Communauté urbaine de Bordeaux et DD – Fabienne Brugère : « Faire ensemble suppose engagement et conflit »

sudouest.com, Catherine Darfay et Dominique De Laage, le 26 Octobre 2009

COMMUNAUTÉ URBAINE. Cela fait un an que la philosophe Fabienne Brugère préside le conseil de développement durable. L’heure d’un premier bilan et perspectives

Fabienne Brugère : « Faire ensemble suppose engagement et conflit »

Le nouveau conseil de développement durable de la CUB a été installé le 12 novembre 2008 sous la présidence de Fabienne Brugère, philosophe et professeur à Bordeaux III. Depuis, les 100 membres actifs du C2D, sur 140 au total, choisis avec un louable souci d’ouverture parmi des personnalités, des experts des domaines évoqués ou de « simples » citoyens, ont suivi 61 réunions, auditionné 55 structures ou témoins et travaillé 2 721 heures… bénévolement.

Plus précisément, les groupes de travail sont censés plancher sur quatre domaines imposés par la CUB et quatre autres en auto-saisine. Les sujets les plus urgents réclamés par la CUB portaient sur le mode de scrutin et l’intercommunalité et une charte de la participation citoyenne. Ils ont déjà fait l’objet de propositions. Le C2D travaille également en saisine directe sur l’identité de l’agglomération et sur les déplacements urbains et, en auto-saisine, sur les discriminations, la culture, la jeunesse et l’environnement.

À l’heure de la réforme des collectivités territoriales, que préconise le groupe de travail chargé du mode de scrutin ?

Que les conseillers communautaires soient élus au suffrage universel, mais pas forcément par un « fléchage » des candidats aux municipales. Il faut une élection spécialement dédiée au registre intercommunal qui en rende les enjeux plus lisibles pour les citoyens. La représentativité des communes ne doit pas disparaître pour autant. L’idée est donc d’une double désignation pour le conseil communautaire. Avec une assemblée composée pour moitié d’élus au suffrage universel, dans le cadre d’une circonscription unique d’agglomération, et pour l’autre moitié d’élus représentant les communes, comme aujourd’hui. Cette proposition a été faite en liaison avec la coordination des autres conseils de développement et relayée par l’Association des communautés urbaines de France. La balle est désormais dans le camp des sénateurs.

Et sur la charte de la participation citoyenne, où en êtes-vous ?

Le groupe concerné a beaucoup travaillé à partir du fonctionnement de l’Office de consultation publique de Montréal. Il s’agit de revendiquer l’importance de la maîtrise d’usage qui appartient aux citoyens. Ceux-ci devraient être associés à tout projet, dès le départ et en amont, aux côtés des décideurs et des services. Un comité de suivi, où le C2D revendique un rôle, pourrait garantir le procédé jusqu’au bout. Le conseil de CUB en discutera le 6 novembre.

À propos de concertation, les élus la mettent souvent en avant alors que les citoyens n’ont pas le sentiment d’être associés aux décisions. Comment expliquez-vous ce hiatus ?

Tout ne peut pas venir des élus. La démocratie participative, faire ensemble, suppose de l’engagement et même du conflit de la part des citoyens. Or, même si, à travers l’expérience des groupes de travail, je suis étonnée par le nombre de personnes prêtes à s’engager au service d’un intérêt commun, Bordeaux est bel et bien une ville du sud, avec un rapport fort au bonheur individuel.

Comment situeriez-vous la CUB sur une échelle de la participation allant de 1 à 10 ?

Je dirais que la CUB est en mouvement.

Vous semble-t-il normal que le contrat de cogestion gauche-droite à la CUB ne soit pas soumis au vote des élus et encore moins connus des électeurs ?

Je ne sais pas quoi vous répondre. Ce n’est pas un point évoqué dans la charte. Si on disposait d’une élection qui ménage un mode d’élection au suffrage direct, le projet serait plus lisible.

Quelle est la réalité du pouvoir du conseil de développement durable ?

C’est une assemblée consultative, une force de proposition, qui cherche à influer sur les décisions. Son rôle public est de rendre plus réelle la participation citoyenne à l’échelle de l’agglomération. Pour cela, il lui faut sortir de l’affrontement pouvoir/contre-pouvoir à la française. On ne peut pas être dans une posture uniquement critique. Il s’agit d’essayer de co-construire des choses ensemble, ce qui ne signifie pas forcément accord entre les parties mais suppose la prise en compte de tactiques de positionnement diverses.

Le C2D est-il un enjeu pour les lobbyistes ?

Bien sûr, il y a déjà des pressions. Ma réponse éthique consiste justement à ne pas être le jouet d’un groupe particulier. Notre tentative doit être le résultat d’une co-construction.

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