Les emplois de l' »après-pétrole »

lemonde.fr, Antoine Reverchon, le 5 octobre 2009

Les emplois de l' »après-pétrole »

Le Sénat a commencé, le 15 septembre, l’examen du projet de loi « portant engagement national pour l’environnement », dit « Grenelle 2 », qui détaille les modalités d’application des objectifs fixés par la loi « Grenelle 1« , adoptée le 23 juillet. Le but de toute cette agitation législative est de préparer la France à l’après-pétrole, en substituant graduellement à l’actuel bouquet énergétique, à base de combustibles fossiles (pétrole, gaz et charbon), un bouquet comportant une part croissante de sources d’énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique). L’objectif étant que cette part atteigne 23 % en 2020.

Pour faire accepter les contraintes et les dépenses que cette mutation exige, Nicolas Sarkozy avait déclaré, le 22 juin, devant les députés et sénateurs réunis à Versailles, que le Grenelle engendrerait la création de 600 000 emplois dans la décennie à venir.

Il est impossible de savoir si ces chiffres seront atteints, mais il est certain que le changement de « modèle énergétique » aura des effets quantitatifs et qualitatifs sur les métiers, les emplois et les compétences. Dans le secteur de l’énergie bien sûr, mais aussi du transport, de l’automobile, de la sidérurgie, du ciment, du bâtiment, etc., et dans les services d’ingénierie et de conseil aux entreprises des secteurs concernés.

Ces mutations seront lentes, souligne Georges Servier, conseiller du président d’EDF et membre du conseil d’administration de la Fondation européenne pour les énergies de demain, créée par EDF. Selon lui, ces changements « prendront dix, vingt, trente ans ».

Dans le domaine de la production énergétique centralisée (centrales thermiques, à combustible fossile ou nucléaire, barrages hydrauliques), ajoute-t-il, les métiers ne vont guère changer, alors qu’il s’agit des plus gros bataillons de recrutement de l’électricien national. Sur les 3 000 recrutements effectués chaque année par EDF, 1 200 (dont 500 bac + 5) concernent le nucléaire, et ce rythme devrait demeurer stable dans les dix ans à venir. Il ne s’agit pas que de spécialistes de l’atome : mécaniciens, électroniciens, informaticiens sont de la partie.

Le secteur de l’hydraulique, avec la remise en état des grands barrages sur l’ensemble du territoire, devrait aussi être un gisement d’emplois. Sur les 30 000 salariés d’EDF, 5 000 travaillent dans la production hydraulique.

Du côté de la production « décentralisée » (solaire et éolien essentiellement), les besoins d’EDF sont moins volumineux : il s’agit de chefs de projet chargés de l’installation de parcs éoliens. Les gisements d’emplois se situent surtout chez les constructeurs d’équipements (éoliennes et panneaux photovoltaïques) ou chez les artisans et prestataires qui installent les matériels les plus légers chez les clients, particuliers ou entreprises.

Prévisionnistes météo

En revanche, les grands producteurs et distributeurs d’électricité devront maîtriser la cohabitation entre ces différents modes de production. « Lorsque le temps se gâte, il faut bien que les centrales thermiques prennent le relais de l’éolien et du solaire. Il nous faudra donc de plus en plus d’experts en gestion de réseaux et de prévisionnistes, y compris météo ! », dit M. Servier. Cette gestion exigera des compétences d’électronicien et d’informaticien.

Pour Patrick Criqui, directeur du Laboratoire d’économie de la production et de l’intégration internationale (Lepii, université de Grenoble/CNRS), c’est dans ce domaine que pourraient apparaître des acteurs, utilisant de nouvelles technologies (« smart grid », ou réseau intelligent).

Autre gisement d’emplois, les métiers liés à l’éco-efficacité, dédiés à l’amélioration de la performance énergétique des équipements, bâtiments, chaîne de production industrielle et produits de consommation. EDF va accélérer le recrutement et la formation d’agents technico-commerciaux spécialistes des économies d’énergie, qui ne sont aujourd’hui qu’une centaine.

Mais la plus grande part de ces spécialistes sera recrutée dans le secteur du conseil et de l’ingénierie, voire directement par les industriels et les collectivités locales, lorsqu’il s’agira de concevoir, de produire et de mettre en oeuvre des équipements moins énergivores, des systèmes de régulation à distance, etc.

Pour Patrick Criqui, la marche vers l’économie « verte » passera en effet par « un basculement des investissements vers les technologies d’amélioration de l’efficacité énergétique« . Cet effort, dit-il, se partagera entre la conception « propre » (qui concernera ingénieurs et architectes), les systèmes de mesure, de contrôle et de gestion automatique (électroniciens, informaticiens), et enfin la capture et le stockage des émissions de CO2 résiduel (ingénieurs et géologues).

Quant aux grands producteurs de pétrole et de gaz, a priori les plus affectés par le nouveau modèle énergétique, ils pourraient se reconvertir vers l’exploitation de la biomasse, proche de leurs métiers du raffinage et de la chimie.

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