Energie grise, la face cachée de l’éco-construction

novethic.fr, Philippe Chibani-Jacquot, le 28 octobre 2009

Energie grise, la face cachée de l’éco-construction

Le secteur du bâtiment vit à l’heure de la réduction des consommations d’énergie, via les incitations fiscales et la réglementation thermique. Mais un facteur important de réduction des émissions de gaz à effet de serre reste en marge des politiques publiques : l’énergie grise.

« Dans le cas de la construction d’un immeuble de bureau de 1500 m2, le bilan carbone passe d’une dette de 500 kg de CO2 /m2 à un crédit de 300 kg de CO2 /m2 selon le scénario de construction. De la construction conventionnelle à la plus écologique », explique Luc Floissac, conseiller environnemental et chercheur à l’Ecole nationale d’architecture de Toulouse. Ce spécialiste de l’éco-construction a élaboré le logiciel « Cocon » qui permet, notamment, d’évaluer l’énergie grise d’un bâtiment, c’est-à-dire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) avant même qu’il n’ai dégagé un gramme de CO2 du fait de son usage. Le calcul prend en compte les émissions de GES dues à la production des matériaux1, la construction elle-même, l’entretien, la durabilité des matériaux et leur valorisation en fin de vie…

35 ans de pollution évitée

Pour exposer un cas concret, la rénovation d’un immeuble ancien de 285 m2, destiné à accueillir trois logements sociaux dans la banlieue de Toulouse, a été l’occasion pour l’équipe de Luc Floissac, d’évaluer les différentes stratégies de construction en recoupant l’énergie grise, la performance énergétique mais aussi le coût financier de l’opération (incluant la taxe carbone). Résultat : une réhabilitation conventionnelle aurait produit l’équivalent de 204 kg de CO2 /m2 contre 35,5 pour la solution d’éco-construction mise en œuvre qui allie le feutre de bois et le liège. A raison d’une pollution de 5 kg de CO2/m2 et par an du à l’usage des logements, il faudra 35 ans pour que la rénovation écologique produise autant de GES que la seule rénovation du même immeuble selon des techniques conventionnelles. La solution mise en oeuvre aurait pu être encore réduite, notamment en préférant des fenêtres en bois, plutôt qu’en PVC. Mais ce type d’arbitrage a permis de réduire au minimum le surcoût du aux éco-matériaux.

Début de reconnaissance

Jusqu’à maintenant, les politiques publiques ne se sont attachées qu’à la réduction de la consommation énergétique du fait de l’usage du bâtiment pour atteindre l’objectif de division par quatre des émissions de GES du secteur à l’horizon 20501. L’effort, porté par des incitations fiscales à la rénovation et la création de normes dites basse consommation pour le neuf est justifié2, mais risque de voir ses résultats minimisés du fait de l’usage exclusif de matériaux industriels énergétivores (monomurs de béton, fenêtres en PVC…).

Selon un rapport sur les éco-matériaux des Amis de la Terre publié en 2009, la part de marché des isolants écologiques (chanvre, paille, ouate de cellulose…) stagne à 2 % depuis dix ans. L’ONG souhaite que les pouvoirs publics fassent du développement des filières d’éco-matériaux un enjeu stratégique dans la politique de rénovation thermique du parc de logement en France. Un premier acte gouvernemental devrait intervenir d’ici le printemps 2010 avec la création, par le ministère du développement durable, d’un label « Bâtiment bio-sourcé » chargé de quantifier de l’énergie grise d’un un projet immobilier. « C’est un signe positif, mais il est fondamental que des changements réglementaires forts facilitent le développement des filières », estime Cyrielle den Hartig, chargée de campagne Changement climatique aux Amis de la Terre.

Les professionnels des éco-matériaux montrent du doigt la réglementation sur la reconnaissance des matériaux de construction qui conditionnent, notamment, l’obtention des garanties décennales par les constructeurs auprès de leurs assureurs. La réalisation d’un « avis technique » par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) coûte aux alentours de 100 000 € pour un produit. Or un tel document valide la fiabilité du matériau (une laine isolante, une poutre porteuse…) mis sur le marché. Mais cet investissement demeure inaccessible pour les producteurs d’éco-matériaux, dont aucun ne dépasse aujourd’hui la taille d’une PME, alors que le secteur industriel se caractérise par une forte concentration des entreprises.

Regrouper la profession

L’ambiance est toutefois à l’optimisme parmi les professionnels. « Le climat évolue, positive Luc Floissac. Il y a dix, nous faisions ricaner. Aujourd’hui, un rapprochement avec les organismes officiels du bâtiment est en cours ». Le Réseau français de la construction paille, par exemple, travaille avec le CSTB à la rédaction de « Règles professionnelles », document qui établi un consensus sur les techniques de constructions reconnues.
«Il est totalement indispensable d’être présent dans les instances réglementaires aujourd’hui afin d’être écouté et reconnu, le tout est d’avoir les moyens de le faire », explique Bernard Boyeux, vice-président de l’association Construire en Chanvre qui regroupe agriculteurs, architectes, transformateurs de la filière. Le prochain chantier de l’éco-construction sera d’organiser un réseau interprofessionnel apte à faire nombre, face aux industriels du béton et de l’aluminium.

1. Par exemple la laine de roche, isolant parmi les plus utilisé, produit près de trois fois plus de GES que la laine de chanvre aux capacités isolantes équivalentes.
2. Le parc immobilier en France représente à lui seul plus de 40 % de la consommation énergétique française, soit 23 % des émissions de GES.

 

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