Le Conseil Economique et Social Régional d’Aquitaine fait le point sur les corps intermédiaires dans la démocratie d’aujourd’hui

aqui.fr, Solène Méric, le 11 novembre 2009

Le Conseil Economique et Social Régional d’Aquitaine fait le point sur les corps intermédiaires dans la démocratie d’aujourd’hui

A l’heure où les notions de « démocratie participative » et de « concertations élargies » se multiplient dans les discours et les procédures administratives, la démocratie et les citoyens ont-ils encore besoin des « corps intermédiaires » ? En d’autres termes, les représentants de la société civile au sein du Conseil Economique et Social Régional ont-ils encore un rôle à jouer dans le débat sociétal ? Telle était la délicate question posée ce mardi 10 novembre à Hubert Hubrecht, professeur de droit public à l’IEP Bordeaux, et Sandrine Rui, directeur du département de sociologie (Université Bordeaux 2), lors du colloque du CESR sur le thème de « La démocratie ou quand l’esprit public parle à travers les corps intermédiaires ».

Selon Hubert Hubrecht, les corps intermédiaires, c’est-à-dire les représentants de la société civile, « apparaissent a priori comme concurrents de la représentation politique ». Cette concurrence se baserait, selon l’universitaire, sur le fait que ce sont deux types de représentation d’une même population ou de mêmes enjeux. Cela dit, Hubert Hubrecht, précise également qu’au lieu de concurrence, « il y a en réalité une complémentarité ». Celle -ci s’explique par le fait que les corps intermédiaires font écho à « une représentation plus vaste que la représentation politique dans le sens où elle va au-delà de la variable de la communauté nationale ». Au-delà de la citoyenneté donc, les corps complémentaires représentent des intérêts de groupe, des intérêts professionnels, bref des intérêts de projets spécifiques.

Il va même plus loin en considérant le caractère fusionnel de ces deux modes de représentations en raison de « l’absence d’étanchéité entre ces deux univers ». D’abord parce que le CESR se situe physiquement dans le cadre politique régional et ensuite parce que « le CESR est souvent une phase d’apprentissage vers la fonction politique. De même, de nombreux politiques qui arrêtent leur carrière, s’investissent souvent dans des associations, et entrent ainsi dans une des catégories des corps intermédiaires. » Au final, il y a donc une « interpénétration de la représentation politique et de la représentation de la société civile ».

La démocratie participative, un nouveau champ de l’activité des corps intermédiaires ?

Cela dit, puisque les corps intermédiaires sont complémentaires de la représentation politique, comment organiser leur place dans une démocratie que l’on veut de plus en plus participative ? Où placer les corps intermédiaires, si la démocratie tend de plus en plus à donner directement la parole aux personnes concernées ? En bref, quelle est la place et y’a-t-il une place des corps intermédiaires, dans l’organisation du « débat sociétal » ?

A cette question, Hubert Hubrecht considère que loin d’être une limite, cette ouverture de la discussion offre un nouveau champ de l’activité des corps intermédiaires. Lors de la table ronde, ce point de vue a été confirmé par Sandrine Rui, directeur du département de sociologie, Université Bordeaux 2. Selon elle, « la vivacité et la richesse des discussions est indéniable lorsque les corps intermédiaires participent au débat. En leur absence, on constate que le débat se résoud très rapidement en un consensus par manque de capacité à débattre. »

Mais, selon Sandrine Rui, les corps intermédiaires sont « plutôt hostiles aux espaces de discussions ouverts car Lire la suite

LGV : Des voix contre les nouvelles voies

sudouest.com, Jacky Sanudo, le 13 Novembre 2009

TRANSPORTS. Qui sont ces militants qui s’opposent farouchement à la ligne grande vitesse du tracé sud ? Ils ne désarment pas et font des élections régionales un cheval de bataille

LGV : Des voix contre les nouvelles voies

L’été dernier a été avalisé par le gouvernement le schéma de développement, proposé par le Grenelle de l’environnement, de nouvelles lignes à grande vitesse. 2 000 kilomètres de voies neuves sont concernés, dont une grande partie dans notre région. Et, presque à la surprise générale, des voix se sont élevées pour s’opposer à ce projet censé dégager le ciel et les routes. Qui sont ces anti-LGV ? Il y a quinze jours, ils étaient plus de 10 000 à manifester dans les rues de Bayonne. Du jamais-vu dans la ville du roi Léon. Et les réunions publiques dans le Sud-Gironde font toujours le plein.

Certains ne voient en eux que des « nimbys », ces « ronchons » qui ont adopté la position éthique et politique qui consiste à ne pas tolérer de nuisances dans leur environnement proche. D’autres les soupçonnent de vouloir revenir à l’âge des diligences, d’être des apôtres de la décroissance, des altermondialistes allant à l’encontre de la modernité…

« Ces qualificatifs utilisés par ceux qu’on gêne sont un moyen d’éluder le débat. Je ne suis pas technophobe mais technocritique. Il y a des limites au progrès si on ne fait plus cas de l’humain. Il faut savoir s’arrêter. Trois heures entre Paris et Bordeaux, c’est bien suffisant. Pourquoi lancer un projet pharaonique et ruineux pour gagner 50 minutes ? » s’interroge le chercheur Simon Charbonneau, un des chefs de file du mouvement.

