Yves Cochet – Copenhague : trois certitudes et une crainte

actu-environnement.com, Yves Cochet, Mathématicien, ancien Ministre de l’Environnement, Député de la 11e circonscription de Paris, le 28 octobre 2009

Copenhague : trois certitudes et une crainte

Si l’objectif de la conférence de Copenhague est clair – aboutir à un accord pour lutter contre le réchauffement climatique – une inquiétude demeure cependant car toute manoeuvre échappatoire à l’affrontement direct de la réalité climatique et énergétique mènera au chaos.

Nous avons trois certitudes. La modification de la composition de l’atmosphère en gaz à effet de serre (GES) est rapide et importante depuis cinquante ans. Le réchauffement global est sans équivoque lorsqu’on observe l’évolution des températures moyennes, mais aussi l’élévation du niveau des mers par dilatation, l’accroissement de la vapeur d’eau, la fonte des glaciers et d’autres facteurs. Enfin, l’essentiel de ce changement est dû aux activités humaines, même si certaines activités naturelles telles que les cycles du soleil et le volcanisme peuvent parfois amplifier ou contrecarrer ce changement. Parce qu’il n’y a pas, dans le passé, l’analogue de ce qui se passe actuellement, il est nécessaire de réduire drastiquement et rapidement nos émissions de GES et de mettre en œuvre des politiques d’adaptation, notamment pour la protection des populations de certains pays du Sud.

Il y a une autre raison d’agir vite et fort à Copenhague. Nous n’avons plus que quelques années pour profiter de notre capacité de faire, de notre puissance disponible, de notre relative prospérité avant que l’énergie ne devienne rare et beaucoup plus chère qu’aujourd’hui, tandis que la récession concomitante nous empêchera d’agir efficacement. Si un bon accord juridique n’est pas conclu à Copenhague, nous n’aurons plus le temps de nous en tirer, faute de moyens physiques économiquement disponibles. Nous ne sommes plus dans le rêve essentialiste d’une bienheureuse société post-carbone en 2050, nous sommes dans le compte à rebours pour éviter le pire, pour réduire les souffrances de nos enfants et petits-enfants, pour sauver le plus grand nombre de nos frères et sœurs du Sud. Pratiquement, le point le plus important de Copenhague est un accord contraignant sur la décroissance réelle et forte des émissions de GES à partir de 2015.

Moins connu que les autres arguments en faveur de la réduction des GES, cette raison d’agir basée sur la raréfaction et le renchérissement imminents de l’énergie doit être expliquée plus avant. Essentiellement : le modèle économique dominant – que l’on peut qualifier de « libéral-productiviste » – nécessite une croissance sans fin et une création d’emplois continuelle, ce qui est physiquement impossible. Plus explicitement : l’économie actuelle s’appuie sur les marchés et les emplois pour distribuer les biens et les services ; la croissance du PIB et des emplois exige la croissance de l’énergie nette disponible ; cette dernière est liée au pic de production de pétrole qui arrive aujourd’hui et sera donc suivi – dès la décennie 2010-2020 – d’une décroissance longue et définitive du PIB, la récession actuelle se transformant en dépression puis en chaos si nos dirigeants ne décillent pas les yeux. Bref, lorsque l’énergie nette disponible décroît, tout décroît. Cette décroissance n’est même plus un choix politique issue d’un débat politique sur les meilleures orientations pour une planète soutenable, cette décroissance est notre destin.

De ce point de vue, les débats préparatoires à Copenhague sont souvent affligeants. Les sujets qui occupent le devant de la scène ne permettant pas du tout de faire face à l’avenir tel que décrit ci-dessus. On organise ici de vastes conférences sur la création d’un marché mondial du carbone, à l’image de l’European Trading Scheme (ETS) qui a montré son inefficacité depuis trois ans. On réunit là des experts actionnés par les lobbies pour débattre gravement de la capture et séquestration du carbone. On rassemble ailleurs des responsables économiques pour chanter les vertus des Mécanismes de développement propre (MDP), c’est-à-dire l’achat, par les entreprises du Nord, de crédits d’émissions dégagés par des projets de dépollution au Sud. Au lieu d’exiger un effort national en faveur de la baisse réelle des émissions dans chaque pays riche, le « paquet énergie-climat » de l’Union européenne, adopté en décembre 2008 sous présidence française, autorise les Etats de l’Union à externaliser leur vertu en instaurant ainsi un marché mondial d’indulgences au profit du Nord. Toutes ces manœuvres ne sont qu’échappatoires à l’affrontement direct de la réalité climatique et énergétique.

A Copenhague, tout texte dilatoire inspiré par le nationalisme économique ou l’ignorance de la hauteur des enjeux nous conduirait vers un désastre global. Je crains que les chefs d’Etats et de gouvernements, faute d’accepter un accord juridique contraignant, s’en tirent par une déclaration politique commune, d’autant plus magnifique qu’elle sera vide de décisions.

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