Aquitaine : Ça bouge dans le bio !

sudouest.com, Jacques Ripoche, le 24 Novembre 2009

AGRICULTURE. Le nombre de producteurs et la surface en bio augmentent, mais il reste encore du chemin à parcourir

Ça bouge dans le bio !

Ce mardi, la Chambre régionale d’agriculture d’Aquitaine consacre une session spécifiquement dédiée à l’agriculture biologique. Demain, dans les locaux du Conseil régional, à Bordeaux, Arbio, l’interprofession du bio, invite 1 700 gestionnaires de cuisines collectives à un grand « forum » sur l’introduction des produits bio dans les cantines, relativement aux prescriptions du Grenelle. Les ambitions sont élevées : 20 % des menus à l’horizon 2012 ! Aujourd’hui, on est encore (très) loin du compte. Malgré un taux de croissance à deux chiffres ces dernières années, le bio, avec 600 000 hectares cultivés, ne représente que 2,1 % de la surface agricole utilisée (SAU) en France, tandis que son chiffre d’affaires, 2,6 milliards d’euros, n’atteint guère que 1,7 % de la consommation agroalimentaire nationale.

Le mouvement s’accélère

Pour autant, les choses bougent. L’Aquitaine et Midi-Pyrénées, qui se rangent parmi les premières régions bio en France, enregistrent une progression significative : + 7,5 et + 7 % entre 2007 et 2008. L’Aquitaine, avec 28 000 hectares cultivés, compte aujourd’hui 1 125 producteurs certifiés (1 005 en 2007). Les chiffres 2009 ne sont pas encore arrêtés mais, fait notable, 130 exploitations nouvelles sont en cours de conversion.

« On sent bien que le mouvement s’accélère. Depuis quelques mois, chacune de nos réunions d’information fait le plein. On voit que la réflexion est installée dans les têtes », souligne Patrick Grizou, producteur en Lot-et-Garonne et président d’Arbio. Trois éléments, selon lui, concourent à l’intérêt que les « conventionnels » portent désormais au bio : « Il y a, bien sûr, l’effet crise. Mais il y a aussi les obligations de plus en plus contraignantes sur l’emploi des intrants qui aboutissent même parfois à des impasses techniques. Enfin, il faut considérer le fait que les agriculteurs intègrent de mieux en mieux la notion d’agriculture durable. »

Les 28 000 hectares bio en Aquitaine se décomposent en 11 000 hectares de fourrage, 9 000 hectares de céréales et d’oléoprotéagineux, 2 000 hectares de fruits et légumes, 4 000 hectares de vigne. « Le mouvement est particulièrement important sur la vigne », relève Jérôme Cinel, directeur d’Arbio : « Le nombre des producteurs indépendants convertis progresse régulièrement, mais le phénomène intéressant et nouveau réside dans l’implication des caves coopératives comme Landerrouat, Hauts de Gironde, Unimédoc, Mesterrieux. » Gwenaëlle Le Guillou, directrice du Syndicat des vignerons bio, confirme : « Nous sommes sur une progression moyenne annuelle de 20 % en surface. » En fruits et légumes, la production s’organise principalement autour de deux coopératives, Caspo et Biogaronne, à Port-Sainte-Marie (47). « Leur nombre d’adhérents aussi augmente, ce qui va les amener à créer prochainement des points de collecte », précise Jérôme Cinel.

Coordonner l’ensemble

Du côté des productions animales, une filière viande bio s’est récemment constituée autour de la SCEA du Pré Vert, en Dordogne, tandis qu’une petite filière lait bio (lire ci-dessous) démarre, en Dordogne également. S’agissant des volailles, la coopérative Terres du Sud a basculé récemment son activité poulets et oeufs de poule en bio. Maïsadour développe aussi un segment céréales bio pour l’alimentation des volatiles.

« La clé du développement du bio, ce sont les débouchés », estime Dominique Graciet, président de la Chambre régionale d’agriculture. Les débouchés, les opportunités de marché, mais aussi l’organisation : « Une gestion contractuelle entre les différents acteurs est nécessaire pour l’accompagner », explique-t-il. Patrick Grizou n’est pas très éloigné de ce point de vue : « L’important, c’est de coordonner l’ensemble. » En ce sens, il se réjouit de voir « des opérateurs importants du conventionnel qui s’y mettent ». Si les coopératives viticoles, par exemple, arrivent sur le marché du vin issu de vignes cultivées en bio, « c’est parce qu’il existe une forte demande, avec une offre que les indépendants ne suffisent pas à proposer », explique Gwenaëlle Le Guillou.

Si les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), les marchés de plein air, la vente à la ferme, symbolisent l’âme du bio dans l’esprit du grand public, elles n’écoulent guère que 12 % des volumes produits : 80 % de la production bio se vend aux coopératives et aux transformateurs et est écoulée dans les grandes surfaces et magasins spécialisés.

Le poids des importations

Ainsi l’Aquitaine compte-t-elle environ 50 transformateurs et 20 coopératives bio ou qui ont une partie de leur activité en bio. Les cinq plus gros transformateurs réalisent plus de 5 millions d’euros de chiffre d’affaires : Vitagermine (aliments pour bébés, Canéjan, en Gironde), Vitamont (jus, Monflanquin, Lot-et-Garonne), Danival (plats cuisinés, Andiran, Lot-et-Garonne), Bioviver (plats cuisinés, Bazens, Lot-et-Garonne), Biopress (huiles, Tonneins, Lot-et-Garonne). Mais, souligne Jérôme Cinel, « 80 % des approvisionnements de ces entreprises se font hors zone, dont 50 % hors France ». Pour satisfaire demain les besoins en bio des coopératives et transformateurs régionaux, il faudrait mettre en culture 9 00 hectares supplémentaires, rien qu’en fruits et légumes.

Des enjeux techniques

S’agissant de la restauration collective, seul le restaurant interadministratif d’Agen (300 repas/jour) entre, pour le moment, dans les objectifs du Grenelle. L’Arbio a calculé que pour satisfaire en bio, en 2012, les 4 000 centres de restauration collective en Aquitaine (154 millions de repas/an), il faudrait produire 13 700 tonnes de fruits et légumes (4 300 actuellement), 2 000 tonnes de céréales (pour l’alimentation animale), 9 millions de litres de lait… Et il faudrait 600 hectares de blé rien que pour le pain. On mesure donc le chemin à parcourir.

Si les enjeux sont économiques, avec la nécessité de voir des opérateurs importants s’impliquer pour accompagner la production, ils sont aussi techniques : « C’est de la technique que dépend la réussite », affirme Patrick Grizou. Dominique Graciet rappelle, à cet égard, que la Chambre régionale d’agriculture joue un rôle moteur dans la formation d’indispensables techniciens spécialisés.

Sera-t-il possible d’atteindre cet autre objectif du Grenelle selon lequel 20 % des surfaces cultivées devront l’être en bio en 2020 ? Il en doute : « Je préfère 10 % de bio rentable que 20 % mal cultivés pour un marché qui ne répond pas. »

Lire aussi

 » En Dordogne, du lait bio dont on fait les yaourts

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :