Copenhague : Fiasco ou révolution ?

developpementdurablelejournal.com, Jacques Cortie, le 9 octobre 2009

Copenhague : Fiasco ou révolution ?

En présence d’Emmanuel Le Roy Ladurie, le premier débat d’actualité de la Documentation Française a dressé, mercredi, un tableau très contrasté des avancées à attendre du sommet de Copenhague. Entre pessimisme et prudence les intervenants ont tous souligné l’extrême urgence de la situation.

Quelques dorures. Des spécialistes aux discours pédagogiques. Des opinions directes et sans esquive. Le débat « Changement climatique : la fièvre monte à Copenhague » a permis, en un peu plus de deux heures, dans les salons de la Documentation Française à Paris, de bien cerner la situation où nous placent l’état chaotique de la planète et les intérêts géo-économiques contradictoires des grandes puissances. Un carrefour de tous les possibles qui n’entraînent pas forcément l’optimisme. Emmanuel Leroy Ladurie (1) a d’ailleurs insisté sur le pessimisme qui était le sien. Un pessimisme global qui renvoie à ses études sur le climat (2) et à ses constats : « La décennie des années 1990 a été la plus chaude du siècle. Et cela continue. Le problème, c’est qu’à la différence des autres périodes d’optimum climatiques, l’effet de régulation, qui voyait alterner des réchauffements et des rafraîchissements, n’a pas cours. Le réchauffement est aujourd’hui indéfini. Je suis inquiet. »

Les émissions de CO2 dérapent

Les chiffres, pour illustrer cette inquiétude, se résument peut-être en un seul : si en 1987, l’Arctique représentait encore 7 millions de km2 de glace, elle n’en représentait plus, en 2008, que 4. La planète se réchauffe donc à marche forcée. Malgré les rapports, malgré les évidences, malgré les alertes. « Les émissions dérapent partout » remarque ainsi Aurélie Vieillefosse (3). Le problème est, bien sûr, essentiellement économique « On discute depuis 20 ans sur le climat et on n’avance pas » remarque-t-elle avant de préciser : « La Chine émet 5,5 tonnes de CO2 par habitant, l’Europe 10 et les Etats-Unis 25. Les demandes de réduction sont forcément mal perçues par les pays en développement. » Pour elle le blocage de Copenhague est là. « D’autant », surenchérit Christian De Perthuis (4) « qu’il est difficile d’expliquer que le monde occidental puisse trouver 800 milliards pour sauver les banques mais qu’il ne trouve rien, ou trop peu, pour le climat ». Comme l’économie aime à tout tarifer, De Perthuis s’étonne aussi que l’utilisation de la couche d’ozone soit gratuite : « Le climat, c’est aussi une question de prix. La fine pellicule qui protège la terre est utilisée par tout le monde et personne ne paye les dommages. » Dans le collimateur des débateurs l’échec de l’après-Kyoto : « Les Etats-Unis n’ont rien respecté » remarquent-il et « la crise économique n’a rien arrangé ».

Un sommet sous haute tension

Pas étonnant, dès lors, que tous s’inquiètent de la forte tension qui prélude au sommet danois. « C’est finalement un aspect positif. Cette tension prouve qu’il y a un enjeu ». Serge Sur (5) explique du coup les difficultés à envisager un accord significatif en listant les éléments composites qui président aux discussions sur le climat  Lire la suite

Vient de paraître – « La crise pétrolière : analyse des mesures d’urgence »

cdurable.info, David Naulin, dimanche 4 octobre 2009

La crise pétrolière : analyse des mesures d’urgence

Sujet apparemment familier que la crise pétrolière, régulièrement évoquée depuis plus de 35 ans. Elle semble à la fois provoquer des changements profonds (programme électronucléaire, campagnes d’économie des énergies, chantiers d’énergies alternatives) et paraître comme insignifiante ou en décalage avec le réel, tant le pétrole tient une place toujours plus importante (augmentation du parc automobile à essence ou gasoil, utilisation tous azimuts des dérivés du pétrole) et semble ne pas manquer…

Pourtant la crise est là, inéluctable, durable et dont le paroxysme est très proche, bien que masqué par la récente récession économique. Nous n’avons plus que 5 à 10 ans environ pour nous préparer activement et anticiper ses effets : quoi qu’il arrive, les quantités disponibles vont très bientôt diminuer, et ce constamment ; il en sera de même pour le gaz, quelques années plus tard.

La Crise pétrolière de Bernard Durand décrit et évalue les principales technologies utilisables pour remplacer pétrole et gaz, tout en montrant combien la plupart seront longues à mettre en place, n’étant pas encore validées et socialement acceptées. Dans ces conditions, l’antienne des économies d’énergie est plus que d’actualité, pour nous aider à retarder les échéances et faire la jointure avec de nouveaux modèles énergétiques. Deux secteurs fondamentaux sont concernés : le bâtiment et les transports.

