Economie verte et emplois dans l’environnement, quelles perspectives ?

emploi-stage-environnement.com, Philippe Aujard, le 18 octobre 2009

Economie verte et emplois dans l’environnement, quelles perspectives ?

La mission prospective, mise en place depuis novembre 2008 au sein de la délégation au Développement durable (DDD) du commissariat général au Développement durable (CGDD), a publié une note sur l’économie verte : « L´économie verte en perspectives ».

Selon la mission prospective, c’est une des caractéristiques remarquables de la plupart des plans de relance lancés depuis l’automne 2008 que d’avoir consacré un volet important à ce qu’on appelle désormais l’économie verte qui recouvre l’ensemble des activités économiques liées directement ou indirectement à la protection de l’environnement, à la gestion des ressources rares, aux énergies renouvelables, au changement climatique, à la prévention des risques, …

On cite ainsi souvent un ordre de grandeur de 15 % de la relance globale qui aurait été consacré à la relance verte et sensiblement plus en Chine, en Corée du Sud ou en France.

 Même si ce chiffre n’est qu’une approximation – par ailleurs, contestée – il indique, au minimum, une convergence dans les intérêts et les anticipations des grands acteurs publics et privés mondiaux, convergence qu’a solennisée le communiqué final du G20 d’avril 2009 : « l’économie de demain sera inclusive, verte et soutenable […] la crise est une opportunité pour accélérer la nécessaire transition vers cette économie ».

Si l’économie verte suscite ainsi autant d’espoirs partagés, c’est qu’elle apparaît la seule à pouvoir combiner trois avantages considérés comme majeurs dans la situation d’incertitude actuelle : apporter une réponse aux défis climatiques et énergétiques futurs tout en favorisant une sortie de crise rapide et l’émergence à plus long terme d’un nouveau sentier de croissance.

Depuis le début de la crise, l’attention s’est naturellement portée sur ses effets contracycliques et sur ses impacts potentiels sur l’emploi – de multiples analyses venant confirmer, qu’à investissement égal ce type d’activité était susceptible de créer deux à quatre fois plus d’emplois que dans d’autres secteurs.

On dispose aussi d’évaluations sectorielles très nombreuses qui montrent l’importance des bénéfices économiques que l’on pourrait attendre de la mise en place de politiques ambitieuses dans ces domaines ; la plus récente, faite au Japon, prévoyant, par exemple, une multiplication par 2 d’ici 2020 des emplois liés aux technologies propres.

En revanche, la capacité de l’économie verte à amorcer un nouveau sentier de croissance à long terme reste plus discutée. Au-delà des impacts sectoriels déjà très largement anticipés, faut-il envisager des conséquences macro-économiques beaucoup plus globales sur l’économie ou même, éventuellement, des changements encore plus radicaux dans les régulations et les futurs modèles économiques de production, de consommation ou d’échange ?

C’est une question que l’on doit nécessairement se poser si on s’intéresse, comme c’est le cas dans ce dossier, aux transitions de long terme. Elle suppose de passer d’analyses sectorielles, centrées sur l’offre, à des approches macro-économiques ou macro-sociales intégrant le contexte, les grands cycles de croissance, les modes de vie, les normes socio-économiques, les systèmes de valeur, parmi bien d’autres dimensions, …

Elle exige aussi des approches plus dynamiques prenant en compte le calendrier des actions, ainsi que les opportunités et les contraintes qui sont celles de toute transition importante.

Être au plus près du contexte, des opportunités et des contraintes, c’est d’abord, naturellement, intégrer les conséquences de la crise. Même si l’économie verte devrait, comme on l’a vu, sortir très renforcée de la crise actuelle – beaucoup suggérant un « Green New Deal » comme solution commune aux deux crises économique et écologique – on ne peut faire d’hypothèses sur son rôle dans un éventuel nouveau sentier de croissance sans tenir compte des bouleversements induits à la fois par les plans de relance actuels et par les formes, encore incertaines, de sortie de crise.

Dans un article publié en février 2009 par la London School of Economics et le Grantham Research Institute, Nicholas Stern et ses collègues ont ainsi plaidé pour que les investissements consacrés à la relance soient clairement hiérarchisés, en tenant compte de leurs conséquences sur les trajectoires à long terme de croissance, et proposé une approche multi-critère explicitant ces différences d’effets attendus dans le temps.

De fait, c’est tout le contexte de développement futur des économies vertes qui aura été modifié par la crise – le prix des ressources, les structures industrielles, l’endettement public, les ressources des ménages, la compétitivité des acteurs de l’énergie ou de l’environnement – et il serait inconséquent de faire comme s’il ne s’agissait que d’un accident conjoncturel.

Les investissements publics massifs consacrés à la relance verte vont, par exemple, entraîner une redistribution des cartes considérable entre les acteurs mondiaux de ce secteur et auront donc un impact, qu’il faudrait pouvoir anticiper, sur le périmètre futur de ces activités en France en Europe. Or, actuellement, très peu de travaux nous permettent d’imaginer ces reconfigurations inévitables.

