La voiture électrique, dernier sursaut d’une chimère en déroute ?

actu-environnement.com, Agnès Sinaï, le 8 novembre 2009

La voiture électrique, dernier sursaut d’une chimère en déroute ?

Objet d’un engouement tardif de la part des industriels, la voiture électrique est présentée comme le remède aux maux du climat et comme une alternative écologique. Mais les performances annoncées ne sont-elles pas une manière de déplacer le problème

? »Who Killed the Electric Car ? ». C’est le titre d’un documentaire de l’Américain Chris Paine, qui retrace la fascinante épopée de l’automobile électrique EV-1 (Electric Vehicule 1), mise sur la route par General Motors en 1997 avant d’être envoyée à la casse. Quelque 10 ans plus tard, l’EV-1 a complètement disparu de la circulation et GM est en faillite. La voiture à essence n’est plus au goût du jour, mais l’industrie automobile, inféodée à l’industrie pétrolière, a raté le rendez-vous. Résultat : la voiture américaine électrique est passée dans les poubelles de l’histoire et la Prius Toyota a conquis les autoroutes californiennes. Aux Etats-Unis, General Motors a reçu quelque 50 milliards de dollars de la part de l’Etat américain qui a racheté 65% des parts de l’entreprise. Pour autant, les contreparties environnementales se font attendre. Certes GM a vendu en octobre dernier sa marque de gros 4×4 Hummer au groupe chinois Sichuan Tengzhong Heavy Industrial Machinery, le premier rachat par des intérêts chinois d’une filiale d’un constructeur automobile américain. Et la mise sur le marché de la berline hybride rechargeable de GM, la Chevrolet-Volt, est annoncée pour 2011. Entre temps, la Prius est devenue l’emblème du véhicule hybride. Et le géant automobile américain vacille. Dans son rapport annuel, remis aux autorités boursières en mars 2009, il a admis être au bord de la faillite.

Saturation de l’espace, des esprits et du marché

Pourtant, le mythe automobile demeure enraciné dans les imaginaires. Roland Barthes, dans un texte sur la DS paru dans ses fameuses Mythologies (1957), décrit l’automobile comme  »l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques ». L’imaginaire occidental mondialisé est façonné par le rêve de voiture individuelle toute puissante, à grand renfort de campagnes publicitaires. Sans scrupule de greenwashing, BMW, dans une campagne récente, fait l’apologie de la  »joie » procurée par ses surpuissants engins métalliques :  »la Joie est une énergie positive »,  »la Joie adore la technologie de récupération de l’énergie au freinage »,  »la Joie est généreuse en équipements, en financements, en avantages »… Tout un programme existentiel. Dont l’emprise est réelle. Ce fétiche moderne qu’est l’automobile est bel et bien parvenu à occulter d’autres manières d’envisager la mobilité. On ne relira jamais assez le texte phare d’Ivan Illich, Energie et équité (1973), où le penseur de l’écologie politique assimile les déplacements et la recherche de la vitesse à une manie qui aboutit à dessaisir l’usager de son autonomie, confondant liberté de mouvement et liberté d’être transporté, dont la  »perception traditionnelle de l’espace, du temps et du rythme propre a été déformée par l’industrie ». Dans le même ordre d’idées, l’historien des techniques Jean Robert distingue vitesse de circulation et vitesse généralisée d’un mode de transport, laquelle tient compte de la quantité de travail nécessaire pour acquérir le moyen d’être transporté. Si l’on considère la vitesse généralisée comme le résultat de la division du kilométrage annuel effectué par le temps passé dans ce mode de transport et, à l’extérieur, à gagner de quoi le payer, seuls les très riches gagnent du temps en auto. Les autres ne font qu’effectuer des transferts entre temps de travail et temps de transport. Résultat : les sociétés industrielles consacrent entre le quart et le tiers de leur budget-temps social à la production des conditions d’existence de la vitesse. C’est l’envers, encore largement impensé, de ce que le philosophe Peter Sloterdijk désigne comme  »l’automobilisation » complète de la société :  »Qui conduit une voiture s’approche du divin, il sent son petit moi s’élargir en un Soi supérieur qui lui donne en patrie le monde entier des voies rapides et qui lui fait prendre conscience du fait qu’il a vocation à une vie supérieure à l’existence semi-animale du piéton », ironise-t-il dans La Mobilisation infinie (1989).

