Copenhague : les trous béants d’un projet d’accord

mediapart.fr, Jade Lindgaard, le 18 Décembre 2009

Copenhague : les trous béants d’un projet d’accord

Si le projet d’accord de Copenhague ne permet même pas de limiter la hausse de la température au-dessous de 2 °C, alors à quoi sert-il ? C’est l’interrogation explosive formulée dans une note confidentielle du secrétariat de la convention de l’Onu sur le climat – les organisateurs de la Cop 15 – révélée par Mediapart jeudi après-midi. Même si les pays respectent les objectifs qu’ils se sont fixés de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, la hausse de la température mondiale risque d’atteindre 3 °C.

Cette note est un désaveu cinglant. Elle met à bas l’une des principales bases des négociations climatiques: comment faire pour que les émissions de CO2 provoquées par l’activité humaine ne réchauffent pas la température mondiale de plus de 2 °C. Le Giec avait conçu des scénarios de l’évolution du climat. Les récentes données de l’agence internationale de l’énergie que cite la note interne de l’Onu les radicalisent : les objectifs de baisse de 25% à 40% des émissions de gaz à effet de serre, pour les pays industrialisés, et de ralentissement de 15% à 30% pour les pays en développement, ne suffiront pas à empêcher de forts dérèglements climatiques. 

« Ce document prouve que l’accord qui se prépare à Copenhague nous mène à la catastrophe si personne ne réagit, a fait savoir Kumi Naidoo, directeur de Greenpeace International, dans un communiqué. Une augmentation de trois degrés signifie la dévastation de l’Afrique et l’effondrement probable d’écosystèmes dont des milliards d’êtres humains dépendent. » C’est un brusque retour au réel dans la bulle des négociations du Bella Center danois.

Jeudi soir, assis dans l’atrium encore bondé du Bella Center, le climatologue Hervé Le Treut, membre du Giec, illustre la portée des chiffres brassés quasi-mécaniquement depuis qu’ont débuté les négociations climatiques : « Si l’on passe à plus de 2 °C, cela ne veut pas dire que la planète va mourir, mais qu’on rentre dans un monde de plus en plus conflictuel, explique-t-il à Mediapart. Des conflits pour l’eau, l’alimentation, le maintien d’agriculture et de sylviculture durables… Plus on dépasse ce seuil de 2 °C, plus la nécessité de construire un système qui permette le vivre ensemble au niveau politique est important. Mais le danger de conflit dans les sociétés existe aussi si on passe à des mesures trop rapides, mal comprises. »

Cette analyse impressionne beaucoup plus que tous les effets de manche entendus jeudi 17 décembre à la tribune de l’Onu, en ce premier jour de sommet climatique avec les chefs d’Etat. « Quand on a fait des études de vulnérabilité, en particulier des écosystèmes, on se rend compte qu’à partir de 2 °C, l’évolution devient non linéaire, poursuit Hervé Le Treut. Il n’y a plus de proportionnalité entre la cause et les effets. On pourrait avoir des effets plus grands que la cause qui les crée. C’est une zone de danger. Ce n’est pas un chiffre absolu. C’est un seuil, une zone grise dans laquelle il ne faut pas pénétrer. »

Le drame de la conférence de Copenhague, c’est que le nez collé aux documents, les yeux rivés sur l’évolution des alliances diplomatiques, petit à petit les grands enjeux de la négociation sont perdus de vue. C’est la raison pour laquelle l’accord de Copenhague – s’il existe – s’annonce si décevant. En deçà des préconisations scientifiques.

Et il y a la bataille financière. Dix milliards de dollars chaque année jusqu’en 2013 pour financer l’aide immédiate aux pays pauvres, 100 milliards de dollars de besoins à combler par an à long terme. Les chiffres paraissent énormes. « Jamais les pays riches ne paieront tout ça », prédit un économiste,  vieux routier de la diplomatie du climat. « On est pris à notre propre piège, assez inexplicable, d’annonces de montants que nous ne pourrons pas assurer », s’inquiète le membre d’une délégation européenne.

Pourtant, quand on rapporte ces montants à des dépenses et recettes de l’économie nationale, ils apparaissent très banals. Ainsi, en France, la taxe intérieure sur les produits pétroliers (Tipp) rapporte environ 50 milliards d’euros par an, soit plus de la moitié de l’objectif  mondial de l’aide à long terme. La taxe carbone devrait rapporter environ 4 milliards d’euros, à 17 euros la tonne, dès 2010. Si un jour elle atteint 32 euros, le montant réclamé par les écologistes, elle générerait presque 8 milliards de recette.

Aux Etats-Unis, après la crise financière, le plan pour renflouer les banques a dépassé 500 milliards de dollars. « En combien de temps les pays industrialisés ont-ils débloqué des centaines de milliards pour sauveur leurs banques ? », ironisait Stanislas Dia-Ping Lumumba, représentant du Soudan et porte-parole du G77. En deux ans de négociations, les pays riches n’ont pas réussi à clairement dire ce qu’ils mettraient sur la table pour aider les Etats en développement.

  «3 °C, c’est très possible»

Cette pingrerie des pays industrialisés provoque, du coup, des surprises. Ainsi, cette négociatrice de Papouasie-Nouvelle-Guinée souhaite désormais faire entrer les forêts sur le marché carbone. « Nous avons le sentiment que nous aurons plus de contrôle sur les marchés, où nous pouvons jouer sur l’offre de carbone et donc sur son prix, que sur l’aide financière des pays riches que nous sommes fatigués d’attendre », dit-elle. Que le manque d’aides en vienne à renforcer la croyance dans le marché, juste quelques mois après la crise financière, n’est pas le moindre des paradoxes.

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