« Machine arrière »

L’auteur de « Résister pour sortir du développement » avance un coût de 15 milliards d’euros pour la totalité du projet. « Je sais bien qu’il a été acté, mais cela ne signifie pas que c’est fait. La mobilisation continue contre ces cabinets d’études qui marchent à fond et ces ingénieurs et politiques qui manquent de bon sens. On espère que l’État fera machine arrière, car la banqueroute le guette », affirme-t-il.

Victor Pachon, instituteur à la retraite de Mouguerre, est à la pointe du combat en Pays basque. Là, peut-être plus qu’ailleurs, ils sont nombreux à espérer que tout n’est pas joué. « Que les choses soient claires : nous ne sommes pas hostiles au ferroviaire. Le fret et les TER (merci la Région) tissent du lien social, pas les TGV. Ces derniers sont un plus pour les grandes villes qui ont pour rêve l’Eurocité. Elles veulent attirer toutes la matière grise avec leurs aéroports, autoroutes et gares TGV. Ces cités du tertiaire grandissent en nous aspirant. Bref, le TGV assèche la province », clame-t-il.

Depuis 1992, il est à la tête du Cade (Coordination des associations de défense de l’environnement), qui regroupe 43 associations. Sa connaissance des dossiers en fait un adversaire convaincant et redouté. La majorité des rapports sur le sujet, français et européens, sont passés entre ses mains. « C’est simple, lors des réunions dans les villages, 90 % des documents que j’utilise pour mon diaporama proviennent de RFF (Réseau ferré de France) et de la SNCF », assure le bretteur. Des documents qui le confortent dans l’idée que « la priorité n’est pas de créer de nouvelles voies mais de moderniser l’existant ».

Selon lui, la LGV est source Lire la suite

Comment concilier rêve pavillonnaire et ville durable ?

lemonde.fr, Grégoire Allix, le 12 novembre 2009

Comment concilier rêve pavillonnaire et ville durable ?

C’est devenu le leitmotiv des urbanistes et des élus : il faut densifier la ville, éradiquer la banlieue pavillonnaire et son cortège de déplacements automobiles. Mais voilà, sondage après sondage, la maison individuelle reste le rêve de plus de 80 % des Français et 65 % de nos concitoyens se hérissent au seul mot de densité.

Ce grand écart entre le modèle idéal des professionnels et les aspirations de la population est l’objet de l’exposition « Villes rêvées, villes durables ? », présentée à l’Espace Fondation EDF, à Paris, avec l’Institut pour la ville en mouvement. « Le cauchemar de l’étalement urbain, c’est le rêve de maison de beaucoup de gens« , résument les commissaires de l’exposition, les urbanistes Taoufik Souami et Eric Charmes, maîtres de conférence à l’Institut français d’urbanisme et chercheurs au CNRS.

La densité n’est pas la panacée, remarquent les deux auteurs. « Des études norvégiennes montrent que les habitants des zones très denses utilisent certes peu leur voiture en semaine, mais partent davantage en week-end. C’est ce qu’on appelle l’effet barbecue. Le bilan carbone de leurs déplacements est finalement équivalent à celui des habitants de la périphérie« , explique Eric Charmes.

Les écoquartiers, qui bourgeonnent en France vingt ans après les pionniers d’Europe du Nord, sauront-ils faire rêver avec leur modèle d’habitat collectif aéré et économe en énergie ? S’attardant dans les rues d’Hammarby Sjöstad à Stockholm, l’exposition rappelle que si ces quartiers ont du succès, « c’est aussi parce qu’ils ont développé des espaces urbains agréables et une grande qualité de vie« , au-delà de la préservation de l’environnement.

Défi aux urbanistes

Autre rêve aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, où le New Urbanism dépoussière l’esprit villageois : maisons accolées, rues agréables aux piétons, pastiches d’architectures traditionnelles, boutiques. Modèles : les villes de Celebration, en Floride, et Poundbury, en Angleterre. « Ces villes donnent des boutons aux architectes à cause de leur esthétique néovillageoise, mais elles réussissent à faire accepter un habitat individuel dense, avec un mode de vie avant tout urbain, estime M. Charmes. En traitant la densité par l’architecture contemporaine, comme le fait la France, on ne dépasse pas le stade expérimental. »

Réussir la ville peu dense, créer de la centralité en périphérie, introduire de l’urbanité dans les zones pavillonnaires, c’était le défi lancé aux urbanistes par le chercheur François Ascher, à qui doit être décerné le Grand Prix de l’urbanisme 2009 à titre posthume, le 24 novembre.

Des urbanistes dont il regrettait qu’ils « ne se saisissent pas de ce thème, car ils n’acceptent pas que Lire la suite