À l’occasion du mois de l’économie sociale et solidaire, zoom sur trois entrepreneurs du « tiers-secteur

sudouest.com, Julien Rousset, le 10 Novembre 2009

INITIATIVES. À l’occasion du mois de l’économie sociale et solidaire, zoom sur trois entrepreneurs du « tiers-secteur »

Economie solidaire : Les forces vives de « l’autre économie »

Novembre sera « social et solidaire » : la deuxième édition du mois de l’économie sociale et solidaire se tient ces jours-ci, bénéficiant cette année d’une communication plus massive que l’an dernier.

C’est que la crise éclaire d’un jour nouveau ce « tiers-secteur », ni tout à fait privé ni tout à fait public, qui représente, entre associations, coopérati ves et mutuelles, 47 000 emplois en Gironde. Et 10 à 12 %, en moyenne, des salariés de l’agglo (1).

Vaste secteur, mais on ne sait pas toujours où il commence et où il finit. « L’économie sociale et solidaire repose sur quatre valeurs : la démocratie (dans les instances dirigeantes, une personne vaut une voix), la liberté d’adhérer et de se retirer, la non-lucrativité (les excédents sont réinjectés dans l’appareil de production), et l’ancrage dans le territoire », précise Soizic Lenoir, chargée de mission à la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire.

Concrètement, comment ça marche ? Trois exemples à travers l’agglo. Prometteurs et fragiles.

1 Supérette solidaire aux Capucins

Des vapeurs de céleri flottent, ce mardi midi, dans la cuisine de l’épicerie sociale, qui a pignon sur rue aux Capus. Une dizaine d’adhérents vient de cuisiner une soupe à partir de légumes qu’ils sont allés cueillir un peu plus tôt dans la matinée.

Des ateliers ainsi tournés sur la nutrition animent, plusieurs fois par semaine, cette épicerie pas comme les autres. Ouverte il y a deux ans, cette supérette, a priori ordinaire, compte deux salariées, 60 bénévoles et 750 adhérents. 47 % de ces derniers bénéficient de l’aide alimentaire versée par le Conseil général : en caisse, ils ne paient que la moitié du ticket.

Mais personne ne le voit. « La grande idée de cette épicerie, c’est la mixité. On ne sait pas, parmi ceux qui la fréquentent, qui est démuni ou qui ne l’est pas, explique Nathalie Martin, nouvelle chef de projet. Et contrairement à un centre de distribution de colis alimentaires, ici, les gens choisissent leurs produits »

L’épicerie tourne avec un budget de 10 000 euros par mois. « Nous avons fonctionné avec 46 % de subventions la première année, 30 % cette année, notre objectif est, à terme, d’augmenter le plus possible la part de l’autofinancement », note Nathalie Martin.

2 Jeux vidéo au régime Scop aux Chartrons

Instruits par les mirages des start-up, ils ont opté pour une Scop, société coopérative de production. « On en a vu, des mecs créer une boîte, faire du buzz, et la revendre aussitôt… », confient Frédéric Rorai, 29 ans, et Cédric Néhémie, 27 ans, deux des cinq « salariés associés » qui ont fondé, il y a un an, Aesia. Cette petite société, invitée à rejoindre bientôt les premiers locataires de la pépinière d’entreprises des Chartrons, conçoit des jeux vidéo et des « univers » (par exemple, des personnages à décliner en BD, en jouets, en films d’animation…).

Il fallait, pour qu’Aesia existe, 20 000 euros. Les cinq associés ont apporté 1 200 euros chacun ; le reste est venu d’un prêt du Crédit coopératif (Banque populaire). « En nous rapprochant du réseau coopératif, nous avons senti un vrai soutien. La banque nous a écoutés, et nous a aiguillés vers un comptable, spécialisé dans les coopératives, dont l’ appui nous est précieux », explique Frédéric Rorai.