Il est urgent de voir la conscience des citoyens-consommateurs se modifier radicalement, au risque de connaître pour des zones comme l’Europe des 27, une crise énergétique et économique sans précédent…

Ce livre a pour but de fournir à des non-spécialistes des repères pour comprendre les raisons de la crise pétrolière actuelle, en prévoir les conséquences et juger de l’intérêt des moyens proposés pour y faire face. Et c’est plutôt réussi, parole de profane. Si je juge l’auteur un peu complaisant quant aux responsabilités des compagnies pétrolières dans cette crise et qu’il défend une alternative basée sur l’énergie nucléaire, son constat est précis et sans appel. Il démontre que l’ère du pétrole est désormais derrière nous et qu’il va falloir en très peu de temps, de gré ou de force, changer nos modes de vie, de production et de consommation d’énergie : « Aucun miracle n’aura lieu ! La solution ne peut venir que d’une coopération internationale active et beaucoup plus sincère que celle que l’on voit actuellement à l’échelle internationale, et, dans un premier temps, des efforts faits par les citoyens des pays industrialisés pour réduire leur consommation énergétique. Les pays d’Europe, bien plus exposés que d’autres parce qu’ils n’ont que peu de ressources sur leur sol, ont tout intérêt à construire une politique énergétique commune au service de leurs citoyens, ce qui suppose non seulement de dépasser les conflits d’intérêts et les postures idéologiques où ils se complaisent depuis tant d’années, mais aussi de développer beaucoup plus activement la recherche scientifique et technologique dans le domaine de l’énergie. Il est maintenant plus que temps de se mettre en mouvement ».

Extraits de l’introduction

Bernard Durand nous rappelle les enjeux : « Le pétrole représente aujourd’hui 38% de l’énergie primaire utilisée dans le monde, et son cousin le gaz naturel 22%. C’est la disponibilité d’énergie sous forme d’un pétrole peu coûteux qui, en permettant un accroissement sans précédent des richesses matérielles à se partager, fut pour une large part à la source du développement économique, mais aussi des avancées sociales, que les pays industriels ont connu après la Seconde Guerre mondiale. Les citoyens de ces pays en ont pris tellement l’habitude Lire la suite

Aurélie Trouvé : «Notre modèle de consommation alimentaire n’est pas soutenable»

liberation.fr, Recueilli par Philippe Btochen,  le 25 septembre 2009

«Notre modèle de consommation alimentaire n’est pas soutenable»

Aurélie Trouvé, docteur en économie et ingénieur agronome, est enseignante-chercheuse à l’Agrosup Dijon et copréside la branche française d’Attac. Elle réagit aux déclarations de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) selon laquelle il y aura 2,3 milliards de bouches de plus à nourrir en 2050 – soit 9 milliards d’être humains – et qu’en conséquence une hausse de 70% de la production agricole est nécessaire.

Les chiffres fournis par la FAO vous étonnent-ils ?

Pour l’augmentation de la production agricole de 70%, non, il n’y a rien d’étonnant s’il n’y a pas de prise de conscience et de transformation de notre mode de consommation alimentaire, notamment dans les pays du Nord.

Pour des néophytes de la question il est difficile de comprendre qu’une augmentation de la population mondiale d’environ un tiers nécessite d’augmenter la production agricole de 70% pour pouvoir nourrir tout le monde.

Dans les pays du Sud, notamment en Asie et en Afrique, il y aura une augmentation des besoins pour des raisons démographiques et aussi parce qu’on assiste actuellement à une transformation du modèle alimentaire. Il tend notamment à imiter les pays du nord, notamment en ce qui concerne l’alimentation carnée. Et il ne faut pas oublier que pour produire une kilocalorie animale, il faut plusieurs plusieurs kilocalories végétales. C’est une des explications de la disproportion entre l’augmentation des besoins alimentaires de 70% et la hausse de la population qui n’est que d’un tiers.

Une telle augmentation de la production agricole en si peu d’années vous semble-t-elle possible ?

C’est une question qui fait couler beaucoup de salive et d’encre parmi les agronomes et les scientifiques. Cela doit surtout amener à une prise de conscience, parce qu’aujourd’hui le modèle de consommation alimentaire des pays du nord est non soutenable à une échelle mondiale. Si toute la population planétaire se nourissait comme un habitant des Etats-Unis, on ne pourrait nourrir que 2 milliards d’être humains au lieu des 6 qui peuplent actuellement la Terre.

Parmi les enjeux, il y a donc une question culturelle liée à la mondialisation, mais aussi des raisons politiques. Non ?

Evidemment, et ces raisons politiques ont induit des choix. Aujourd’hui, la plupart de l’alimentation animale vient d’Amérique à des prix qui sont artificiellement très bas. Parce que cette alimentation provient de très grandes exploitations qui produisent massivement et qui, pour beaucoup, ont des coûts sociaux et environnementaux très faibles. Notre alimentation très carnée s’appuie aussi sur une production qui induit un accaparement de plus en plus important des terres dans ces pays et concurrence directement l’agriculture vivrière. Au Brésil, il y a ainsi des millions de paysans sans terre.

L’UE est-t-elle aussi responsable de cette situation ?

En Europe, on a mis Lire la suite