Débat à l’Utopia Bordeaux : La démocratie en questions

sudouest.com, Isabelle Castéra, le 25 Septembre 2009

UTOPIA. Hier soir, le film « Non au Mac Drive » a été présenté devant une salle comble. Il résume les 4 ans de combat entre l’association Caudères et le Mac Do, barrière de Toulouse

La démocratie en questions

Ils sont venus voir ça. Comment une petite association de quartier s’est débattue pendant quatre ans, pour bloquer la construction d’un restaurant Mac Donald’s à Bordeaux, barrière de Toulouse. La grande salle de l’Utopia, pleine à craquer.

Après la séance, le réalisateur, Frédéric Chignac a ouvert une discussion avec Marion Paoletti, maître de conférences en Sciences politiques à Bordeaux IV, Dominique Hofmann, membre de l’association Caudéres, et Jacques Respaud, élu socialiste d’opposition à Bordeaux. Point de débat en réalité. L’affaire Mac Drive est close, le restaurant a fini par s’implanter, le tourne à gauche qui inspira tant de colère des riverains tourne bien, reste ce film. Comme un cas d’école.

« Droit de regard »

« Un film pédagogique, a commencé Marion Paoletti. Il pose des questions importantes sur le savoir-faire militant et sur la démocratie participative. On voit bien dans ce documentaire qu’il existe beaucoup de dispositifs pour les habitants, mais l’offre reste contrôlée. Dans les conseils de quartier à Bordeaux, les élus contrôlent l’ordre du jour. Faut-il prendre au sérieux cette offre de participation des citoyens ? Le film pose clairement la question. La mobilisation des gens se conçoit en dehors de ces lieux de parole. La démocratie participative va-t-elle changer la politique ou finalement n’est-ce que du marketing ? »

Dominique Hofmann a profité du micro pour dire sa déception. David face à Goliath, l’éternel combat perdu d’avance.

Quelques mois après cette rude campagne menée à bout de bras, à coups de manifestations, de stratégies judiciaires et de nuits sans sommeil, elle dresse un bilan : « Nous voulions un droit de regard sur le paysage dans lequel nous vivons. La barrière de Toulouse est avant tout un quartier, la municipalité s’est contentée de la regarder comme une entrée de ville, il fallait que ce soit efficace, pratique. Nous voulions que soit respectée cette identité de quartier. Aujourd’hui, les habitants les plus aisés ont filé ailleurs. Une cohérence a disparu. »

La « malbouffe » écartée

Dans le public, une personne a posé la question de la « Malbouffe ».

« On n’en parle jamais dans le film, pourquoi n’avez-vous pas utilisé cet argument ? » Dominique Hofmann : « Cela aurait été perdu d’avance. L’argument malbouffe était miné. Nous avons préféré parler de circulation et de voirie, beaucoup plus concret. Mais la mairie a tenté de nous amener sur le terrain de la malbouffe, en vain. »

De son côté, Jacques Respaud, conseiller municipal et conseiller général a émis un petit regret.

« Ce film aurait été meilleur a-t-il signifié au réalisateur, si vous aviez montré davantage le combat politique que cette affaire a généré. Vous avez traité seulement le combat juridique, or moi, j’étais sur le terrain depuis le début : aux manifs, au Conseil municipal. Il manque cette dimension, même si nous n’avons pas gagné. »

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