Lui et ses quatre associés disposent chacun de 20 % des parts d’Aesia. Chaque décision est prise à cinq, à mains levées ; les dividendes seront partagés à égalité. Bref, c’est vraiment un pour tous et tous pour un, conformément aux principes de la Scop, société commerciale où les salariés sont associés majoritaires.

« Ce choix de la Scop est aussi lié aux questions que pose la crise. Nous espérons défendre d’autres valeurs que le simple profit » estiment les jeunes pousses d’Aesia, qui veulent de l’éthique jusque dans leurs jeux : ils souhaitent investir le champ du « serious game », des jeux vidéos pédagogiques, citoyens.

3 Des serres entre Amap et insertion à Ambarès

Biosève, association d’Ambarès, fait d’une pierre trois coups : aider des chômeurs dans leur chemin vers l’emploi, promouvoir la culture bio, et offrir un circuit direct entre agriculteurs et consommateurs.

Créé il y a deux ans, cette association, mi-Amap, mi-chantier d’insertion, monte en puissance. 200 adhérents achètent, chaque semaine, ses paniers de légumes. « Notre objectif, c’est 300 en janvier, et 450-500 début juillet » affirme son dynamique directeur, Jérome Juvigny.

Biosève compte 17 salariés : des chômeurs en grande précarité qui renouent avec le travail dans ces serres ambarésiennes. Et l’association dispose d’un budget annuel de 300 000 euros, dont, pour l’instant, 15 % proviennent des ventes de paniers.

Pour Biosève comme pour beaucoup de structures de l’économie solidaire, le pari consiste à augmenter sa part d’autofinancement, sans tricher sur ses valeurs.

« Trois de nos anciens salariés ont, depuis leur passage ici, décroché des CDD de longue durée ; l’un d’eux a créé sa petite entreprise… ça marche relativement bien, pour deux raisons : on fonctionne, en terme de discipline, comme une entreprise ; et les gens qui bossent ici sont volontaires ; ils en ont vraiment envie » explique Jérome Juvigny.

(1) Chiffres fournis par la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire.

« Utile et innovant »

Une quarantaine de manifestations sont prévues en novembre en Gironde pour mieux faire connaître l’économie sociale et solidaire.

Tout le programme détaillé figure sur www.lemois-ess.org (rubrique : faites votre programme). En voici quelques exemples : le 26 novembre, la CUB présentera un portail Internet consacré à « Entreprendre autrement » ; le 17 novembre, une journée à vélo proposera de découvrir tous les acteurs bordelais de l’économie sociale et solidaire dans la roue du conseiller municipal Yohan David, en charge de ce secteur pour la Ville de Bordeaux ; le 12 novembre, Bordeaux école de management organise une conférence sur le thème « Être manager dans l’ESS »…

« Ce modèle peut servir de levier : il permet d’expérimenter des projets avant qu’ils n’évoluent vers le secteur marchand », explique Franck Maurras, vice-président de la CUB en charge de l’économie sociale et solidaire, une délégation récemment créée.

« Prenez Autocool, l’association d’autopartage : il faudra une certaine évolution des mentalités avant que cette structure ne soit rentable… le statut de Scop lui permet de commencer en mêlant capitaux et fonds publics. La même logique peut s’appliquer à des associations de revalorisation des déchets ou à des  » ressourceries  » qui retapent des biens usagés… » relève Franck Maurras. Le « tiers-secteur » n’est-il pas, toutefois, un poil amateur ? « L’économie sociale et solidaire démarre souvent sur des démarches bénévoles ; un des enjeux de ces cinq prochaines années, c’est la professionnalisation »

Peggy Kançal, chargée de mission à la CUB, ajoute : « Il y a un distingo entre l’économie sociale et l’économie solidaire. La première produit des biens ou des services d’une manière assez proche d’une entreprise classique : le statut de Scop influe principalement sur la gouvernance et sur la distribution des bénéfices. L’économie solidaire est plutôt là pour répondre à un besoin non satisfait : on cherche de l’utilité sociale ; c’est un autre rapport à la richesse. »

 

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