 Entre célébration de la jouissance et projet d’émancipation métaphysique, les constructeurs tablent sur l’addiction des consommateurs, qui selon Lire la suite

Crise climatique et fin du pétrole : Démarrer une initiative de transition

Démarrer une initiative de transition

Worldies, Pierre, Trièves après pétrole, le 5 novembre 2009

Schématiquement, lancer une initiative de transition peut se découper en trois phases :

préparation, à l’issue ou pendant laquelle se créer le groupe de départ ;

sensibilisation, à l’issue de laquelle le groupe de départ se dissout pour laisser place à un groupe de pilotage plus large et plus représentatif de la population ;

action.

À Trièves Après-Pétrole, nous en sommes à la fin de la préparation, aussi nous ne parlerons que de cette étape pour le moment.

Un peu d’histoire…

L’initiative Trièves Après-Pétrole a été relativement facile à démarrer : le Trièves est un territoire rural relativement petit, très dynamique, où il est facile de rencontrer les gens et les élus. Les initiatives écologiques et alternatives sont nombreuses, les élus sont sensibles à ces thèmes, les collectivités expérimentent, tout le monde se connaît dans ces réseaux et en dehors. Il n’a donc pas été complexe de rassembler un premier groupe de personnes prêtes à soutenir l’initiative.

Néanmoins, l’incrédulité à laquelle on se heurte quand on aborde le pic pétrolier, le choc que cela représente généralement pour les gens et l’ampleur du travail nous ont amené à procéder par étapes. Un principe nous guide depuis le début : ne pas s’adresser au public avant d’être prêts, c’est-à-dire ne pas précipiter les chose au risque de rencontrer un échec. De fait, nous avons réfléchi un an avant de lancer l’initiative en septembre 2008, et depuis nous réunissons informations et outils pédagogiques en vue de la phase de sensibilisation du public, qui débutera début avril 2009.

… et quelques conseils

Soyez sûr(e) de votre motivation : c’est un travail de longue haleine qui vous amènera à côtoyer beaucoup de gens, avec tous les hauts et les bas des relations humaines. Un goût pour la pédagogie, l’écoute des autres et les réalisations concrètes est crucial. Une approche purement intellectuelle risque de ne pas aller bien loin. Soyez prêt(e) à partager l’aventure avec des gens très différents de vous par leurs histoires, leurs sensibilités et leurs motivations.

Choisissez une échelle d’action cohérente et à votre mesure (commune, terroir, canton, quartier) ; commencer trop grand risque de vous épuiser et de vous éloigner du terrain.

Commencez par rencontrer les gens qui agissent et qui ont une expérience dans l’écologie, les alternatives, la décroissance, la sensibilisation du public, la démocratie participative, l’éducation populaire. Faites-leur connaissance et faites-vous connaître. sachez ce qu’ils font.

– La crédibilité est un facteur important : il est plus facile d’être écouté et de convaincre si Lire la suite

Le cohabitat : une démarche humaniste et écologique

energie.lexpansion.com, NC, le 6 novembre 2009

Le cohabitat : une démarche humaniste et écologique

Vivre seul tout en profitant d’avantages collectifs? C’est possible, grâce au cohabitat, une nouvelle forme de vie collective qui confère un équilibre appréciable entre liberté et vie sociale…

 

 

 

 

Marthe MARANDOLA et Geneviève LEFEBVRE sont médiatrices et chargées de cours en Faculté, formatrices dans le domaine des relations humaines. Elles ont créé leur propre cohabitat et aident des groupes à réussir leur projet, et sont également auteures de l’ouvrage « Cohabiter pour vivre mieux ». En savoir plus, leur site :  www.eagalite.fr

Penser son projet immobilier individuel à l’intérieur d’un projet collectif, en harmonie avec d’autres personnes, en mettant en commun les forces, les compétences et la réflexion sur la vie quotidienne : la démarche n’est pas encore courante en France, mais on y vient. Cela s’appelle le cohousing ou cohabitat ou encore habitat groupé. Le principe de base est simple : au lieu du « chacun pour soi » se débrouillant comme il peut, un groupe de futurs habitants se réunit pour bâtir du neuf, aménager un immeuble ou transformer un ancien local industriel.

