Nanotechnologies : Le débat public sur les enjeux de ces particules microscopiques fait étape à Bordeaux

sudouest.com, Bernard Broustet, le 3 Novembre 2009

NANOTECHNOLOGIES. Le débat public sur les enjeux de ces particules microscopiques fait étape à Bordeaux

L’infiniment petit en débat

Après Strasbourg, Toulouse et Orléans, et avant une dizaine d’autres villes françaises, Bordeaux accueille ce soir l’un des épisodes du long débat public sur les nanotechnologies. Lancée par le gouvernement dans le prolongement du Grenelle de l’environnement, cette série de rencontres vise à faire le point sur la nature, les enjeux et les risques de ces technologies de l’infiniment petit. Présidée par Jean Bergougnoux, ancien patron de la SNCF, la commission en charge de l’organisation de ce débat n’a pas vocation à prendre des décisions. Il s’agit pour elle de faire en sorte que les points de vue puissent s’exprimer et que l’opinion soit éclairée, dans toute la mesure du possible.

Les nanotechnologies consistent à travailler sur la matière à une échelle de l’ordre de quelques milliardièmes de mètre. à cette dimension, les propriétés de la matière (résistance mécanique, étanchéité, etc.) peuvent profondément se modifier.

D’ores et déjà, des nanomatériaux sont utilisés à des fins diverses. Certaines crèmes solaires contiennent ainsi, par exemple, des nanoéléments d’oxyde de titane, qui permettent d’en améliorer la tenue à l’eau. Des pansements contiennent du nanoargent car les propriétés bactéricides de ce métal sont encore accrues par cette extrême miniaturisation. Des nanoparticules fluorescentes et des nanomédicaments ont commencé à faire leur apparition en médecine pour améliorer les techniques de détection et de traitement de certaines affections (tumeurs, etc.).

A priori, le potentiel des nanosciences et des technologies semble d’autant plus considérable qu’il recouvre une très vaste gamme de substances et de matériaux.

Les nanotubes prometteurs

L’Aquitaine est ainsi, par exemple, d’ores et déjà une terre d’élection des « nanotubes de carbone » dont il sera, entre autres, question ce soir. La dimension nanométrique et la structure de ces tubes accroît les capacités déjà bien connues du carbone en termes de résistance mécanique. Les nanotubes se caractérisent ainsi par leur extraordinaire capacité d’absorption de l’énergie.

Ces nanotubes font l’objet de recherches fondamen tales au sein du laboratoire CRPP (CNRS) de Pessac, où une vingtaine de salariés et de doctorants s’emploient, autour de Philippe Poulin et de Cécile Zakri, à développer des recherches sur des fibres constituées à partir de ces particules nanométriques de carbone. Associées à des polymères dans des matériaux composites de nouvelle génération, ces fibres pourraient, demain, entrer, par exemple, dans la composition de vêtements de protection (casques, gilets pare-balles, etc.). Mais, du fait de leur extrême légèreté et de leurs propriétés conductrices, les nanotubes pourraient aussi trouver des débouchés dans l’aéronautique (matériaux antigivre et antifoudre, etc.), voire dans le photovoltaïque.

Arkema, pionnier en Béarn

La position de la région apparaît d’autant plus forte dans ce domaine que le groupe chimique Arkema, issu de Total, a choisi le Béarn pour développer cette filière. Le GRL (Groupe de recherches de Lacq), qui est un de ses principaux centres de recherche, a ainsi développé un procédé de fabrication de nanotubes de carbone (matière première des futures fibres) à partir de bioéthanol issu de céréales. Et l’usine voisine de Mont, appartenant elle aussi à Arkema, va lancer la construction d’un « pilote industriel » de production, reposant sur la technologie du GRL, et qui pourrait produire 400 tonnes de nanotubes à l’horizon 2011. L’ensemble de ce potentiel technique et scientifique aquitain, qui repose aussi, notamment, sur l’École nationale de chimie (ENSCPB) de Bordeaux, est regroupé au sein de la plate-forme Canoë, appuyée par le Conseil régional.

Mais, au-delà de leurs promesses, les nanotechnologies et les nanosciences sont aussi porteuses d’inconnues. On est loin de tout savoir sur les risques que certaines particules inhalées, avalées, ou déposées sur la peau pourraient avoir comme conséquences sur la santé humaine. Et les interactions de certaines nanosubstances issues de la biotechnologie avec l’organisme et le génome humains pourraient poser de considérables problèmes éthiques, voire philosophiques. Dans ces conditions, de l’enthousiasme scientiste béat au rejet pur et simple, il y a place dans ce domaine pour un très large éventail d’opinions et de réactions. Le débat de ce soir devrait en être l’illustration.

 

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