Laure Noualhat « Climat: militants malvenus à Copenhague ? »

environnement.blogs.liberation.fr, Laure Noualhat, Ronack Monabay, le 2 décembre 2009

Climat: militants malvenus à Copenhague?

Le flegme danois est en train d’en prendre un coup. Et c’est à croire que les autorités danoises commencent à se mordre les doigts d’avoir voulu organiser la 15ème conférence sur le climat, vous savez, la fameuse conférence internationale qui démarre lundi et qui doit enterrer ou mettre sous perfusion le protocole de Kyoto…

Demain, une énième manifestation est organisée devant le parlement danois. Pourquoi ? Parce que les autorités danoises ont durci la législation concernant les actes de désobéissance civile. Il faut dire que lesdites autorités paniquent un peu: 5000 journalistes déjà accrédités, 15000 délégués et des dizaines de milliers d’activistes prêts à en découdre pour faire de ce sommet un événement historique. Quelle qu’en soit l’issue.

Ci-après, vous trouverez un texte de Ronack Monabay, qu’il a gracieusement accepté de publier dans ce bistrot. Pour te remercier, cher Ronack, je t’amène un bon Côtes-du-Rhône lundi, en descendant du train. Tiens bon d’ici là!

Minority Report en danois

Jeudi 26 novembre, le parlement danois, dominé par les libéraux et les conservateurs avec le soutien du parti d’extrême droite dit du «Peuple Danois», a adopté une nouvelle loi renforçant les pouvoirs de la police dans le cadre des manifestations. Cette loi, proposée le 18 octobre par le ministère de la Justice, a pour but officiel d’instaurer des sanctions suffisamment dissuasives afin d’éviter tout débordement pendant les deux semaines de la conférence onusienne sur le changement climatique. Le point d’orgue de la mobilisation sera la manifestation internationale du 12 décembre.

Le texte procure à la police des pouvoirs élargis en matière d’arrestation préventive et accentue les sanctions à l’encontre des actions de désobéissance civile. La police aura la possibilité d’arrêter les manifestants pendant une durée de douze heures (contre six précédemment) si elle soupçonne ceux-ci de vouloir enfreindre la loi. «Si, par exemple, des manifestants étrangers louent un autocar pour se rendre à une manifestation légale au centre de Copenhague, la police aura la possibilité d’arrêter l’autocar et tous les passagers, même si ceux-ci ont des intentions pacifiques uniquement, parce qu’elle estimera que l’endroit où se rend l’autocar va être le lieu d’affrontements», explique l’avocat danois Bjørn Elmquist. La garde à vue pour les «étrangers» (nous ne sommes plus Européens dans ce cas) est portée à 72h, contre 24h pour les Danois. La police n’aura pas l’obligation de notifier aux personnes arrêtées ni le motif ou le soupçon à la base de leur arrestation, ni leurs droits – comme la possibilité de voir un avocat afin de contester par la suite cette arrestation – ce qui constitue une atteinte grave aux droits élémentaires

Au-delà de la garde à vue, si la police considère que les manifestants ont entravé le bon déroulement de son travail, elle pourra les embastiller pendant… 40 jours, sur simple décision d’un procureur ! Enfin, l’amende sanctionnant les actions de désobéissance civile (regroupement après la dispersion d’une manifestation par exemple) augmente drastiquement. Elle s’élève désormais à 403 euros et peut atteindre 603 euros si la police estime qu’il y a eu rébellion lors de l’interpellation.

L’anti-terrorisme appliqué aux écologistes

Le ministre de la Justice Brian Mikkelsen, membre du parti conservateur, a déclaré que le gouvernement avait la responsabilité de sévir contre ceux qui tentaient de saboter le travail de la police. «Nous avons récemment constaté, via les médias, que les activistes planifient des actions illégales pour nuire au travail de la police lors de la conférence. Nous voulons donc avoir à notre disposition un cadre juridique solide et cohérent en cas de troubles civils graves», a-t-il déclaré au quotidien danois Politiken. De son côté, Per Larsen, surintendant de la police de Copenhague, précise que la nouvelle loi ne serait appliquée qu’en cas de «situation incontrôlable».

Nombreux sont ceux qui pensent que le climat politique général danois est propice à faire adopter une loi liberticide à la hâte afin d’entériner une criminalisation des mouvements sociaux. «Le gouvernement profite du sommet climatique pour faire une loi répressive plus générale puisqu’elle restera en application après la conférence», estime l’avocat Bjørn Elmquist. «On a fait exactement la même chose avec les attaques terroristes en 2001 et le soutien du Danemark à la politique américaine. Les partis politiques de droite attendaient depuis très longtemps la possibilité de rendre plus stricte tout notre régime juridique. Ils ont trouvé un alibi. Les sanctions sont durcies pour décourager les citoyens, et notamment les jeunes, de se mobiliser. Les tribunaux ont reçu des instructions du ministère afin de rester disponibles pendant les deux semaines du sommet pour poursuivre les manifestants. C’est d’autant plus facile qu’une partie de l’opposition, autour des sociaux-démocrates, a l’impression qu’il faut argumenter de la même façon que la majorité actuelle pour remporter les élections.»

Une opposition réelle… mais discrète

Une partie de l’opposition parlementaire constituée de l’Alliance Rouge et Verte (extrême gauche) et du parti centriste (progressiste et libéral) a contesté le texte jusqu’au dernier moment en le qualifiant d’anti-démocratique et en posant plus d’une centaine de questions et d’amendements. L’opposition a dénoncé les termes très vagues du texte de loi et a jugé très préoccupant le fait que «les personnes qui ne prennent pas directement part à la protestation mais se trouvent sur les lieux peuvent être arrêtées et condamnées à un maximum de 40 jours». L’administration pénitentiaire et l’institut des droits de l’Homme ont également exprimé leur opposition. Fait plus rare, l’association des magistrats danois est montée au créneau en organisant une conférence publique en réponse au ministère de la Justice.

Le Forum climat de Copenhague (Klimaforum) organisera les 8 et 17 décembre deux séminaires sur la coopération des mouvements populaires face à la répression. Ce sera l’occasion de réfléchir sur les façons de lutter efficacement contre la prochaine loi prévue, à savoir la possibilité, suite à son arrestation dans les conditions précédemment décrites, d’expulser vers son «pays d’origine» un manifestant étranger ayant vécu toute sa vie au Danemark…

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