Chacun profite d’une habitation particulière tout en profitant de biens collectifs, d’un voisinage amical, d’un réseau d’entraide. Ce n’est ni la communauté comme on a pu la connaître, ni l’isolement des logements d’aujourd’hui, mais un équilibre entre liberté et vie sociale. Une approche globale sur le logement, les services, la vie au quotidien, la relation entre les personnes pour une meilleure qualité de vie. L’architecture est réfléchie différemment puisque la mise en commun de locaux permet d’aménager autrement les parties privatives. Par exemple le groupe peut choisir de partager une buanderie, un garage, une pièce de services et de jeux, un bureau, une chambre pour amis de passage….  La réflexion collective incite naturellement à chercher des économies à tous les postes et conduit à des analyses énergétiques et environnementales.

Ce qui paraît encore difficile à faire seul, devient possible ensemble, comme trouver un architecte compétent dans les matériaux écologiques performants en isolation phonique et climatique et acheter ceux-ci au meilleur prix à cause des quantités nécessaires. Installer une chaudière collective à granulés ou de la géothermie ou des panneaux solaires… c’est frappant quand on visite les nombreux cohabitats de Belgique ou d’Allemagne et ceux en projets en France : ils sont toujours novateurs en matériaux et particulièrement sobres en énergie. Il n’y a qu’à voir l’immeuble en cours de construction à Strasbourg pour une dizaine de foyers : structure bois, isolation cellulose, toiture végétale, panneaux solaires, excellents vitrages…

On met aussi en commun des machines, des objets, des outils : de l’équipement électronique aux outils de bricolage, de la machine à laver à la voiture…  et des services, de la garde d’enfants au prof de gym.

Le cohabitat, par sa démarche de responsabilisation environnementale, est profondément en résonnance avec Lire la suite

Bayonne – Climat : un forum pour une prise de conscience générale

jejpb.com, Fabienne Oçafrain, le 06 novembre 2009

Climat : un forum pour une prise de conscience générale

Un mois avant la conférence mondiale des Nations Unies à Copenhague, qui se déroulera du 7 au 18 décembre, sur le changement climatique, plusieurs associations ont décidé d’organiser un forum sur cette thématique à Bayonne. Une manière pour les Amis de la Terre, ATTAC, Bizi !, la Fondation Manu Robles-Arangiz et Survie de lancer le compte à rebours devant l’importance et l’urgence de prise de conscience de la population et des politiques quant au devenir de l’humanité et de la vie sur la planète.

En effet, ce soir, dès 20 h 30 au grand amphi de la Faculté de Bayonne, une conférence sera consacrée aux causes et conséquences du réchauffement climatique et à l’importance et les enjeux du Sommet de Copenhague. Tour à tour, interviendront Patric Piro, journaliste spécialisé en environnement, Hervé Le Treut, climatologue, Jean Stéphane Devisse, responsable du pôle Changement climatique et politiques publiques au WWF, et enfin Cyrielle Den Hartigh, chargée de la campagne climat aux Amis de la Terre-France. Tous sont spécialistes et étaleront leur savoir devant le grand public.

Le premier à prendre la parole sera Patric Piro. Journaliste, spécialisé depuis 20 ans dans les questions d’écologie et des relations Nord-Sud, il présentera les enjeux du Sommet de Copenhague et réalisera une présentation globale des causes et conséquences prévisibles du réchauffement climatique. Conséquences que s’attachera de préciser Hervé le Treut. Membre du fameux Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et membre de l’Académie des Sciences, il est aussi directeur de L’Institut Pierre Simon Laplace créé au début des années 90 pour fédérer les activités de six laboratoires de la région parisienne impliqués dans les sciences de l’environnement terrestre et planétaire. Son intervention apportera donc une approche scientifique des conséquences du changement climatique en présentant les prévisions du GIEC. On notera à ce propos que le dernier rapport de ce groupe d’experts publié en 2007 évoque l’inquiétude des scientifiques quant à la hausse probable pour 2 100 de la température moyenne de 2 à 4,5 degrés et une montée du niveau des océans de 19 à 58 centimètres et les conséquences alarmantes de ces modifications.

Et le Pays Basque…

Les conséquences du changement climatique seront-elles les mêmes pour tous les territoires ? Jean-Stéphane Devisse, coordinateur de l’action des ONG pendant le Grenelle de l’environnement en 2007 précisera ce qui va changer au Pays Basque dans les décennies à venir, compte tenu du fait que ce dernier cumule les facteurs à risque : littoral, montagne et position géographique au Sud de l’Europe. Une intervention importante pour Lire la suite