Même si elles n’intègrent pas encore les conséquences réelles de la crise, les prévisions faites sur l’économie verte sont néanmoins suffisamment convergentes pour laisser envisager une dynamique globale de verdissement de l’économie allant bien au-delà des secteurs traditionnels de l’environnement.

Dans son périmètre maximal le marché vert mondial pourrait ainsi atteindre à moyen terme 4 500 milliards de dollars – dont la moitié hors des domaines spécifiques de la protection des milieux et des énergies renouvelables. Il s’agit d’un saut considérable par rapport aux 2 % du PIB mondial que représentait dans un passé récent l’économie de l’environnement.

Qu’elles s’expriment ainsi en importance du marché ou en nombre d’emplois, les promesses d’une économie verte résident dans la perspective d’un découplage entre croissance économique, usage des ressources et impacts sur les écosystèmes. Matérialisée par le développement de nouveaux produits, processus, services ou fonctions, cette perspective s’appuie sur deux hypothèses fortes :

– la première est un recours massif à l’innovation technologique ;

– la seconde est l’importance conférée au volontarisme, que celui-ci soit attendu en priorité dans les anticipations des investisseurs, les incitations publiques, les stratégies industrielles ou les arbitrages des consommateurs.

Si la dynamique est largement tracée et partagée, les divergences apparaissent cependant dès que l’on s’interroge sur les trajectoires de transformation et les stratégies qu’il convient de poursuivre, tant au plan analyse & arguments / le CGDD au cœur des débats.

De façon générale, la conception et la diffusion des innovations reposent sur des processus de sélection et d’apprentissage dont on maîtrise mal l’inertie et dont le déclenchement ou l’accélération délibérée s’exposent le plus souvent à de multiples blocages ou à des effets d’irréversibilité (« locks-in ») nombreux.

C’est particulièrement sensible dans les domaines des transports, de l’énergie ou de l’habitat comme en témoigne la multiplicité des études récemment publiées sur les obstacles à l’innovation dans ces trois secteurs. Ces difficultés varient, en outre, d’une technologie à une autre, d’un domaine à l’autre, mais aussi d’un pays ou d’une région à l’autre et il n’existe pas de trajectoire modèle ni donc de système d’incitation approprié à tous les cas.

De nombreuses options restent ainsi ouvertes avec la difficulté de passer de la niche technologique à des systèmes techniques radicalement différents. Et le fait que les industriels adoptent des stratégies de diversification pour limiter les risques ne saurait masquer l’opposition persistante entre logique incrémentale et logique de rupture – ruptures qui conditionnent pourtant une transition réussie vers une économie durable.

Censée faire le lien entre le processus en cours et l’horizon de long terme, l’hypothèse volontariste est confrontée à un clivage encore plus profond :

– un premier point de vue considère que si le verdissement de l’économie réussissait à s’imposer comme horizon, les processus aujourd’hui à l’œuvre y mèneraient d’une façon ou d’une autre ;

– un second envisage que si le verdissement arrivait à s’imposer comme processus, l’horizon serait atteint sous une forme ou sous une autre.

On ne rencontre évidemment pas, en pratique, un débat aussi tranché. Mais selon l’échelle d’analyse (mondiale ou locale), la dimension privilégiée (offre ou demande) ou le secteur considéré, la plupart des références à une économie verte en émergence oscillent précisément entre ces deux modèles de transition.

Le problème n’est d’ailleurs pas de choisir entre une voie néo-planificatrice (« topdown ») et une voie adaptative (« bottomup »), mais plutôt de se demander en quoi pourrait consister leur futur équilibre ou leur futur point de rencontre. Ces deux voies correspondent en effet à deux tendances apparemment contradictoires dont on cerne encore mal les interactions possibles à moyen ou long terme. On veut parler ici du double mouvement qui tend, d’une part, à réduire les enjeux écologiques à une série de problèmes essentiellement économiques et, d’autre part, à modifier notre vision de l’économie selon des principes directement issus de l’écologie.

A noter qu’en 2009, la mission prospective lance un programme intitulé Transition(s) vers une économie écologique. Au-delà des réflexions déjà engagées sur la croissance verte, ce projet s’attachera aux mutations structurelles de l’économie et de la société française, ainsi qu’à la place que pourraient y occuper les différentes dimensions couvertes par le terme d’écologie.

Ce programme devrait permettre :

– de débattre de la nature et de l’ampleur des transformations en jeu (changements sectoriels ou ruptures plus radicales dans les modes de vie, les régulations économiques…) ;

– d’aboutir à une pluralité de scénarios prenant en compte les évolutions prévisibles comme les phénomènes émergents (opportunités, facteurs de blocage ou d’incertitude) ;

– de tirer des enjeux d’action du positionnement de l’économie et des entreprises françaises face aux différentes transformations envisagées. Par sa volonté de prendre en compte de manière large et ouverte toutes les hypothèses et les incertitudes qui demeurent à l’horizon 2030, ce programme de prospective sur la transition vers une économie écologique devrait utilement compléter la multiplicité des travaux déjà engagés sur l’économie verte, dans une perspective généralement plus sectorielle.

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