gros potentiels de réduction des gaz à effet de serre pour un coût faible», rappellera-t-il à plusieurs reprises lors de son déplacement éclair à Manaus, au cœur de la forêt amazonienne, il y a trois semaines.

De là à penser que le président reprend mot pour mot le cri d’alarme de Chirac sur «la maison qui brûle»… «Il y a une continuité, mais on ne s’y prend pas de la même manière», glisse Sarkozy en marge d’un déplacement cet automne. «Ma conviction est que les Français ont compris l’impact de l’environnement sur leur santé», explique-t-il aussi pour justifier sa «conversion».

«Il monte moins en ligne»

Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo se voient régulièrement, en tête à tête, et le numéro deux du gouvernement observe l’évolution du chef de l’État. «Il s’est intéressé à ce que je faisais quand il a compris que le potentiel de la nouvelle croissance serait vert», raconte le ministre de l’Écologie et du Développement durable, qui a rang de ministre d’État. Le verdissement du quinquennat serait-il «la belle histoire» à raconter à la fin du mandat ? Mieux que la nouvelle mobilité sociale, la France plus diverse, le retour d’une Europe-puissance ? Quand, à la fin de l’été, la crise est devenue une évidence, Sarkozy a choisi de parier sur l’environnement. «Ses amis chefs d’entreprise, et notamment Martin Bouygues, lui ont expliqué qu’économie et écologie n’étaient plus contradictoires», assure un connaisseur du dossier. Par-dessus tout, Nicolas Sarkozy a constaté que de G8 en conseils européens, d’Union pour la Méditerranée en Conférence pour le développement, l’environnement occupe désormais une grande partie de l’ordre du jour dans les conversations entre chefs d’États. «De quoi parle-t-on ? D’énergie, d’eau, de climat. La diplomatie mondiale est de plus en plus une diplomatie verte», constate Borloo.

Car Nicolas Sarkozy peut conjuguer son goût pour la négociation avec la nouvelle croissance verte – tout en se démarquant du thème de la décroissance. Pour Copenhague, c’est encore à l’Élysée que tout se sera passé. Pendant que le ministère de l’Environnement sous la houlette de Borloo est devenu une gigantesque gare de triage où, selon un haut fonctionnaire «personne ne sait qui fait quoi», l’Élysée, sous les efforts concentrés de la cellule diplomatique, abat l’essentiel du travail. Ce même fonctionnaire ajoute d’ailleurs que ce ministère a 34 précontentieux avec l’Union européenne. Mais Jean-Louis Borloo remplit la mission qu’on lui a fixée : «parler aux pays du Sud», pendant que Nicolas Sarkozy traite le Brésil, l’Inde, les États-Unis, et un peu moins, la Chine. Aujourd’hui le président fait moins de battage qu’à la veille des G20. Le but est désormais, comme à la veille des grands sommets, de «gérer les attentes». «On voulait un sommet intermédiaire début novembre pour définir un accord de principe, afin de rédiger un accord contraignant à Copenhague. Finalement l’étape intermédiaire, ce sera Copenhague», décrypte Olivier Colom, sherpa adjoint à l’Élysée. Désormais, Nicolas Sarkozy a une obsession : échapper au spectre de la déclaration politique totalement vide du G8 à L’Aquila, en juillet dernier. «Il monte moins en ligne, parce qu’il ne sait pas comment tout cela va se terminer», constate l’un de ses proches. «Il apprend le métier. Si le terrain est glissant, il reste prudent.» En attendant, chacun, à l’Élysée, se prépare à Copenhague, où il arrive aujourd’hui à un «G192» particulièrement ardu. «Quand les éléphants se battent, l’herbe souffre», dit le sherpa du président, Jean-David Levitte, en citant un proverbe africain, pour décrire la négociation qui s’ouvre entre chefs d’État.

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